Les cabinets d'affaires sortent rarement de leur pré carré. C'est pourtant ce que vient de faire CMS DeBacker en mettant sur pied une filiale axée sur le legal interim. Avec cette nouvelle structure, le cabinet explore un domaine complémentaire à son activité de base, qui reste centrée sur le conseil juridique aux entreprises.
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Les cabinets d'affaires sortent rarement de leur pré carré. C'est pourtant ce que vient de faire CMS DeBacker en mettant sur pied une filiale axée sur le legal interim. Avec cette nouvelle structure, le cabinet explore un domaine complémentaire à son activité de base, qui reste centrée sur le conseil juridique aux entreprises. Baptisée BlueBelt, la filiale de CMS s'attaque à un marché occupé par des acteurs spécialisés comme Vialegis, Legalia, USG Professionals ou Lexius Staffing (lire "Les intérimaires du droit se multiplient" du Trends-Tendances du 7 septembre dernier). A l'instar de ces agences intérimaires focalisées sur le secteur juridique, BlueBelt place des juristes en entreprise, pour une durée déterminée. La demande croissante pour ces intérimaires du droit, qui peuvent remplacer un employé absent ou soutenir une équipe dans le cadre d'une opération ponctuelle d'envergure, devrait soutenir le développement de cette nouvelle activité. Ce projet a maturé en interne, au sein du cabinet. Dans le cadre du " CMS Lab ", sorte d'incubateur d'idées, l'associé Pierre-Axel Chabot propose d'investir le domaine en plein essor du legal interim. Il gagne le concours d'innovations organisé par CMS et met le projet en marche. Deux ans plus tard, l'idée se concrétise autour de Guillaume Beauthier, qui se porte candidat pour piloter BlueBelt. Cet avocat spécialisé en droit des sociétés et droit immobilier travaille depuis trois ans chez CMS, après être passé notamment par Bird & Bird. Il quitte aujourd'hui le barreau pour prendre les rênes de BlueBelt : " C'est une aventure entrepreneuriale. C'est un vrai défi ", se réjouit Guillaume Beauthier. Filiale de CMS, BlueBelt est détenue majoritairement par le cabinet belge. L'actionnariat est complété par Guillaume Beauthier et Serge Cornet, chief operating officer de CMS DeBacker. " Le projet a été bâti à peu de frais, précise Serge Cornet. Il a simplement nécessité une avance de trésorerie pour la rémunération de Guillaume et la création du site Internet. " D'après le business plan de BlueBelt, l'activité devrait arriver à l'équilibre dans les deux ans et dégager les premiers bénéfices dans les trois ans. Selon les dirigeants de CMS, les activités de la filiale peuvent idéalement compléter le travail traditionnel des avocats. " C'est d'abord pour répondre à une demande des clients que nous développons ce service ", explique Guillaume Beauthier, general manager de BlueBelt. Les entreprises peuvent être confrontées à un besoin temporaire de conseil juridique in-house, qui sera rencontré par un juriste présent dans leurs locaux, le temps d'une mission. Les cabinets peuvent parfois répondre à ce type de demande, en détachant un avocat en entreprise. Mais ce type de service, qui mobilise des ressources importantes pour le bureau d'avocats, coûte cher. C'est la raison pour laquelle les sociétés se tournent de plus en plus vers le legal interim. En proposant son propre pool de juristes intérimaires, CMS espère répondre en direct aux demandes émanant de ses propres clients.Le cabinet d'affaires promet un service plus élaboré que celui fourni par les sociétés d'intérim : " Nous allons accompagner l'intérimaire durant sa mission, et lui fournir en soutien l'expertise de notre cabinet d'avocats. Notre avantage, c'est que le juriste que nous plaçons pourra avoir un avocat au téléphone dans les cinq minutes, s'il souhaite un éclairage juridique complémentaire, ou approfondir une question pointue posée par l'entreprise où il preste ", souligne Guillaume Beauthier. Ce pont établi entre l'intérimaire et le cabinet d'avocats devrait également servir les intérêts de CMS, estime le patron de BlueBelt : " Le juriste aura le réflexe d'orienter l'entreprise vers CMS si un problème juridique nécessite l'intervention d'un avocat ", complète-t-il. Dans ce contexte, le legal interim pourrait amener de nouveaux clients au cabinet d'affaires. BlueBelt est occupé à constituer une base de données de juristes qui pourraient rejoindre son pool d'intérimaires. Réunir des praticiens spécialisés et expérimentés est l'un des défis principaux pour exister face à des sociétés plus aguerries comme Vialegis. CMS compte sur son réseau d'alumni pour étoffer son offre. Mais aussi sur la structure même du marché du droit, qui crée en permanence des profils juridiques disponibles. Dans les cabinets d'avocats, le principe du up or out prédomine encore souvent. Passé quelques années (entre cinq et sept environ), un collaborateur qui n'est pas retenu pour devenir associé (ce qui est le cas le plus fréquent, les places de partner étant chères) se voit généralement montrer la porte de sortie. " Il y a beaucoup d'excellents juristes à récupérer à ce moment-là ", avance Guillaume Beauthier. Le patron de BlueBelt espère atteindre rapidement plusieurs dizaines de consultants juridiques placés en entreprise. Le développement d'une activité comme le legal interim cadre bien avec l'esprit entrepreneurial qui règne au sein de CMS. " Notre cabinet se concentre prioritairement sur son core business, qui est de conseiller nos clients sur le plan juridique. Parallèlement, nous examinons les opportunités qui s'offrent à nous. Nous pouvons développer d'autres activités, pour autant qu'elles respectent certains critères : elles doivent cadrer avec l'image de CMS, respecter l'indépendance de notre cabinet, apporter une valeur ajoutée sur le marché et offrir des perspectives de rentabilité. Dans le cas de BlueBelt, l'ensemble des paramètres sont remplis ", explique Tom Herremans, managing partner de CMS. Dans cette optique, le cabinet examine d'autres créneaux potentiellement porteurs. La firme envisage entre autres le déploiement d'une fiduciaire, ou encore la commercialisation de son logiciel de gestion informatique, développé en interne et qui pourrait intéresser d'autres cabinets d'affaires. Sur un marché juridique belge caractérisé par une certaine stabilité, CMS affiche une intéressante croissance de 8 % de son chiffre d'affaires en 2016. Une conséquence, notamment, de l'intégration de nouveaux avocats au sein de l'équipe. En 2017, CMS a absorbé l'antenne belge du cabinet Olswang. Une opération qui fait suite à la décision, prise au niveau de Londres, d'associer les firmes Nabarro et Olswang à CMS, afin de créer une structure internationale rassemblant plus de 4.500 avocats dans le monde. Selon Tom Herremans, il n'est pas réaliste de penser qu'une croissance de 8 % peut être atteinte chaque année en Belgique. Mais le managing partner de CMS estime que son bureau peut encore se renforcer dans certains secteurs, notamment en droit fiscal, et atteindre la taille idéale pour un cabinet d'affaires actif sur le marché belge, qui se situe légèrement au-dessus d'une centaine d'avocats.