Comme bon nombre de Bruxellois, on a l'impression d'avoir toujours connu le monstre de la place Poelaert en réfection. Difficile de rater ce bâtiment: il surplombe le bas-Bruxelles des Marolles et sert de jonction naturelle entre la rue de la Régence et l'avenue Louise. Plus grand que la basilique Saint-Pierre de Rome, ce colosse de 116 mètres de hauteur est l'oeuvre de l'architecte Joseph Poelaert...

Comme bon nombre de Bruxellois, on a l'impression d'avoir toujours connu le monstre de la place Poelaert en réfection. Difficile de rater ce bâtiment: il surplombe le bas-Bruxelles des Marolles et sert de jonction naturelle entre la rue de la Régence et l'avenue Louise. Plus grand que la basilique Saint-Pierre de Rome, ce colosse de 116 mètres de hauteur est l'oeuvre de l'architecte Joseph Poelaert. Il nécessitera pas moins de 17 années de construction avant d'être inauguré en 1883 en présence de Léopold II qui, on le sait, adorait les symboles de grandeur. Surface au sol? Un modeste 26.000 m2, entouré de colonnes titanesques, ceignant une gigantesque salle des pas perdus aux dimensions délirantes, 100 mètres sous plafond d'un dôme central monumental. On sait combien ce palais de justice servit l'orgueil d'un Etat belge encore jeune, qui se devait d'affirmer ses lignes de conduite, sa morale et sa puissance. Mais pas sûr que le second roi des Belges aurait imaginé les atermoiements ultérieurs. Comme la présence de ces immenses échafaudages, qui tiennent peut-être de l'officieux record du monde. Voilà en effet environ 35 ans qu'ils ont été installés notamment sur la façade, pour des travaux dont plus personne n'ose espérer la fin. Façade qui, le saviez-vous? , fut copiée pour un édifice cousin à Lima (Pérou) et a souvent nourri l'imaginaire de la BD, par exemple dans l'un des albums de la série Blake & Mortimer paru en 2019. Saga délirante, absurde et incompréhensible qu'est la rénovation de cet ouvrage, en déphasage total avec les missions de la justice contemporaine? Exemple ultime de belgicisme architectural? Tout cela est à découvrir en briques, en légendes et en sensations lors des visites guidées qu'organise régulièrement Arkadia. Depuis 1983, cette ASBL composée d'historiens et d'historiens d'art s'est donné pour mission d'explorer les richesses du patrimoine belge et bruxellois, incitant le grand public à les redécouvrir.