C'est plus une garantie qu'une prédiction : le président iranien Hassan Rohani assure que son pays mettra en échec les efforts des Etats-Unis pour l'isoler sur le plan économique. Il se trompe. En 2019, le peuple iranien souffrira car les sanctions américaines ne laisseront guère d'autre choix aux banques et aux entreprises étrangères que de déserter le pays. Loin de l'emporter sur le "Grand Satan", ainsi qu'ils surnomment les Etats-Unis, les dignitaires du régime religieux iranien risquent de perdre le pouvoir eux-mêmes, quand les manifestations engendrées par la situation économique, la corruption et l'aventurisme étranger ébranleront le pays.
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C'est plus une garantie qu'une prédiction : le président iranien Hassan Rohani assure que son pays mettra en échec les efforts des Etats-Unis pour l'isoler sur le plan économique. Il se trompe. En 2019, le peuple iranien souffrira car les sanctions américaines ne laisseront guère d'autre choix aux banques et aux entreprises étrangères que de déserter le pays. Loin de l'emporter sur le "Grand Satan", ainsi qu'ils surnomment les Etats-Unis, les dignitaires du régime religieux iranien risquent de perdre le pouvoir eux-mêmes, quand les manifestations engendrées par la situation économique, la corruption et l'aventurisme étranger ébranleront le pays. En 2018, après la décision du président Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l'accord international en vertu duquel l'Iran a accepté de mettre un frein à son programme nucléaire en échange d'un allégement des sanctions, le rial s'est effondré et les prix se sont envolés. Les répercussions se feront sentir en 2019. L'économie se contractera, de même que le commerce et les investissements. Les exportations de pétrole, cruciales pour l'Iran, seront durement touchées. Et les prix continueront de grimper, ce qui aggravera encore la situation du peuple iranien. L'Iran espère que les pays européens, qui continuent de soutenir l'accord nucléaire, ainsi que la Russie (elle-même signataire) et la Chine - deux grands partenaires commerciaux - viendront à sa rescousse. Mais ce soutien restera un voeu pieux. Le dispositif de "blocage" européen qui vise à protéger les entreprises des sanctions américaines ne fonctionnera pas. Les entreprises européennes tiendront compte des mises en garde de Donald Trump, qui a prévenu que celles qui feraient du commerce avec l'Iran n'en feraient pas avec les Etats-Unis. Les entreprises qui n'ont pas encore quitté l'Iran le feront en 2019. La Russie ne sera que trop heureuse de compenser la perte du pétrole iranien sur le marché international. La Chine soutiendra peut-être l'Iran en achetant son pétrole et en investissant dans le pays, mais c'est tout ce qu'elle pourra faire. Hassan Rohani affirme que l'Iran a suffisamment de réserves étrangères pour survivre deux ans à l'offensive économique de Donald Trump. L'"économie de résistance" du pays, qui s'est développée en réaction aux précédentes sanctions, vise l'autosuffisance. Mais pour la plupart des Iraniens, elle s'accompagne de privations. Le peuple se constitue déjà des stocks de vivres. En s'appauvrissant, les responsables deviendront plus corrompus, ce qui exacerbera la colère de beaucoup d'Iraniens. Les manifestations organisées à Téhéran en 2018 étaient les plus importantes depuis 2012. Les protestations ont été nombreuses dans tout le pays. En 2019, la situation sera explosive, menaçant la mainmise du régime sur le pouvoir. Donald Trump et ses conseillers espèrent que les sanctions affaibliront l'Iran et le feront revenir à la table des négociations. Les Etats-Unis veulent un accord plus sévère qui mette un terme définitif à ses programmes d'armes nucléaires et de missiles et l'empêche de financer le terrorisme et d'intervenir dans les affaires d'autres pays. Certains membres du gouvernement Trump souhaitent même que les difficultés économiques conduisent à un changement de régime. Mais il est peu probable que 2019 soit l'année d'un nouvel accord ou d'un nouveau régime. Les dirigeants iraniens, dont beaucoup n'ont pas soutenu l'accord nucléaire au départ, camperont sur leurs positions. Les gardiens de la révolution, la garde prétorienne de l'Iran, tireront profit des sanctions car une plus grande part des activités sera confiée à des entreprises placées sous leur contrôle. La chute du rial bénéficiera aussi au régime, étant donné que les revenus pétroliers de l'Iran sont encaissés en devises étrangères. L'opposition, elle, est désorganisée et n'a pas de leaders. Néanmoins, l'humilité reste de mise en ce qui concerne les prédictions sur l'Iran car rares étaient ceux qui avaient prévu la dernière révolution.