La Banque centrale européenne (BCE) fait semblant de vouloir augmenter les taux d'intérêt en zone euro mais c'est de la pure communication: les taux d'intérêt réels (donc les taux d'intérêt défalqués de l'inflation) vont rester bas, monstrueusement bas, comme l'indique Patrick Artus.
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La Banque centrale européenne (BCE) fait semblant de vouloir augmenter les taux d'intérêt en zone euro mais c'est de la pure communication: les taux d'intérêt réels (donc les taux d'intérêt défalqués de l'inflation) vont rester bas, monstrueusement bas, comme l'indique Patrick Artus. Cet économiste n'est pas le seul à raisonner de la sorte: si Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a tenu des propos plus durs ces derniers jours et n'exclut plus une éventuelle hausse des taux d'intérêt, c'est bien entendu pour lutter contre l'inflation. Et c'est vrai que la hausse des taux d'intérêt est en principe l'arme utilisée pour casser la fièvre inflationniste. En Belgique, personne ne s'en plaindrait car cette inflation fait mal au pouvoir d'achat des ménages les plus modestes. Et ce n'est pas l'indexation automatique des salaires qui compensera toutes ces hausses qu'on voit un peu partout en ce moment. Mais au risque d'égratigner notre amour-propre, si Christine Lagarde fait semblant de vouloir augmenter les taux, ce n'est pas pour faire plaisir aux Belges mais aux Allemands, qui grognent par médias populaires interposés. La preuve, le Bild, le quotidien le plus vendu chez nos voisins (3 millions d'exemplaires par jour), n'a-t-il pas surnommé la présidente de la BCE "Madame Inflation"? Les Allemands sont historiquement contre l'inflation. De plus, comme ce pays compte davantage de retraités qu'ailleurs en Europe, ces personnes sont plus fragiles que d'autres face à l'inflation car elles n'ont aucun moyen de la compenser. Et comme l'Allemagne est le poids lourd de la zone euro, les autorités monétaires font semblant de lui donner des gages de rigueur. En réalité, la BCE pense encore aujourd'hui que cette inflation est provisoire et qu'elle diminuera d'ici quelques mois. Patience, donc. Ensuite, regardons autour de nous. L'inflation vient pour l'essentiel de la hausse du prix du gaz, de l'électricité, des matières premières et des pénuries de produits comme les biens d'ameublement de nos maisons. D'ailleurs, dans ce dernier cas, ce n'est pas tellement qu'il n'y a pas assez de porte-conteneurs pour nous amener ces abris de jardin ou ces cuisines (merci le télétravail), c'est surtout parce que ces bateaux doivent parfois attendre un mois avant d'être déchargés, notamment parce qu'il manque des chauffeurs de camions un peu partout dans le monde. Question: en quoi une hausse des taux d'intérêt pourrait-elle résoudre ces problèmes de logistique? Selon la BCE, en aucune façon. Autrement dit, cette hausse serait inutile et même contre-productive vu la hauteur de nos dettes publiques en zone euro. La BCE ne le dira pas mais n'oublions pas que son mandat est aussi d'éviter la dislocation de la zone euro. L'Italie, par exemple, troisième économie de la zone, ne peut se permettre des taux d'intérêt réels supérieurs à 2%. Au-delà, c'est la banqueroute. En clair, lutter contre l'inflation, oui, mais sans précipitation car la BCE n'a aucune marge de manoeuvre. Et si elle joue la montre, c'est aussi pour permettre aux Etats d'effacer leur dette. Mais ce n'est pas tout: comme la BCE veut soutenir la transition énergétique, cette même transition nécessite des taux d'intérêts très bas. Normal, si les taux remontent, tous ces projets de verdissement de notre économie ne seraient plus rentables. En résumé, oui, la hausse des taux dont parlent les médias est en partie bidon, car les taux d'intérêts réels vont rester négatifs encore quelque temps. Le malade va mieux mais n'est pas encore totalement guéri.