Dans son communiqué du 8 juillet, lors de la présentation de ses révisions économiques de l'été 2020 intitulées "une récession encore plus profonde, avec des situations qui deviennent plus divergentes", la Commission pointe que "les différences de niveau d'incidence de la pandémie et de vigueur de la reprise dans les États membres semblent désormais devoir être encore plus prononcées que ce qui avait été prévu au printemps".

Les sources de ces divergences

Ces divergences émanent de différents constats. Tout d'abord, les pays de l'UE n'ont pas tous connu la même chute du PIB sur le premier trimestre de l'année pour des raisons qui sont entre autres liées à l'ampleur du confinement, à sa durée et à la sortie plus ou moins rapide de ce dernier. Conséquence, des pays comme l'Espagne, l'Italie et la France ont connu des baisses de croissance du PIB beaucoup plus importantes par rapport au quatrième trimestre de l'année dernière (environ 5,3 %) que des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne (entre 1,7 et 2,2 %, respectivement). Comme évoqué dans les perspectives économiques du mois juin 2020 de KBC/CBC "ce n'est probablement pas une coïncidence si l'Espagne, l'Italie et la France ont toutes eu des expériences assez graves avec le Covid-19, comme le montrent les décès confirmés par habitant."

Ces mêmes perspectives soulevaient qu'"un autre facteur qui pourrait expliquer cette divergence est la part plus importante du PIB provenant du tourisme en Espagne (11,8 %), au Portugal (8 %), en France (7,3 %) et en Italie (5,9 %) par rapport aux Pays-Bas (4,4 %) et à l'Allemagne (3,8 %). En effet, les secteurs du tourisme et de l'hôtellerie ont été particulièrement touchés par la crise du coronavirus avec la fermeture des hôtels, des restaurants et des frontières internationales."

La troisième raison tient aussi dans les différences en termes de plans de soutien déployés par les Etats pour faire face à cette pandémie. Si la plupart des pays ont mis en place des paquets contenant de nombreuses mesures principalement destinées au soutien financier des ménages et des entreprises afin de stabiliser l'économie, les montants et les soutiens n'ont pas été de la même ampleur partout.

Vers une possible accentuation

Jusqu'à présent, seule l'Allemagne se distingue par un programme de relance budgétaire substantiel, comprenant une réduction temporaire de sa TVA au second semestre 2020. Et en dehors d'elle, aucun autre pays n'a encore élaboré un plan de relance, même si le nouveau gouvernement en France a indiqué y travailler. Conséquence: le degré de stimulation variera d'un pays à l'autre, ce qui suscite évidemment des inquiétudes quant aux distorsions du marché unique européen dues aux différents montants des aides d'État.

Mais le risque le plus grand pourrait venir d'une demande intérieure divergente d'un pays à l'autre à cause de l'évolution de l'épargne, totalement différente sur le premier trimestre. On sait en effet que la reprise sera en premier lieu assurée par la consommation des ménages qui dépendra bien évidemment de la confiance de ces derniers (et donc de l'évolution du chômage), mais aussi de l'épargne accumulée pendant la crise.

Une partie des ménages européens qui n'ont pas subi de pertes de revenus ont accumulé une épargne forcée faute de pouvoir consommer durant la période de confinement. Selon les chiffres publiés par Eurostat le 3 juillet, le taux d'épargne des ménages a été de 16,9% dans la zone euro au premier trimestre 2020, contre 12,7% au quatrième trimestre 2019. Il s'agit de la plus forte augmentation depuis le début de cette statistique en 1999.

Une épargne toute aussi inégale

Mais bien évidemment, ce chiffre n'est pas identique d'un pays à l'autre. Ce taux, déjà le plus élevé en Allemagne au dernier trimestre 2019, a encore progressé autour des 24%, ce qui donne un effet de levier considérable pour une reprise de la consommation qui sera en plus soutenue par la baisse de la TVA. En revanche, ce taux d'épargne a fortement reculé en Espagne ou au Portugal. Avec un taux qui se situe à 20%, la Belgique dispose par contre d'une marge de reprise appréciable pour autant que la confiance soit de retour.

Cela signifie que la reprise intérieure, élément-clé dans l'attente d'une reprise des investissements des entreprises, ne sera pas du tout identique d'un pays à l'autre, ce qui risque d'accentuer encore les écarts de croissance dans l'UE.

Le plan de la Commission européenne est donc indispensable pour tenter de réduire ces divergences, même si, à lui seul, il n'arrivera pas à gommer les écarts. Mais au moins il permettra de réduire le risque d'une reprise asymétrique dans l'UE.

Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque

Dans son communiqué du 8 juillet, lors de la présentation de ses révisions économiques de l'été 2020 intitulées "une récession encore plus profonde, avec des situations qui deviennent plus divergentes", la Commission pointe que "les différences de niveau d'incidence de la pandémie et de vigueur de la reprise dans les États membres semblent désormais devoir être encore plus prononcées que ce qui avait été prévu au printemps".Les sources de ces divergencesCes divergences émanent de différents constats. Tout d'abord, les pays de l'UE n'ont pas tous connu la même chute du PIB sur le premier trimestre de l'année pour des raisons qui sont entre autres liées à l'ampleur du confinement, à sa durée et à la sortie plus ou moins rapide de ce dernier. Conséquence, des pays comme l'Espagne, l'Italie et la France ont connu des baisses de croissance du PIB beaucoup plus importantes par rapport au quatrième trimestre de l'année dernière (environ 5,3 %) que des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne (entre 1,7 et 2,2 %, respectivement). Comme évoqué dans les perspectives économiques du mois juin 2020 de KBC/CBC "ce n'est probablement pas une coïncidence si l'Espagne, l'Italie et la France ont toutes eu des expériences assez graves avec le Covid-19, comme le montrent les décès confirmés par habitant." Ces mêmes perspectives soulevaient qu'"un autre facteur qui pourrait expliquer cette divergence est la part plus importante du PIB provenant du tourisme en Espagne (11,8 %), au Portugal (8 %), en France (7,3 %) et en Italie (5,9 %) par rapport aux Pays-Bas (4,4 %) et à l'Allemagne (3,8 %). En effet, les secteurs du tourisme et de l'hôtellerie ont été particulièrement touchés par la crise du coronavirus avec la fermeture des hôtels, des restaurants et des frontières internationales."La troisième raison tient aussi dans les différences en termes de plans de soutien déployés par les Etats pour faire face à cette pandémie. Si la plupart des pays ont mis en place des paquets contenant de nombreuses mesures principalement destinées au soutien financier des ménages et des entreprises afin de stabiliser l'économie, les montants et les soutiens n'ont pas été de la même ampleur partout.Vers une possible accentuationJusqu'à présent, seule l'Allemagne se distingue par un programme de relance budgétaire substantiel, comprenant une réduction temporaire de sa TVA au second semestre 2020. Et en dehors d'elle, aucun autre pays n'a encore élaboré un plan de relance, même si le nouveau gouvernement en France a indiqué y travailler. Conséquence: le degré de stimulation variera d'un pays à l'autre, ce qui suscite évidemment des inquiétudes quant aux distorsions du marché unique européen dues aux différents montants des aides d'État.Mais le risque le plus grand pourrait venir d'une demande intérieure divergente d'un pays à l'autre à cause de l'évolution de l'épargne, totalement différente sur le premier trimestre. On sait en effet que la reprise sera en premier lieu assurée par la consommation des ménages qui dépendra bien évidemment de la confiance de ces derniers (et donc de l'évolution du chômage), mais aussi de l'épargne accumulée pendant la crise.Une partie des ménages européens qui n'ont pas subi de pertes de revenus ont accumulé une épargne forcée faute de pouvoir consommer durant la période de confinement. Selon les chiffres publiés par Eurostat le 3 juillet, le taux d'épargne des ménages a été de 16,9% dans la zone euro au premier trimestre 2020, contre 12,7% au quatrième trimestre 2019. Il s'agit de la plus forte augmentation depuis le début de cette statistique en 1999.Une épargne toute aussi inégaleMais bien évidemment, ce chiffre n'est pas identique d'un pays à l'autre. Ce taux, déjà le plus élevé en Allemagne au dernier trimestre 2019, a encore progressé autour des 24%, ce qui donne un effet de levier considérable pour une reprise de la consommation qui sera en plus soutenue par la baisse de la TVA. En revanche, ce taux d'épargne a fortement reculé en Espagne ou au Portugal. Avec un taux qui se situe à 20%, la Belgique dispose par contre d'une marge de reprise appréciable pour autant que la confiance soit de retour.Cela signifie que la reprise intérieure, élément-clé dans l'attente d'une reprise des investissements des entreprises, ne sera pas du tout identique d'un pays à l'autre, ce qui risque d'accentuer encore les écarts de croissance dans l'UE.Le plan de la Commission européenne est donc indispensable pour tenter de réduire ces divergences, même si, à lui seul, il n'arrivera pas à gommer les écarts. Mais au moins il permettra de réduire le risque d'une reprise asymétrique dans l'UE.Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque