En 2015, la Royal Academy de Londres présentait la première exposition européenne majeure dédiée à Ai Weiwei, un artiste chinois ayant fait de la résistance à l'autoritarisme politique - en particulier celui de son pays - le coeur de son travail. La visite était impressionnante : des installations disposées au fil des larges pièces du musée anglais, reflètaient, entre autres, les conditions carcérales qui ont marqué le destin du plasticien, déc...

En 2015, la Royal Academy de Londres présentait la première exposition européenne majeure dédiée à Ai Weiwei, un artiste chinois ayant fait de la résistance à l'autoritarisme politique - en particulier celui de son pays - le coeur de son travail. La visite était impressionnante : des installations disposées au fil des larges pièces du musée anglais, reflètaient, entre autres, les conditions carcérales qui ont marqué le destin du plasticien, décrit en 2011 comme la " figure la plus puissante de l'art contemporain " par le prestigieux magazine Art Review. Une salle, en particulier, impressionnait les visiteurs : Weiwei y avait reconstitué des cellules de prisonniers, seulement visibles par un hublot réducteur, ce qui accentuait le sentiment claustrophobe de la situation évoquée. De fait, le tout récent sexagénaire (il est né à Pékin en 1957) a expérimenté à la première personne le conformisme strict d'un régime politique qui n'apprécie guère les prises de liberté. Au printemps 2011, Ai Weiwei avait passé 81 jours en cellule pour " évasion fiscale " ( ! ). Finalement libéré et ayant récupéré son passeport, il réside et travaille désormais en grande partie à Berlin. Il continue à propager une vision à la fois ironique, autobiographique et innovante de la façon dont l'art répond au réel. C'est précisément le cadre de l'expo de ce moment au Foto Museum (FoMu) d'Anvers. Intitulée Miror, elle nous fait plonger dans des images souvent banalement prises à l'iPhone et abondamment utilisées par l'artiste sur les réseaux sociaux. Une bonne part de ces autoportraits montre aussi la surveillance maniaque des autorités chinoises vis-à-vis de l'artiste, comme autant de chroniques d'une vie où l'esthétique n'est jamais étanche au contexte politique. Mais la photo d'Ai Weiwei déborde aussi d'Instagram ou de Twitter pour afficher d'autres formats et d'autres causes qui lui tiennent à coeur, comme la crise des réfugiés. Avec toujours cette dimension orchestrale que l'artiste donne à ses oeuvres, par exemple dans la salle du FoMu où des milliers de petits formats rassemblés, donnent la sensation d'un vertigineux puzzle contemporain. " Mirror ", jusqu'au 18 février au Foto Museum d'Anvers, www.fotomuseum.bePar Philippe Cornet