L'affaire a fait grand bruit il y a quelques semaines en Bretagne. Une quinzaine de maisons communales ont été taguées de deux chiffres : l'un précisant le pourcentage de résidences secondaires recensées dans chacune des municipalités concernées, l'autre leur nombre réel. Un signal envoyé par certains habitants pour se plaindre du haut taux de logements de vacances dans la région. Dans certaines communes telles que Sarzeau, dans le Morbihan, il dépasse les 60 %. Dans les Côtes-d'Armor, il atteint 71 % à Carnac alors qu'il grimpe à 80 % à Arzon. Une tendance qui ne devrait pas diminuer à l'avenir. Au contraire : la transformation des villes côtières en stations de villégiature ne cesse de s'accentuer sous les coups de boutoir de certains promoteurs immobiliers. D'ailleurs, la péninsule armoricaine se classe déjà au quatrième rang des régions françaises présentant le taux de résidences secondaires le plus élevé, avec 13 % de ses logements. La Corse est loin devant avec 37,2 %.

Sur le plan immobilier, le marché breton, très prisé des Belges, a repris des couleurs ces deux dernières années. Il faut dire que les 2.470 km de côtes, situés à sept ou huit heures de route de Bruxelles, invitent au dépaysement. Et ce, avec des prix qui restent attractifs, même s'ils sont à la hausse ces derniers mois. " Les niveaux sont bien inférieurs à ceux pratiqués sur d'autres côtes françaises, plus méridionales, explique Agnès Lanoë, notaire à Fouesnant et qui présidait jusqu'il y a peu le Conseil régional qui rassemble les 800 notaires de Bretagne et de Loire-Atlantique. Le fait que l'Ile-de-France ne soit plus qu'à 1h30 de Rennes grâce à la ligne ferroviaire à grande vitesse a également eu un impact ces derniers mois, puisque les ventes ont progressé de 48 % par rapport à 2014. Et ce marché présente encore de réelles possibilités dans nombre de villes où les prix restent encore inférieurs à ceux de 2008, même en bord de mer. "

Regain d'intérêt pour les terrains à bâtir

Pour permettre une vue plus précise sur l'immobilier local, l'association Notaires de Bretagne vient de publier une étude sur le marché des résidences secondaires du littoral " Manche-Atlantique ". De quoi mieux saisir les tendances actuelles. " On voit que le marché immobilier est sous pression et que l'offre se tarit, ajoute Agnès Lanoë. Mais il reste sain puisque les prix évoluent peu même si les biens de qualité bénéficiant d'emplacement privilégié, face à la mer ou au coeur d'un port, voient leur valeur s'apprécier significativement. En revanche, dès que l'on s'éloigne du littoral ou que le logement est de qualité moindre, les acheteurs sont raisonnables et négocient fermement. "

Ce marché présente encore de réelles possibilités dans nombre de villes où les prix restent encore inférieurs à ceux de 2008, même en bord de mer.

En 2018, le prix moyen d'une maison ancienne en Bretagne était de 188.100 euros. En hausse de 10,7 % sur les cinq dernières années. Celui d'un appartement ancien était de 2.990 euros/m2 (- 1,4% en cinq ans). " Les acquéreurs étant moins exigeants sur les critères des résidences secondaires, les prix sont inférieurs à ceux des résidences principales. " Si l'offre sur le marché neuf est quant à elle encore relativement faible, il faut noter le regain d'intérêt pour les terrains à bâtir. Même si de nouvelles règles urbanistiques ont sérieusement diminué la taille des parcelles.

Dans l'ancien, il y en a par contre pour tous les goûts. Que ce soit l'appartement, la villa, la petite maison de pêcheur, en front de mer, en centre-ville ou au coeur d'un port, l'offre immobilière est relativement variée. " L'emplacement et la vue étant des critères essentiels pour les acquéreurs, les prix au mètre carré dans l'ancien peuvent être supérieurs à ceux pratiqués dans le neuf, lance Agnès Lanoë. Les acquéreurs recherchent un pied-à-terre et privilégient l'emplacement à la surface. Ce sont essentiellement des personnes qui connaissent la station dans laquelle ils veulent acheter leur logement : soit parce qu'ils en sont originaires, soit parce qu'ils y ont passé des vacances. Mais ils sont de plus en plus regardants sur la qualité du bien. Ils évaluent également plus précisément les travaux à effectuer. Et ils sont d'autant plus vigilants s'ils envisagent de louer leur maison afin de financer en partie leur investissement. "

Mettre le cap sur le Morbihan

En Bretagne, seules les stations de la Côte d'Amour affichent des prix au mètre carré supérieurs à 4.000 euros pour des maisons anciennes. Mais toutes les stations prisées du littoral profitent de la pression de la demande, avec une hausse des prix pour quelques-uns d'entre elles, telles que Carnac (+ 22,9 %, 381.000 euros), Le Croisic (+ 18,3 %, 275.000 euros), Trébeurden (+ 20,6 %, 205.000 euros), Saint-Malo (+ 8 %, 270.000 euros) ou encore Concarneau (+ 6,3 %, 170.000 euros).

Si on analyse ces chiffres davantage dans le détail, on voit que dans le nord-est de la Bretagne, sur les 70 kilomètres de côtes, Saint-Malo, Saint-Briac, Dinard, Cancale ou Saint-Lunaire sont toujours autant recherchés. " A Saint-Malo, pour acquérir une maison, si le prix moyen est de 270.000 euros, le budget peut grimper à un million d'euros. Et si on s'éloigne de 15 à 20 kilomètres, les prix démarrent à 200.000 euros pour une petite maison avec quelques travaux. " Ajoutons que les prix moyens les plus élevés pour les maisons anciennes sont à retrouver à Saint-Briac-sur-Mer (348.500 euros) alors qu'ils chutent à 242.500 euros à Dinard.

Sur les Côtes-d'Armor, le marché est dominé par Lancieux (287.500 euros), juste devant Saint-Cast-le-Guildo (207.500 euros) et Trébeurden (205.000 euros). Ce sont les logements les plus accessibles de Bretagne, avec le Finistère. Reste qu'il faudra quand même débourser un minimum de 300.000 à 400.000 euros pour espérer mettre la main sur une maison située à une distance raisonnable de la mer. Dans le Finistère, à l'ouest de la Bretagne, Clohars-Carnoët voit le prix moyen de ses maisons sérieusement grimper à 234.100 euros (+ 23 %), suivi par Carantec (198.000 euros) et Fouesnant 190.000 euros.

Dans le Morbihan, les communes de La Trinité-sur-Mer, Carnac et Arzon sont parmi les villes où les maisons sont les plus chères. Il faut débourser en moyenne 473.500 euros pour mettre la main sur une maison de La Trinité-sur-Mer, une commune particulièrement appréciée dans la baie de Quiberon.

Enfin, plus au sud, sur la côte Atlantique, si l'on veut profiter de la proximité de Pornichet ou de La Baule sans en subir les tarifs (prix médian pour une maison de 398.000 euros pour l'un, 356.000 euros pour l'autre), il peut être intéressant de chercher du côté d'Assérac, La Turballe ou Mesquer-Quimiac.

188.100 euros: Prix moyen d'une maison ancienne en Bretagne en 2018, chiffre en hausse de 10,7 % sur les cinq dernières années.