Agée d'à peine 17 ans, greta Thunberg, l'icône mondiale de la lutte contre le réchauf-fement climatique, a déjà pris l'habitude de ne pas s'inquiéter des irritations qu'elle peut provoquer. L'an dernier, devant l'élite mondiale de Davos, cette frêle jeune fille leur a asséné un uppercut magistral en leur disant sans fard, " I want you to panic ". Son aplomb et sa jeunesse avaient marqué les esprits des dirigeants venus l'écouter. Un an plus tard, elle reconnaît elle-même, devant le même parterre, qu'il n'est pas dangereux de faire paniquer les décideurs face à la crise climatique. La preuve ? " Je l'ai fait et ça n'a eu, hélas, aucune conséquence. "
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Agée d'à peine 17 ans, greta Thunberg, l'icône mondiale de la lutte contre le réchauf-fement climatique, a déjà pris l'habitude de ne pas s'inquiéter des irritations qu'elle peut provoquer. L'an dernier, devant l'élite mondiale de Davos, cette frêle jeune fille leur a asséné un uppercut magistral en leur disant sans fard, " I want you to panic ". Son aplomb et sa jeunesse avaient marqué les esprits des dirigeants venus l'écouter. Un an plus tard, elle reconnaît elle-même, devant le même parterre, qu'il n'est pas dangereux de faire paniquer les décideurs face à la crise climatique. La preuve ? " Je l'ai fait et ça n'a eu, hélas, aucune conséquence. " En réalité, ce n'est pas tout à fait vrai. Greta Thunberg est trop modeste. Nous sommes en 2020 et la lecture de la presse est ma prière quotidienne. Or, il ne se passe pas un jour sans qu'un constructeur automobile, un transporteur aérien, un pétrolier, un banquier, un assureur ou un promoteur immobilier ne parle ou n'évoque à un moment donné le climat. Les patrons d'entreprise qui ignoraient - voire rejetaient - ce thème il y a quelques années ont tous tourné casaque. Ils veulent tous aujourd'hui apporter leur pierre à la lutte contre le réchauffement climatique. Tant mieux ! Les derniers incendies calamiteux en Australie démontrent que le déni des rapports scientifiques se paie cash. Mais la grande nouveauté de 2020, c'est que la finance semble être dans le collimateur des activistes du climat. La semaine dernière, Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, la banque la plus puissante du monde, s'est retrouvé avec sa photo en pleine page dans le Financial Times, le quotidien des hommes et femmes d'affaires du monde entier. Il n'a pas dû apprécier beaucoup de se retrouver en compagnie de photos de visages d'enfants terrorisés par le feu et de kangourous et koalas entourés de flammes et d'une fumée noire. La photo du plus puissant banquier du monde était barrée d'un slogan qui demandait à ce banquier de " verdir ses milliards de dollars immédiatement ". En fait, ce que reprochent les militants de l'ONG qui est à l'origine de ce coup médiatique, c'est que les banques - et pas seulement JP Morgan - consacrent encore trop d'argent au financement des énergies fossiles. Si Jamie Dimon a été pris pour cible, c'est parce qu'il est le banquier le plus influent du monde et qu'on lui prête la volonté d'être candidat à la Maison Blanche. Bref, les banquiers et les assureurs devront, à l'avenir, expliquer ce qu'ils font de notre argent, de notre épargne. Jacques Attali le reconnaît aussi : " Personne ne se pose la question, mais c'est pourtant avec cet argent que sont financés les produits que nous consommons, les entreprises où nous travaillons et l'ensemble des investissements publics (...). Si on veut changer notre modèle de société, si on veut que les enjeux du climat soient vraiment pris en compte, il faudrait surveiller de près l'usage que les banques font de notre épargne. " Ce n'est pas simple : on ne peut pas suivre la trace de l'usage de notre argent comme on le fait pour certains produits alimentaires. En revanche, c'est déjà une certitude, la pression s'intensifie pour imposer aux banques de déclarer l'usage qu'elles font de notre argent. Ce n'est qu'une question de temps. Sur ce plan, les banques européennes sont mieux préparées que leurs homologues américaines qui sont encore dans le déni du réchauffement climatique. Les banques européennes peuvent donc dire merci à Donald Trump car, en traitant les militants de la cause écologique de " prophètes de malheur ", il donne à l'Europe une longueur d'avance. Axel Weber, le patron de la banque UBS, reconnaît que l'Europe a pris le leadership pour devenir " le noyau de la finance verte mondiale ". En d'autres mots, le réchauffement climatique est une opportunité économique pour les banques européennes de renverser le rapport de force avec Wall Street. Mes confrères des Echos ont raison d'écrire qu'il faut utiliser la " facture " pour combler une fracture.