Rue Montagne du Parc, numéro 12, à Bruxelles. C'est là, au deuxième étage de ce prestigieux bâtiment situé entre les rues Royale et de la Chancellerie, en face du tout nouveau siège en construction de BNP Paribas Fortis, que Stéphane Vermeire nous a fixé rendez-vous à la première heure pour les besoins de ce portrait.
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Rue Montagne du Parc, numéro 12, à Bruxelles. C'est là, au deuxième étage de ce prestigieux bâtiment situé entre les rues Royale et de la Chancellerie, en face du tout nouveau siège en construction de BNP Paribas Fortis, que Stéphane Vermeire nous a fixé rendez-vous à la première heure pour les besoins de ce portrait. L'endroit, l'une des trois wealth houses de BNP Paribas Fortis, est à l'image de l'hôte des lieux : calme, sobre et rassurant. Au point qu'on n'imagine pas vraiment que derrière les boutons de manchette (en forme d'une pièce d'un franc français avec Marianne comme effigie) et le costume impeccable du banquier privé se cache, en réalité, un homme arrivé ce matin-là au bureau en scooter et qui compte à son actif l'ascension du Kilimanjaro. " Ce n'est pas l'effort physique qui a été le plus dur, confie-t-il d'emblée, mais le froid. " En fait d'ascension, Stéphane Vermeire a déjà derrière lui une belle carrière professionnelle. En charge des activités de private banking & wealth management, le quadra fait partie du comité exécutif de BNP Paribas Fortis et prochainement (sous réserve du feu vert de la BNB), du comité de direction de la banque, où il intégrera l'équipe restreinte des administrateurs délégués qui dirigent l'ex-Fortis, dont l'actuel CEO Max Jadot. Au sein de ce cénacle, il continuera, comme il le fait depuis cinq ans, à superviser 35 centres de banque privée (dont trois wealth houses réservées aux clients ultra-fortunés dont le patrimoine dépasse 5 millions d'euros) et un gros effectif de plus de 1.000 personnes (gestionnaires de portefeuille, commerciaux, etc.). " Un chiffre qui ne tient pas compte de tous les services support ", précise-t-il. Il est vrai que la gestion de patrimoine de BNP Paribas Fortis est aujourd'hui devenue une machine impressionnante au service de pas moins de 100.000 clients, soit 70.000 " relations " (particuliers, institutionnels). Et cela, pour un total de 68 milliards d'euros de fonds sous gestion, soit un quart du marché de la gestion de fortune en Belgique. " Bien sûr, il y a l'effet de marché et la hausse des Bourses de ces dernières années. Mais c'est aussi le fruit du succès du département wealth management que nous avons créé il y a sept ans et qui nous positionne auprès des grandes fortunes du pays ", se félicite Stéphane Vermeire. Depuis sa reprise en 2009 par la BNP Paribas et la création de ce département wealth management entièrement dédié aux ultra-riches, l'enseigne a en effet vu sa masse d'actifs sous gestion bondir d'une bonne vingtaine de milliards d'euros, ce qui en fait désormais le numéro 1 de la gestion de patrimoine sur le marché belge. Cette ascension dans les hautes sphères de la gestion de fortune et de la première banque du pays, Stéphane Vermeire la doit d'abord à son statut de pur produit de l'école de commerce Solvay (ULB), dont il sort brillamment ( magnacumlaude) en 1994 avec, en poche, le titre d'ingénieur commercial. Né dans une famille de cinq enfants, ce fils d'entrepreneurs de la région de Verviers fera ensuite ses premiers pas professionnels comme consultant chez McKinsey, où il est embauché directement après ses études. Sa première mission ? " Préparer la privatisation de la SNCI ", du nom de cette banque publique qui sera reprise par la CGER et puis par Fortis, aujourd'hui mieux connue sous le nom de Fintro (toujours d'ailleurs dans le giron de BNPP Fortis). Mais rapidement, et sur les conseils de son premier employeur, le jeune consultant complète sa formation par un MBA à l'école de management Kellogg de Chicago. " Une des plus belles années de ma vie. Etre étudiant aux Etats-Unis est extrêmement inspirant. " De retour en Belgique et chez McKinsey, Stéphane Vermeire travaille alors avec les équipes de John Goossens sur la transformation de Belgacom avant de participer ensuite à divers projets de mariages bancaires comme le rachat en 1998 de la Générale de Banque par Fortis. " Pendant 10 mois, j'ai fait des calculs pour évaluer les synergies. " Connaissant bien le dossier, il ne souhaite toutefois pas participer au sein de McKinsey à l'intégration des deux banques. Ceci ne l'empêche cependant pas d'évoluer progressivement vers le métier de banquier. " Je n'avais pas envie de faire ma vie dans le conseil et surtout j'ai senti que le contact avec la clientèle me plaisait. " Nous sommes alors en 2001. Dans le cadre d'un programme " on-off " qui donne la possibilité aux jeunes, chez McKinsey, de revenir après une expérience chez un client, Stéphane Vermeire rejoint le pôle gestion d'actifs du groupe Dexia. C'est là qu'il croise un certain Axel Miller, alors patron de Dexia Banque (aujourd'hui Belfius). Très vite, le courant passe bien entre les deux hommes qui continuent d'ailleurs à se voir aujourd'hui. " Axel est quelqu'un d'excessivement inspirant et doté d'un leadership exceptionnel. " De fil en aiguille, Stéphane Vermeire épaule Axel Miller dans l'intégration d'Artesia. Il est ensuite chargé du développement international de l'activité de banque de détail du groupe dont Axel Miller prend la direction en 2006. A ce titre, Stéphane Vermeire joue un rôle clé dans l'acquisition de la petite banque turque Denizbank. La suite ? On la connaît. La crise financière passe par là et ce sera la chute de Dexia à l'automne 2008. Un sujet que Stéphane Vermeire n'évite pas. " Il y a eu des périodes de développement très positives et puis une période excessivement difficile pour les employés, les clients et chaque Belge qui a dû participer au sauvetage de Dexia. On retire beaucoup d'humilité et d'expérience de ce genre de moments difficiles. " Le "Solvay boy" ne quittera toutefois pas Dexia tout de suite. Basé à Paris, il sera en charge jusque fin 2012 de la fermeture des filiales internationales du groupe, avant donc de prendre la direction des activités de banque privée de BNP Paribas Fortis, début 2013. Cinq ans après ce virage, ce qu'il apprécie particulièrement dans son métier de banquier privé ? C'est la combinaison de trois choses, dit-il : " Il y a le fait de gérer une équipe large au positionnement fort, c'est un métier où il y a énormément d'expertise et on est en contact direct avec les clients ". Sous-entendu : il ne croit pas trop aux robots comme futurs banquiers privés ? " Les outils digitaux sont largement utilisés par nos clients. Ils ont leur place dans la banque privée autant que dans la banque de détail. Mais, élément essentiel en banque privée, le client garde accès à des experts joignables à tout moment, soit sur rendez-vous soit à distance. Le digital vient aider le client mais ne bouscule pas sa relation avec son banquier privé qui reste fondamentalement humaine. " Et d'ajouter : " Moi-même, il m'arrive d'être de garde certains week-ends via un service ad hoc. Je réponds ainsi à des appels de clients pour les accompagner, les rassurer le cas échéant et leur dire que je veillerai personnellement dès le lundi à ce que leur problème soit résolu. " Autre dimension qui lui tient à coeur : la promotion des investissements socialement responsables (ISR), via entre autres un partenariat avec la Fondation Roi Baudouin. " En privilégiant l'ISR et en le proposant à nos clients, cela donne à la fois du sens à leur épargne avec la finance responsable mais aussi du sens à notre travail de banquier. " Pour le reste, côté jardin, Stéphane Vermeire se plaît à vivre à Watermael-Boitsfort, non loin de la Forêt de Soignes. Marié à une diplômée de sa promotion à Solvay (qui travaille en tant que CFO chez Verlinvest), ce père de deux enfants a le loisir plutôt simple. Outre un peu de vélo le dimanche avec des amis, il s'adonne aux joies de la course à pied, faisant chaque année les 20 km de Bruxelles. Pour l'anecdote, " c'est lorsque j'étais basé à Paris pour Dexia que j'y ai progressivement pris goût. Responsable d'une quinzaine de filiales à travers le monde, j'étais souvent à l'étranger. Je me suis alors mis en tête de toujours avoir avec moi une paire de chaussures pour faire du jogging et découvrir la ville où j'étais de passage ", conclut Stéphane Vermeire, prêt pour une nouvelle journée de boulot marathon.