Les maladresses des uns et des autres conduisent la Catalogne et l'Espagne dans une voie qui paraît aujourd'hui sans issue constructive. Le gouvernement de Madrid, en particulier, s'est comporté comme un régime autoritaire. Ce serait surprenant s'il n'y avait la volonté de Mariano Rajoy de flatter son électorat conservateur. L'Espagne a souffert depuis plusieurs décennies de violences de la part d'organisations séparatistes basques qui réclamaient, elles aussi, l'indépendance. Aujourd'hui, au contraire, le mouvement indépendantiste catalan s'est toujours montré pacifique. Il a réuni à plusieurs reprises des manifestations de plus d'un million de personnes réclamant l'indépendance sans le moindre incident. Il n'a jamais recouru au terrorisme ni au moindre acte de violence. Tout ce qu'il demande, c'est de pouvoir voter pour ou contre l'indépendance de la région, comme ont pu le faire le Québec et l'Ecosse.
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Les maladresses des uns et des autres conduisent la Catalogne et l'Espagne dans une voie qui paraît aujourd'hui sans issue constructive. Le gouvernement de Madrid, en particulier, s'est comporté comme un régime autoritaire. Ce serait surprenant s'il n'y avait la volonté de Mariano Rajoy de flatter son électorat conservateur. L'Espagne a souffert depuis plusieurs décennies de violences de la part d'organisations séparatistes basques qui réclamaient, elles aussi, l'indépendance. Aujourd'hui, au contraire, le mouvement indépendantiste catalan s'est toujours montré pacifique. Il a réuni à plusieurs reprises des manifestations de plus d'un million de personnes réclamant l'indépendance sans le moindre incident. Il n'a jamais recouru au terrorisme ni au moindre acte de violence. Tout ce qu'il demande, c'est de pouvoir voter pour ou contre l'indépendance de la région, comme ont pu le faire le Québec et l'Ecosse. Face à cela, le gouvernement de Madrid n'a rien trouvé de mieux que d'envoyer des milliers de gardes civils pour tenter, vainement, d'empêcher des gens de voter, causant au passage environ 900 blessés. Il a fait jeter en prison des dirigeants d'organisations culturelles qui n'ont fait que défendre, toujours sans violence, un point de vue politique et fait aujourd'hui inculper les dirigeants légalement élus de la région pour des infractions aussi surannées que " rébellion " et " sédition ", passibles de près de 30 ans de prison, alors qu'aucune goutte de sang n'a coulé. Si l'on voulait montrer que la voie non- violente n'est pas efficace, et amener, en Catalogne, les indécis à préférer être gouvernés depuis Barcelone, on ne ferait pas mieux. Comme souvent, cela cachedes enjeux économiques importants. Certains prétendent que la Catalogne aurait tout à perdre d'une séparation de l'Etat espagnol et que l'indépendance appauvrirait les Catalans. Sur le moyen terme, ces arguments n'ont absolument rien de sérieux. Il n'a jamais été démontré que l'on vivait plus heureux, ou même plus riche, dans un Etat puissant que dans un petit pays. Dans l'Union européenne, c'est le Luxembourg qui a, de loin, le PIB par habitant le plus élevé. Et des Etats relativement peu peuplés comme la Suisse et la Norvège n'entrent pas dans l'Union, parce qu'elles sont plus riches que celle-ci et craindraient de s'y appauvrir. La question est tout simplement que la Catalogne est, sans être opulente, une région nettement plus prospère que la moyenne espagnole et que les revendications d'indépendance s'appuient, outre de forts motifs culturels et linguistiques, sur des calculs, toujours contestés, quant aux transferts de richesse de la Catalogne à d'autres régions d'Espagne. Cela rappelle évidemment la question de transferts Nord-Sud, entre la Flandre, d'une part, et la Wallonie, d'autre part. Ou encore la discussion du même type entre les régions, relativement riches, de Lombardie et de Vénétie, qui, sans demander d'indépendance, ont, par référendum, largement exigé un plus grand niveau d'autonomie. Certains méprisent souvent ce " nationalisme des riches ", en stigmatisant des régions qui refusent une " solidarité " avec les régions les plus pauvres. C'est là tout le débat de cette " solidarité " contrainte qu'imposent les Etats, non seulement aux collectivités, mais aussi aux individus. Les règles qui régissent ces transferts sont, partout, aussi obscures que possible, pour qu'il soit particulièrement difficile de déterminer qui, dans l'énorme masse des règles qui imposent les uns et subsidient les autres, gagne ou perd dans un système organisé par l'Etat central. Celui-ci ne cherche guère la justice, mais seulement à maintenir son pouvoir en tentant de cacher à chacun ce que le système lui coûte réellement. urtout, le raisonnement qui reproche aux régions dites " riches " de se montrer égoïstes en voulant cesser de subventionner celles dites " pauvres " relève de la pétition de principe. Toute solidarité contrainte implique que l'on fixe au départ un " périmètre ", dans lequel elle doit s'exercer. Celui-ci peut être en théorie le Monde, l'Europe, l'Etat-Nation, ou la Région-Nation, ou encore la commune, voire l'individu lui-même qu'Ayn Rand appelait la " minorité la plus nombreuse du monde ". L'Espagne ne peut opposer ce raisonnement à la Catalogne que parce qu'elle part du principe que c'est dans la nation espagnole que cette solidarité contrainte doit s'opérer. Elle se montre à cet égard aussi nationaliste que les indépendantistes catalans, pour qui, logiquement, le périmètre c'est leur région. Il serait sans doute plus constructif de se demander si l'on a besoin, quel que soit le périmètre choisi, d'autant de contraintes dans la manière d'exprimer la solidarité des uns envers les autres. Thierry AFSCHRIFTLe raisonnement qui reproche aux régions dites "riches" de se montrer égoïstes en voulant cesser de subventionner celles dites "pauvres" relève de la pétition de principe.