La semaine dernière a été très riche en informations. Je ne vous parle pas seulement de la crise en Catalogne qui menace de faire imploser la coalition du gouvernement fédéral ou de la mise en prison - une première depuis 40 ans - de quelques princes saoudiens, mais de l'audition faite au Congrès américain des experts de Facebook, Twitter et Google. Ils ont été questionnés durant deux jours - et de manière assez rude - par les parlementaires américains dans le cadre d'une éventuelle ingérence russe dans la dernière élection présidentielle, celle qui a vu Donald Trump l'emporter sur sa rivale Hillary Clinton.
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La semaine dernière a été très riche en informations. Je ne vous parle pas seulement de la crise en Catalogne qui menace de faire imploser la coalition du gouvernement fédéral ou de la mise en prison - une première depuis 40 ans - de quelques princes saoudiens, mais de l'audition faite au Congrès américain des experts de Facebook, Twitter et Google. Ils ont été questionnés durant deux jours - et de manière assez rude - par les parlementaires américains dans le cadre d'une éventuelle ingérence russe dans la dernière élection présidentielle, celle qui a vu Donald Trump l'emporter sur sa rivale Hillary Clinton. L'enquête parlementaire vise à voir si cette élection a été biaisée ou non par des pirates informatiques d'origine russe. Souvenez-vous, les représentants de Google, Facebook et Twitter ont d'abord nié pendant des mois toute responsabilité, mais ces trois entreprises ont fini, enfin, par admettre avoir découvert, il y a quelques semaines, que des publicités et des contenus politiques avaient été financés par des entités liées à la Russie. Google, Facebook et Twitter ont reconnu que ces publicités et contenus ont effectivement été largement diffusés auprès de leurs utilisateurs. Mais pour ma part, ce qui m'a surtout frappé dans ces auditions, c'est le montant payé par ces entités russes : 100.000 dollars. Ce n'est rien par rapport à l'enjeu politique. Pour vous donner une idée, c'est le prix de 10 pages de publicité dans la version flamande et francophone d'un magazine économique comme Trends-Tendances. Autrement dit, avec 100.000 dollars à peine, vous avez la possibilité de faire dérailler les élections de la première puissance économique et politique du monde ! Et ce constat pose à nouveau la question du contrôle de ces sociétés géantes du Net. Jusqu'à présent, les citoyens voyaient ces firmes avec beaucoup de sympathie. Après tout Google répond à 60.000 questions posées dans le monde toutes les secondes, Facebook arrive à scotcher 2 milliards d'êtres humains pendant 50 minutes par jour sur son site, et puis les réseaux sociaux ont pas mal d'aspects positifs. Quand quelqu'un utilise WhatsApp pour téléphoner gratuitement à un ami ou à un membre de sa famille à l'autre bout du monde, c'est plutôt sympa, non ? Oui, sauf que ces grandes sociétés ont cessé depuis quelques années d'être des firmes qui veulent uniquement changer le monde en bien (la phrase slogan des débuts de Google était " Don't be evil ") pour devenir des plateformes qui travaillent surtout pour les annonceurs. En clair, ces sociétés sont des fournisseurs de services qui se servent de nous, comme des travailleurs " au noir ", dans le sens où nous leurs donnons nos données personnelles en contrepartie d'un service gratuit. Mais en oubliant au passage que, quand le service ou le produit est gratuit, vous et moi sommes le produit ! Question : depuis le temps qu'on en parle, pourquoi continuons-nous à donner nos données gratuitement ? Il suffit de regarder le fonctionnement classique d'un réseau social : pour rester à la page, si je puis dire, il faut rester " algorithmiquement reconnaissable ", sinon vous perdez le fil des infos et des nouvelles en provenance de vos amis. Autant dire que si vous voulez vous rebeller en essayant d'effacer vos données numériques ou en désactivant votre compte (si vous y arrivez), vous disparaissez du radar de vos contacts et vice versa. C'est ce qu'une chercheuse de l'Université de Copenhague appelle " la menace de l'invisibilité " que font planer les réseaux sociaux. Pourtant, quand nous étions petits, nous voulions tous avoir ce don d'invisibilité. L'âge adulte a, hélas, changé notre opinion et le don d'invisibilité a fait place au tout à l'ego pour le plus grand plaisir des géants de l'Internet. Sauf qu'aujourd'hui, ces géants - on le voit avec l'affaire russe et les élections américaines - ont perdu en partie le contrôle de leur créature. Nous voilà donc condamnés à espérer qu'il n'y aura pas trop de Dr. Frankenstein en ce bas monde. Amid FaljaouiAvec 100.000 dollars à peine, vous avez la possibilité de faire dérailler les élections de la première puissance économique et politique du monde !