En 1947, John Steinbeck publie son court roman La Perle alors qu'il est sur le point de partir en Russie soviétique. Cela fait plus de 20 ans qu'il tacle dans ses romans - Des souris et des hommes ou Les raisins de la colère - les ravages du capitalisme, célébrant les misères des oubliés de l'essor économique américain, ravagés par la Grande Dépression. La Perle s'écarte toutefois de la fiction réaliste qu'affectionne l'auteur américain. S'inspirant d'un conte mexicain, le récit suit le combat de Kino, indien pauvre et pêcheur d'huîtres en Basse-Californie, prêt à tout pour sauver son petit Coyotito gagné par la fièvre après la piqûre d'un scorpion. La chance lui sourit dans un premier temps, lorsqu'il trouve dans la baie une perle énorme dans une huître. Voilà ce qui pourra payer le médecin et même changer ...

En 1947, John Steinbeck publie son court roman La Perle alors qu'il est sur le point de partir en Russie soviétique. Cela fait plus de 20 ans qu'il tacle dans ses romans - Des souris et des hommes ou Les raisins de la colère - les ravages du capitalisme, célébrant les misères des oubliés de l'essor économique américain, ravagés par la Grande Dépression. La Perle s'écarte toutefois de la fiction réaliste qu'affectionne l'auteur américain. S'inspirant d'un conte mexicain, le récit suit le combat de Kino, indien pauvre et pêcheur d'huîtres en Basse-Californie, prêt à tout pour sauver son petit Coyotito gagné par la fièvre après la piqûre d'un scorpion. La chance lui sourit dans un premier temps, lorsqu'il trouve dans la baie une perle énorme dans une huître. Voilà ce qui pourra payer le médecin et même changer la vie de sa famille, voire de son village. Mais la désillusion sera de taille quand la bille de calcaire nacré concentre les avidités du docteur et du prêtre et la mauvaise foi du prêteur sur gage. Pire, objet de convoitise, elle vampirise l'esprit de Kino le poussant au geste bestial. Moralité : " Les pauvres resteront pauvres et les riches continueront à s'enrichir ", conclut Jean-Luc Cornette qui vient d'adapter en bande dessinée cette fable sur la société moderne et le capitalisme. Ce propos " tellement efficace " a convaincu l'auteur bruxellois qui privilégie le scénario depuis de nombreuses années, comme terrorisé par les peintres qu'ils admirent par dessus tout et dont il s'est fait le biographe en BD (il suffit de se replonger dans son magnifique Klimt dessiné par Marc-Renier chez Glénat). Alors qu'il collabore avec Flore Balthazar sur le biopic dessiné de Frida Kahlo (parue en 2015 chez Delcourt), la dessinatrice, grande fan de Steinbeck, rappelle à Cornette l'existence du roman. " A sa lecture, une région que je connaissais m'apparaissait en images ", nous confie-t-il, se souvenant avoir longtemps été à la recherche de ce qu'il pouvait l'inciter à reprendre le crayon. " J'avais un problème avec mon propre dessin. Paradoxalement pour un auteur de BD, j'ai un problème avec le dessin répétitif. J'étais cependant satisfait de mon écriture. " La limpidité de l'écriture de Steinbeck lui offre l'occasion de se concentrer à nouveau sur le dessin, à poursuivre une recherche de longue date. " J'ai voulu revenir au travail à la plume, gardant en tête l'esthétique mexicaine au départ. Quand j'avais travaillé sur Frida Kahlo, je m'étais intéressé aux dessins de son mari Diego Rivera. La plume permet de se rapprocher de la gravure et de l'approcher. " C'est donc quasi sans scénario, " le roman ouvert sur la table ", que Jean-Luc Cornette s'est lancé dans l'adaptation s'imposant quelques règles : trois cases par page maximum et une mise en couleurs par aplats pour un dessin au final expressionniste, aux traits anguleux. Le jeu sur la hachure ombrage les scènes les plus sombres, la nuit, quand le soleil, omniprésent par ailleurs, s'éteint. L'auteur ne se laisse pas simplement porter par l'écriture de Steinbeck, ajoutant de la fable dans la fable avec ce duo récurrent du cochon et du chien, mais aussi la présence toujours fugace de cette petite villageoise porteuse de nouvelles et témoin du malheur de Kino et sa famille. " Le roman est très descriptif, je me retrouvais face à des gens qui parlent peu, explique l'auteur. Les indigènes répètent leurs mouvements, je n'avais donc pas besoin de le verbaliser. Kino et ses semblables pensent vivre mais ils survivent dans la répétition des choses. Cette histoire de piqûre et de pêche extraordinaire fera qu'ils ne retrouvent plus rien de ce qu'ils connaissent. " Les certitudes ainsi déstabilisées, la nature humaine s'adapte, même si elle doit aller au combat. La vérité implacable de cette histoire explose dans cette adaptation parfaitement maîtrisée de Jean-Luc Cornette, qui s'est vu rassuré sur son dessin. On attend avec impatience la suite de cette résurrection graphique.