Faut-il partir ou rester? C'est la question que se posent encore quelques groupes occidentaux à propos de la Russie. Selon le décompte de l'université de Yale, plus de 400 entreprises ont déjà quitté le territoire. Mais aujourd'hui, les dernières récalcitrantes hésitent car un cessez-le feu entre les deux belligérants semble possible. Faut-il prendre une mesure drastique avec le risque que la décision soit démentie par un accord de paix d'ici quelques semaines?
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Faut-il partir ou rester? C'est la question que se posent encore quelques groupes occidentaux à propos de la Russie. Selon le décompte de l'université de Yale, plus de 400 entreprises ont déjà quitté le territoire. Mais aujourd'hui, les dernières récalcitrantes hésitent car un cessez-le feu entre les deux belligérants semble possible. Faut-il prendre une mesure drastique avec le risque que la décision soit démentie par un accord de paix d'ici quelques semaines? La première réaction, la plus instinctive, c'est d'affirmer que la question ne doit même pas se poser et que la morale doit primer. Et c'est d'ailleurs le discours extrêmement bien huilé que tient le président ukrainien. Il suffit de voir comment il impose sa parole à chaque fois qu'il s'invite - sous les applaudissement nourris des députés - dans les parlements d'Europe ou des Etats-Unis. En excellent communicateur qu'il est, Volodymyr Zelensky a un mot, une référence, pour chaque pays. Aux Américains, il va parler de Pearl Harbor. Aux Français, il va évoquer Verdun et Jean-Paul Belmondo. Et en Belgique, il va parler du secteur du diamant. Avec chaque fois le même message: vos entreprises encore actives en Russie doivent cesser immédiatement d'être les "sponsors de la machine de guerre russe". Voilà, ça c'est pour le discours puissant et moralement juste de Zelensky. Et comme il est reproduit à l'infini par les médias et les réseaux sociaux, son impact ne laisse pas de marbre. Peu importe les raisons que les entreprises peuvent invoquer pour décider de rester en Russie, elles sont aujourd'hui inaudibles pour l'opinion publique. Autrement dit, les CEO doivent en tenir compte sous peine d'une chute de leur cours de Bourse ou d'un appel au boycott d'une ONG ou d'un collectif de citoyens. Mais c'est vrai, certaines entreprises résistent encore au discours ambiant et prennent la décision de demeurer sur place. Pareil choix reste dangereux en termes de réputation. Car bien entendu, les dirigeants de ces entreprises sont immédiatement accusés de ne penser qu'aux profits! Et ils doivent multiplier les explications pour justifier l'injustifiable. Prenons le cas du groupe hôtelier Accor: son patron Sébastien Bazin affirme qu'il reste en Russie car il ne contribue pas à l'effort de guerre russe. Je le cite: "Je ne gagne pas d'argent là-bas, donc personne ne peut me dire que je finance la guerre russe en Ukraine (...). Je ne paie pas d'impôts parce que j'y perds de l'argent, on est à 32% de taux d'occupation alors qu'on commence à gagner de l'argent à 55%". Et Sébastien Bazin d'ajouter que la présence de son groupe est importante, car "il y a une détresse plus forte chez ses collaborateurs en Russie qu'en Ukraine pour des raisons qui sont manifestement totalement différentes". Bref, ces déclarations du PDG d'Accor montrent que nous sommes face à un beau débat éthique. D'autant que certains commentateurs ne se privent de rappeler que si le président ukrainien culpabilise avec succès l'Occident, 30% du gaz livré aux Européens passe encore par l'Ukraine qui continue des prélever des loyers au passage! C'est le paradoxe principal de cette guerre: nous autres Occidentaux imposons des sanctions drastiques sauf sur le gaz car nous en avons encore besoin pour nous chauffer, et les Ukrainiens nous le reprochent amèrement tout en gardant le robinet ouvert. Comme l'écrit mon confrère d'Europe 1, Vincent Hervouët: "L'hôpital se fout de la charité. Les Ukrainiens reprochent mais ils gardent le robinet ouvert. Ils critiquent les clients mais ils touchent au passage. Ils combattent la Russie mais ils acceptent l'argent de Moscou".