Il serait commode de dire que la mise en liquidation du groupe Thomas Cook, qui laisse plus de 150.000 voyageurs en difficulté, est la faute au Brexit, à la concurrence du Web, au déclin supposé du voyage à forfait.

La raison majeure de la faillite est surtout Thomas Cook lui-même. Le groupe s'effondre, noyé dans une dette de 1,2 milliard de livres qui a fait peur aux banquiers et aux investisseurs. Sa chute va créer quelques remous sur le marché dans les semaines et mois à venir, y compris en Belgique, où le groupe est numéro deux du voyage "packagé". Il y occupe 600 personnes (sur 21.000 dans le groupe). Le sort des filiales belges, encore debout au moment où nous écrivons ces lignes, n'est pas fixé ; elles n'acceptent plus de réservations.

Un Allemand devenu Britannique

La lointaine origine de cette dette est une fusion avec un voyagiste britannique, MyTravel, en 2007 (ex-Airtours). Thomas Cook était alors un groupe allemand. Le nouvel ensemble, rebaptisé Thomas Cook Group, s'était basé en Grande-Bretagne. Cette consolidation avait créé un géant européen promettant un bond compétitif, à travers des économies de synergies de l'ordre de 75 millions de livres par an.

Hélas, MyTravel n'avait quasiment plus gagné d'argent depuis 2001. Et la stratégie suivie a été celle d'un voyagiste qui misait sur un réseau d'agences de voyage, sur les forfaits à faible marge, alors que les vols low cost explosaient. Elle n'a pas joué de chance avec diverses crises, comme celle du printemps arabe ou les attentats en Tunisie, marché crucial pour Thomas Cook. Mais d'autres voyagistes ont traversé les mêmes turbulences.

Plus de 10 ans plus tard, le groupe a reconnu que l'opération était un échec en actant, lors des comptes publiés en mai dernier (H1 2019), une perte énorme de 1,4 milliard de livres, dont une bonne partie (1,1 milliard) est une réduction de valeur sur le goodwill de la fusion avec MyTravel. Il a aussi affiché un niveau d'endettement net de 1,25 milliard de livres.

La liquidation est le point final d'une suite de hauts et de bas. En 2011, Thomas Cook évite une sortie de route grâce à un financement de 200 millions de livres. En 2014, il achève une restructuration, donnant le sentiment que la machine était repartie. L'année suivante, un actionnaire chinois, Fosun, débarque et met la main sur une participation de 18%. Il était à la manoeuvre ces dernières semaines, s'engageant à verser 450 millions de livres dans un plan de refinancement qui devait atteindre les 900 millions au total. C'est l'exigence des banques de trouver 200 millions de livres supplémentaires qui a fait capoter l'opération et précipité la liquidation.