L'économie américaine file un mauvais coton. En 2020, l'ampleur des difficultés dépendra de deux camps qui ne s'entendent pas bien : le président lunatique des Etats-Unis, Donald Trump, et les patrons, qui privilégient toujours la prudence.
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L'économie américaine file un mauvais coton. En 2020, l'ampleur des difficultés dépendra de deux camps qui ne s'entendent pas bien : le président lunatique des Etats-Unis, Donald Trump, et les patrons, qui privilégient toujours la prudence. Trump, qui n'a jamais fait confiance à qui que ce soit en affaires, a entravé la croissance économique du pays en 2019 en déclenchant une guerre commerciale avec la Chine. Ce conflit, malgré des trêves de courte durée, ne semble pas près de prendre fin : en 2020, il perturbera les entreprises dont les activités prospèrent grâce aux échanges internationaux. Par ailleurs, les entreprises devront aussi gérer des bénéfices plus modestes, des coûts de main-d'oeuvre plus élevés et des cours boursiers en chute, autant de phénomènes typiques en fin d'expansion économique - et la période actuelle, qui a commencé en 2009, peut être considérée comme particulièrement longue. L'année 2020 échappera peut-être à la récession, mais pas au ralentissement de la croissance. Ces 12 prochains mois, rien ne menacera tant l'économie américaine que la guerre des taxes douanières qui oppose Trump à Pékin. Le commerce international ne pèse pas assez lourd dans la production américaine pour provoquer à lui seul une récession, mais la confiance du milieu des affaires influence l'économie tout entière : quand elle plonge, elle entraîne avec elle les placements de capitaux et, à terme, les embauches. S'il y a des vagues de licenciements et un recul de la création d'emplois, la consommation chutera aussi, et cette dernière représente près de 70 % de la production nationale. Une rupture durable des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine aurait un impact à la fois colossal et obscur. Ce sont les deux premières puissances économiques dans le monde, et, en 2020, elles représenteront ensemble 40 % de l'économie mondiale, qui pèse près de 90.000 milliards de dollars. Après des décennies de croissance quasi ininterrompue, le montant des échanges commerciaux bilatéraux entre les Etats-Unis et la Chine a été victime de la guerre des taxes douanières, chutant ainsi de 13 % de janvier à août 2019 par rapport à la même période en 2018 ( voir graphique). Les chaînes d'approvisionnement sont étroitement liées et souvent spécifiques à chaque entreprise : de légères tensions suffisent ainsi à ralentir le fonctionnement des entreprises, qui cherchent en catastrophe de nouveaux partenaires dès lors que les coûts augmentent. Les fabricants américains ont signalé une baisse régulière des commandes en 2019, signe avant-coureur d'une récession. La guerre commerciale ne suffit pas à expliquer la baisse des activités, mais les entreprises américaines abordent rarement l'avenir sans une référence soucieuse aux droits de douane et aux relations avec leurs fournisseurs. Ces frictions pourraient s'apaiser si Trump trouve un accord avec la Chine, ce qui arrivera peut-être s'il veut doper ses chances de réélection en novembre 2020. Mais il n'est pas non plus à exclure qu'il double la mise, aggravant d'autant les tensions. Le reste du monde, qui dépend des Etats-Unis et de la Chine en matière de marchés, d'investissements et d'innovation, en subirait les conséquences. La guerre commerciale amplifiera par ailleurs une série d'autres craintes. La dette des entreprises américaines, qui équivaut à près de 50 % du PIB, atteint des sommets. La dette rend les entreprises plus vulnérables aux risques, notamment la baisse des ventes et la hausse des coûts, ce qui peut les mener à la faillite. Tout ce déficit est resté contrôlable ces dernières années, non seulement grâce à des taux d'intérêt extrêmement bas, mais aussi parce que les entreprises ont enregistré des bénéfices considérables et affiché des valeurs boursières phénoménales - deux indicateurs qui vont sûrement connaître un coup d'arrêt en 2020. Les marchés financiers sont également nerveux. Le rendement des obligations souveraines à long terme est inférieur au taux des titres à court terme depuis le milieu de l'année 2019, ce qui révèle que les investisseurs perdent confiance. C'est là aussi un signe annonciateur particulièrement fiable d'une récession. Les alliés des Etats-Unis sont également en difficulté. L'Allemagne, cible favorite de Donald Trump, a probablement connu une récession à la mi-2019, le Royaume-Uni a été aux prises avec le Brexit, et les économies asiatiques ont accusé le coup de la guerre commerciale et de la demande en baisse des pays occidentaux. Les Etats-Unis réussiront peut-être à éviter la récession, que l'on définit généralement comme une baisse de PIB durant deux trimestres consécutifs. Le taux de chômage a été inférieur à 4 % en 2019, chiffre le plus bas depuis un demi-siècle, et les consommateurs profitent de meilleurs salaires. La Réserve fédérale, qui relève souvent le coût du crédit quand le taux de chômage est très bas, l'a pourtant réduit par trois fois depuis juin 2019, afin d'éviter une baisse d'activité. Cette mesure préventive permettra peut-être à l'économie d'atteindre, au mieux, une croissance de 1,6 % en 2020 - soit la plus mauvaise performance, ex aequo avec 2011 et 2016, depuis la récession de 2009. Trump continuera à faire pression sur Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, afin qu'il réduise d'autant plus les taux, et il insultera les entreprises qui critiquent sa stratégie commerciale. On peut toutefois espérer qu'il laisse les entreprises américaines souffler. Si la méfiance s'installe dans le monde des affaires en 2020, l'économie plongera.