Quand une langue meurt, une vision du monde s'éteint avec elle. Pour de nombreux idiomes, le temps presse. Selon certains spécialistes, sur les quelque 6.700 à 7.000 langues parlées dans le monde, 40 % pourraient disparaître d'ici la fin du siècle. L'Onu a proclamé que 2019 serait l'Année internationale des langues autochtones afin d'attirer l'attention sur ce danger. Lentement mais sûrement, les Etats consacrent plus de moyens au problème.
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Quand une langue meurt, une vision du monde s'éteint avec elle. Pour de nombreux idiomes, le temps presse. Selon certains spécialistes, sur les quelque 6.700 à 7.000 langues parlées dans le monde, 40 % pourraient disparaître d'ici la fin du siècle. L'Onu a proclamé que 2019 serait l'Année internationale des langues autochtones afin d'attirer l'attention sur ce danger. Lentement mais sûrement, les Etats consacrent plus de moyens au problème. Le Canada veut adopter une loi sur les langues autochtones avant ses élections fédérales d'octobre 2019. Cette loi donnera à plus de 65 langues parlées par les " premières nations ", les Inuits et les métis, une reconnaissance nationale et des moyens d'enseignement. Dans les pensionnats à financement public qui ont fonctionné entre 1880 et 1996, les enfants indigènes étaient battus et soumis à des décharges électriques quand ils parlaient leur langue. " Nous voulons mobiliser autant de moyens pour promouvoir les langues autochtones que le Canada en a utilisé pour les éliminer ", assure Perry Bellegarde, chef de l'Assemblée des premières nations. Pour qu'une culture indigène se redresse, la reconnaissance juridique de sa langue est la première étape. Le maori en est un bon exemple. En 1987, lorsqu'il est devenu l'une des langues officielles de Nouvelle-Zélande, moins de 20 % des Maoris le parlaient suffisamment bien pour être considérés comme des locuteurs de langue maternelle. Aujourd'hui, le maori ne fait plus partie de la liste des langues en danger établie par l'Unesco. La deuxième étape est d'apporter un enseignement à une nouvelle génération de locuteurs natifs. La technologie a un rôle à jouer. Duolingo, une appli populaire d'apprentissage linguistique, a récemment ajouté à ses cours l'hawaïen et le navajo. Basabali, un projet Wikipédia consacré au balinais, utilise Facebook pour atteindre les locuteurs dans des zones rurales. Say it in Saami est un dictionnaire en ligne qui traduit des phrases courantes (" On va chez moi ou on va chez toi ? ") dans les trois variantes de same parlées en Finlande. Pour préserver les langues rares, il faut aussi les mettre à l'honneur. Désormais, Bali demande aux fonctionnaires d'utiliser le balinais les jeudis. Pour l'année internationale des langues autochtones, il est prévu de lancer des projets qui pourraient sauver des milliers d'idiomes. En 2019, le défi sera de se faire entendre - et de se mettre à parler.