A la nouvelle Année, Christine Lagarde aura occupé son bureau dans la tour de verre de Francfort abritant la Banque Centrale Européenne (BCE) depuis deux mois. Nommée présidente de l'institution pour un mandat de huit ans, elle n'a présidé qu'une seule réunion de politique monétaire jusqu'à présent. L'approche de la banque et les outils dont elle dispose ont été modifiés par son prédécesseur, Mario Draghi. Malgré cela, Christine Lagarde aura fort à faire pendant sa première année d'exercice.
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A la nouvelle Année, Christine Lagarde aura occupé son bureau dans la tour de verre de Francfort abritant la Banque Centrale Européenne (BCE) depuis deux mois. Nommée présidente de l'institution pour un mandat de huit ans, elle n'a présidé qu'une seule réunion de politique monétaire jusqu'à présent. L'approche de la banque et les outils dont elle dispose ont été modifiés par son prédécesseur, Mario Draghi. Malgré cela, Christine Lagarde aura fort à faire pendant sa première année d'exercice. Rien ne porte à croire que 2020 sera économiquement meilleur que 2019. La menace des tarifs américains plane sur le Vieux Continent, ainsi que celle des dégâts collatéraux de la guerre commerciale que se livrent l'Amérique et la Chine. Les conditions défavorables à l'exportation sont telles que la croissance économique devra venir de la demande nationale et non de l'étranger : vu le rétrécissement du marché du travail, les consommateurs européens devraient dépenser davantage puisque les salaires augmentent de façon concomitante. Mais rien n'est moins sûr. Les consommateurs auront tendance à brider leurs dépenses si la détérioration du contexte commercial international oblige les fabricants à supprimer des emplois. L'inflation reste obstinément faible, aux alentours de 1%, en-deçà de l'objectif que s'était fixé la BCE, à savoir " une inflation proche des 2% ". L'inflation " fondamentale " sous-jacente, qui leste les prix énergétiques et alimentaires volatiles, n'a pas effleuré les 2% depuis 2008 et ne devrait pas s'en approcher en 2020. Un des derniers coups d'éclat de Mario Draghi en tant que patron de la BCE a été de baisser les taux d'intérêt et de mettre fin au programme de rachat d'actifs. Malheureusement, toutes ces mesures s'avéreront insuffisantes pour raviver l'inflation. Autrement dit, Christine Lagarde devra rouvrir les robinets une fois de plus, soit en décidant une nouvelle baisse des taux d'intérêt soit en élargissant l'éventail d'actifs que la banque peut racheter dans le cadre de son programme d'assouplissement quantitatif. Aucune de ces mesures ne sera vue d'un bon oeil, certainement pas par les Etats membres du nord du continent au taux d'épargne élevé. Et il deviendra de plus en plus difficile de nier l'inefficacité des outils de la politique monétaire conventionnelle. A l'image de la Réserve Fédérale qui réfléchit aux lignes directrices de sa politique monétaire depuis 2018, Christine Lagarde a l'intention de revoir la copie de la BCE et de reformater la communication de la banque vis-à-vis du grand public. Elle espère ainsi doper la motivation de la banque à relancer l'inflation, tout en étouffant la colère qui gronde de plus en plus dans le nord. Mais les changements, quels qu'ils soient, ne permettront probablement pas d'atteindre ce double objectif. En tout cas pas par le biais de la seule politique monétaire. Comme Draghi avant elle, Christine Lagarde se rendra vite compte que les décisions prises à Bruxelles et dans les autres capitales européennes ont une influence déterminante sur son job. Si les gouvernements nationaux dépensaient plus, l'inflation repartirait à la hausse. Si l'union monétaire pouvait être finalisée - grâce à une meilleure intégration des systèmes bancaires et des marchés de capitaux -, le secteur privé serait capable de mieux répartir l'impact des chocs économiques par-delà les frontières. Autrement dit, la politique monétaire devrait colmater les brèches moins souvent. Christine Lagarde pourrait malgré tout apercevoir une lueur d'espoir. La propension à emprunter pourrait légèrement changer car les gouvernements pourront toujours emprunter à bas prix en 2020. La nouvelle coalition en place en Italie sera fragile mais, pour se démarquer de la politique populiste de ses prédécesseurs, elle cherchera le consensus plutôt que la confrontation pour ce qui est des règles budgétaires de l'UE. Et ses collègues à la Commission européenne, fraîchement élus comme elle, pourraient même envisager d'alléger la réglementation fiscale de manière à ce que les Etats membres puissent bénéficier de frais d'emprunt peu élevés et relancer la croissance. Les nouveaux commissaires pourraient aussi être plus motivés que leurs prédécesseurs surmenés à résoudre l'épineuse question de l'intégration des banques et des marchés de capitaux. Les banques pourraient consentir de plus gros efforts dans la chasse aux prêts sans provision, particulièrement nombreux en Italie et en Grèce. Théoriquement, cela pourrait apaiser l'inquiétude des pays du nord quant à la garantie commune des dépôts pour les prêteurs, dernier point de l'union bancaire. Il ne faut toutefois pas s'attendre à des changements radicaux. Le problème fondamental de l'Europe, à savoir une épargne supérieure aux dépenses, ne sera pas résolu pour autant. L'aversion pour l'endettement et l'inclination pour l'épargne sont profondément ancrées dans le nord. Difficile de les balayer du revers de la main et de les remplacer par un certain goût pour le risque à l'international. La BCE sous la houlette de Christine Lagarde est et reste la première ligne de défense de l'union monétaire en cas de coup dur économique.