" Mais nous n'effectuons aucune démarche commerciale au nord du pays, précise Pascale Delcomminette, directrice générale de l'Awex. Nous avons conclu un gentleman's agreement sur ce point et chaque Région s'y tient rigoureusement. "
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" Mais nous n'effectuons aucune démarche commerciale au nord du pays, précise Pascale Delcomminette, directrice générale de l'Awex. Nous avons conclu un gentleman's agreement sur ce point et chaque Région s'y tient rigoureusement. " Cette attitude n'empêche évidemment pas d'accompagner les entreprises qui frappent à la porte. Et celles-ci augmentent d'année en année. Cette montée en puissance coïncide avec la constitution des écosystèmes wallons autour des pôles de compétitivité et les premiers succès qui en sortent. " Nous voyons de plus en plus de pépites émerger dans des secteurs innovants comme la biotechnologie ou l'IT, analyse Marie-Laure Moreau, associée chez EY. Cela crée un attrait particulier, cela modifie l'image de la Wallonie. On sent que la région bouge, que les innovations se développent. " " Si cela séduit les Japonais, cela séduit aussi les Flamands, plus proches de nous ", sourit Pascale Delcomminette, en allusion au rachat d'Ogeda (Gosselies) par Astellas Pharma. Traditionnellement, il y a toujours eu de nombreuses PME du nord du pays qui ont tenté leur chance dans le sud. Désormais, les fonds d'investissement s'inscrivent dans le mouvement, à l'image d'Ackermans & van Haaren qui, depuis l'an dernier, détient 15 % du capital d'OncoDNA, une start-up de Gosselies, spécialisée dans le traitement du cancer. " Il s'agit d'une entreprise qui agit dans un secteur-clé et nous paraît très prometteuse à terme, nous n'avons pas hésité, confie Luc Bertrand, président d'AvH. J'espère que nous aurons d'autres opportunités de ce genre. Les autorités wallonnes ont raison de développer des politiques misant sur les technologies et l'innovation. Il y a en Wallonie et, plus généralement, en Belgique francophone, des universités qui figurent dans le top mondial et des équipes de recherche d'un niveau incroyable. " Luc Bertrand n'a pas découvert la Wallonie à l'occasion de l'augmentation de capital d'OncoDNA. Son groupe y est actif depuis de longues années et emploie un millier de personnes. " Nos économies régionales sont très imbriquées et, je vous l'assure, nous ne faisons aucune différence entre les implantations au nord et au sud du pays, poursuit-il. Nous avons ouvert des succursales wallonnes de la Bank van Breda. Malgré ce nom à forte connotation flamande, elles ont atteint rapidement le niveau de rentabilité que nous connaissons en Flandre. " Marie-Laure Moreau estime que ce flux venu du nord renforce qualitativement le tissu économique wallon. " Le goût d'entreprendre manque encore un peu en Wallonie, explique- t-elle. L'entrepreneur wallon est souvent plus prudent, plus discret. L'apport des investisseurs flamands va peut-être aider à un changement de mentalité, tout en aidant les pépites qui ne demandent qu'à croître. " Cet apport pourrait aussi déborder dans les relations sociales qui demeurent, selon l'associée d'EY, une lacune du sud du pays. " Le manque de paix sociale vient aussi du fait de dirigeants qui ne gèrent pas toujours ces relations d'une manière optimale, estime Marie-Laure Moreau. Les managers flamands opèrent de manière plus directe. Ils disent ce qu'ils ont à dire mais ils se font respecter et respectent aussi leurs interlocuteurs. " Pascale Delcomminette prend un peu le contre-pied de cette analyse. Elle estime que la main-d'oeuvre est l'un des premiers atouts de la Wallonie. " Les entrepreneurs flamands que je rencontre sont heureux de trouver chez nous une main-d'oeuvre disponible, mais aussi fidèle et volontaire, dit-elle. C'est pour cela qu'ils engagent du personnel local alors que, vu les faibles distances, ils pourraient souvent faire venir les travailleurs de Flandre. " C.D.C.