"On connaît mal les gens" pourrait être un bon sous-titre à La Puissance des ombres, dernier roman de l'auteure de Magnus et de Jours de colère. L'ouvrage commence comme un bon vieil Agatha Christie. Dans un appartement parisien, se déroule une fête costumée rassemblant une trentaine de quadragénaires. Ils se sont tous déguisés en respectant le thème de la soirée: les stations de métro d...

"On connaît mal les gens" pourrait être un bon sous-titre à La Puissance des ombres, dernier roman de l'auteure de Magnus et de Jours de colère. L'ouvrage commence comme un bon vieil Agatha Christie. Dans un appartement parisien, se déroule une fête costumée rassemblant une trentaine de quadragénaires. Ils se sont tous déguisés en respectant le thème de la soirée: les stations de métro de Paris. Ça danse, ça boit, ça flirte et ça débat aussi, notamment du marquis de Sade qui divise les participants, les uns le trouvant juste scabreux et scandaleux, les autres lui attribuant le mérite de nous confronter à la noirceur de l'âme humaine. Aux petites heures de la nuit, un des invités décède après avoir chuté du petit balcon. Suicide, accident, meurtre? Quelques mois plus tard, un nouvel accident est fatal à un autre invité de la même soirée. Hasard ou début d'une macabre série? Discrètement, Sylvie Germain nous glisse quelques indices indiquant qu'il n'y a sans doute aucune coïncidence entre ces deux décès... Mais alors qu'un auteur classique de roman noir aurait aligné les victimes et entamé une longue enquête, l'écrivaine prend le parti de nous surprendre et de nous mener vers une seconde partie de récit concentré sur le responsable de ces deux morts. Et le récit à suspense de bifurquer habilement vers le roman psychologique centré sur la personnalité d'un homme solitaire marqué au fer rouge par un drame survenu lorsqu'il était enfant. Par petites touches, Sylvie Germain dresse le portrait d'un personnage complexe et torturé, qui va s'enfoncer lentement dans une folie à laquelle il ne semble pas pouvoir échapper, compte tenu de son passé et de ses blessures cachées. Comme les autres convives de la fête costumée, lui aussi était déguisé, lui aussi était affublé d'un masque. Mais le même que celui qu'il porte dans la vie de tous les jours...