Un souvenir personnel : celui de la visite des musées du Vatican, dédale hors normes de salles garnies de multiples trésors artistiques. Aux abords de la chapelle Sixtine, paraît tout à coup une toile de Francis Bacon (Dublin 1909-Madrid 1992) dans laquelle, s'inspirant d'une oeuvre de Velasquez, le peintre a " réinterprété " le pape Innocent X. L'homme d'église, saisi en portrait américain, a le visage déformé comme s'il...

Un souvenir personnel : celui de la visite des musées du Vatican, dédale hors normes de salles garnies de multiples trésors artistiques. Aux abords de la chapelle Sixtine, paraît tout à coup une toile de Francis Bacon (Dublin 1909-Madrid 1992) dans laquelle, s'inspirant d'une oeuvre de Velasquez, le peintre a " réinterprété " le pape Innocent X. L'homme d'église, saisi en portrait américain, a le visage déformé comme s'il avait fondu sous le poids de ses croyances, devenant un intermédiaire chiffonné entre différents mondes. Voilà donc le travail de Bacon : imaginer d'autres aventures plastiques que celles du réalisme sans pour autant sacrifier totalement à l'abstraction. D'un point de vue purement financier, Bacon est aussi devenu, en novembre 2013, l'auteur d'une des peintures les plus chères de l'histoire, soit un triptyque daté de 1969, Trois études de Lucian Freud, acheté par un anonyme chez Christie's New York pour la somme de 142,4 millions de dollars. Les chiffres de l'exposition Bacon en toutes lettres que présente le Centre Pompidou sont plus modestes : 60 tableaux dont 12 triptyques - la marotte de l'artiste - conçus entre 1971 et son décès en 1992. L'année 1971 n'est pas prise au hasard, c'est celle de la disparition du compagnon de Bacon, George Dyer qui se suicida à l'âge de 37 ans. L'ombre mortifère plane d'ailleurs sur plusieurs pièces de cette expo, comme s'y manifeste l'amour de Bacon pour les livres, donnant un aspect plutôt original à l'événement parisien. Concrètement, le visiteur peut y entendre des oeuvres d'auteurs aussi divers qu'Eschyle, Nietzsche, Bataille ou Conrad, piochées dans la bibliothèque de l'artiste, lues par de beaux parleurs tels que Jean-Marc Barr, Mathieu Amalric ou Hippolyte Girardot. Une manière de rappeler combien Bacon avait trouvé dans la littérature des valeurs déclarées - comme l'athéologie - et des idées en dehors des morales convenues auxquelles ses créations picturales ne cessèrent de se confronter, tel un brillant défi permanent. " Bacon en toutes lettres ", du 11 septembre au 20 janvier au Centre Pompidou à Paris, www.centrepompidou.fr