C'est l'un des plus fins connaisseurs des enjeux territoriaux du Brabant wallon. Yves Hanin, directeur du Centre de recherches et d'études pour l'action territoriale (CREAT) de l'UCL, fait office d'acteur incontournable pour évoquer les futurs développements dans la province. Tour d'horizon.
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C'est l'un des plus fins connaisseurs des enjeux territoriaux du Brabant wallon. Yves Hanin, directeur du Centre de recherches et d'études pour l'action territoriale (CREAT) de l'UCL, fait office d'acteur incontournable pour évoquer les futurs développements dans la province. Tour d'horizon. TRENDS-TENDANCES. Le Brabant wallon a connu une importante mutation urbanistique ces dernières années. Pensez-vous que cette évolution va dans le bon sens ? YVES HANIN. Elle nous permet en tout cas de tirer quelques enseignements majeurs. Les différences historiques en matière de structuration du territoire perdurent même s'il y a des évolutions : un centre qui s'étend et qui reste le poumon économique de la province, l'Ouest qui tente de suivre le rythme et l'Est qui connaît une évolution à contre-courant. La partie centrale du Brabant wallon, qui regroupe aujourd'hui Braine-le- Château, Braine-l'Alleud, Waterloo, Lasne, Rixensart, La Hulpe, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Wavre, Chaumont-Gistoux, Court-Saint-Etienne et Mont-Saint-Guibert, reste le pôle majeur sur le plan économique et de l'emploi. Si on jette un regard en arrière, on voit que cette zone a connu un développement de villas pavillonnaires, puis de commerces et enfin d'activités économiques, qui font qu'aujourd'hui ce Brabant wallon est très florissant et tire le PIB wallon vers le haut. De plus en plus de Wallons et de Bruxellois viennent y travailler. Ce n'est plus une zone dortoir. Une situation qui semble ne pouvoir qu'encore se renforcer à l'avenir... En effet. L'intérêt est de toutefois s'interroger sur la manière dont elle peut encore évoluer, car les disponibilités foncières s'amenuisent pour le résidentiel. Le secteur tertiaire peut, par contre, encore s'y installer. Cela passe par des reconversions de friches industrielles ou de sablières par exemple. Le prix de sortie des opérations immobilières y est suffisamment haut pour assainir ces sites. C'est un atout majeur que peu de provinces wallonnes possèdent. D'autres problèmes vont par contre surgir. De quel ordre sont-ils ? Il va falloir se poser sérieusement la question de l'avenir des résidences pavillonnaires construites dans les années 1960, 1970 et 1980. Si les belles maisons de maître bruxelloises ont pu connaître une seconde vie en étant divisées en plusieurs logements, je ne vois par contre vraiment pas comment l'on pourra transformer les villas brabançonnes de plus de 450.000 euros, qui sont complètement inintéressantes. Elles sont obsolètes et énergivores. Elles nécessitent le plus souvent une rénovation complète des sanitaires, l'installation d'une nouvelle chaudière et doivent être isolées entièrement. Sans parler du fait que leur localisation les rend très dépendantes de l'automobile, avec des problèmes d'insécurité. Je pense que nous sommes arrivés à un tournant pour cet important parc de logements. Y a-t-il encore d'autres enjeux significatifs ? Oui. Notamment celui d'une série d'hypermarchés, qui sont la déclinaison de la périurbanisation qui s'est étendue des années 1950 aux années 1980. Leur modèle arrive en bout de course. Il est nécessaire qu'ils subissent une transformation car ils ne répondent plus aux exigences commerciales actuelles : ils sont trop vastes et peu accessibles. Il va donc falloir repenser ces grands sites. Enfin, la question de la mobilité n'est pas résolue et tend même à empirer. Le centre du Brabant wallon étouffe. Je suis partisan de la mise en place d'un nouveau plan de mobilité à l'échelle de la province, de manière à favoriser les connexions est-ouest depuis le centre du Brabant wallon. Les flux de circulation ont évolué. Il faut réinventer la manière d'aller de Wavre à Waterloo autrement qu'en voiture. C'est une priorité. Le Brabant wallon semble être en chantier permanent ces dernières années. Les projets d'envergure se multiplient. Le rythme de construction est-il en ligne avec la hausse démographique attendue dans les prochaines années ? Si on suit les perspectives démographiques, qui restent aléatoires vu la dynamique actuelle, on attend 40.000 nouveaux Brabançons wallons d'ici 2035. Soit 12.000 ménages. Aujourd'hui, les promoteurs produisent plus que les besoins. Cela s'est toutefois tassé depuis 2010, même si le nombre de projets reste très important. Seuls les appartements semblent aujourd'hui trouver grâce auprès des promoteurs. Une manière de répondre à un déficit d'offres. Mais ne va- t-on pas vers une surproduction en la matière ? Oui, je le crains. L'important est alors de bien phaser les différents projets. Cette hausse de la production est en fait liée à une évolution de la façon de se loger. Les grands jardins n'ont plus la cote. Il y a une volonté d'habiter des maisons plus compactes et plus petites. Les familles cherchent toujours un jardin, mais plus aussi grand qu'auparavant. La qualité des équipements d'une commune (piscine, centre culturel, cinéma, soins de la personne, etc.) devient primordiale. Le comportement des Brabançons wallons devient de plus en plus urbain. A côté de cela, on a également assisté à une transformation radicale du mode de production des promoteurs. Nous n'assistons plus à la production classique d'un lotissement. Sauf peut-être encore dans l'Est. Mais c'est surtout lié au fait que la demande a évolué... Je ne suis pas certain. Il y a eu une transformation du secteur de la construction qui n'est pas négligeable. Il s'est rationalisé et restructuré. Les entreprises de taille moyenne comme Equilis et Thomas & Piron ne sont pas intéressées par le fait de créer des lotissements mais plutôt par l'idée de produire et de vendre du logement. Cette démarche n'a fait que se renforcer ces dernières années. Pourquoi ? Car ces opérateurs disposent des capacités techniques et financières suffisantes pour s'attaquer aux projets complexes et pour reconvertir des friches, des aménagements qui sont privilégiés par les pouvoirs publics. Ces promoteurs ne prennent toutefois pas le risque de s'engager financièrement dans de telles opérations sans avoir des garanties sur la demande... Je ne suis pas dans la peau d'un promoteur. Mais le risque en Brabant wallon est relativement faible. S'il faut investir quelque part en Belgique, c'est ici que c'est le plus "simple". Les notaires du Brabant wallon affirment que la villa quatre façades perd de plus en plus de son attrait. Partagez-vous ce constat ? La villa des années 1970 ou 1980 sera, en effet, de plus en plus difficile à revendre. Cette tendance va s'accentuer. Dans l'Est, on continue à proposer des parcelles de 10 ares alors que le reste du Brabant wallon tend à une densification avec des parcelles de 5 ares. Cette dichotomie va prendre de l'ampleur. Une des grandes tendances est la création de nouveaux quartiers (Papeteries de Genval, Henricot à Court-Saint-Etienne, ancienne sucrerie à Genappe) sur d'anciennes friches, avec des projets mixtes de 300 à 400 logements. Que pensez-vous de ce nouveau modèle d'aménagement du territoire ? Ces opérations sont intéressantes car elles permettent d'assainir le foncier. Mais c'est ce que j'appelle de l'urbanisme de poche. Il s'agit d'une conception nouvelle du lotissement du 21e siècle. Des nouveaux quartiers où il ne manque pratiquement plus que des barrières, une sorte de gated community comme on en voit aux Etats-Unis. Cette conception se base sur le fait que nous allons trouver tous les services dans cette poche : le parking, le logement, le commerce, les espaces verts, la trame bleue avec une rivière, etc. C'est un petit microcosme qui se reproduit, en rupture avec l'environnement extérieur. Cet urbanisme de poche se greffe, de plus, sur une absence de structures qui est un problème majeur du Brabant wallon. Les deux seuls niveaux de voiries (les routes nationales et les routes résidentielles) ne peuvent absorber tout le trafic. Il manque un niveau intermédiaire sur le réseau routier. Le fait que ces poches se déversent sur des voiries inadaptées pose d'énormes problèmes. Où faut-il investir aujourd'hui en Brabant wallon ? J'avais beaucoup misé sur le RER et sur le fait d'habiter à proximité. Je vais finir par croire que ce Réseau express régional va arriver trop tard. Il y a pourtant de beaux projets d'aménagement de nouveaux quartiers aux alentours des gares, ce qui, théoriquement, est un lieu essentiel d'avenir. Un beau projet est dans les cartons autour de la gare d'Ottignies. Le site de Braine-l'Alliance, une halte d'arrêt du RER à Braine-l'Alleud, possède également un beau potentiel, notamment en termes de mobilité. Les hypermarchés et les terrains exceptionnels qu'il reste encore en zone bleue sont d'autres sites à suivre. Je ne crois, par contre, plus aux grosses opérations immobilières. La vallée de la Dyle (de Bousval à Wavre le long de la ligne de chemin de fer) est un autre enjeu majeur. Elle est très bien desservie en matière de mobilité. Des projets existent à Court-Saint-Etienne et Ottignies. Cela peut être une belle dorsale. Le chantier tubizien semble gigantesque. Y croyez-vous ? Oui, s'il arrive à s'accrocher à la dynamique du centre du Brabant wallon. S'il réussit, son avenir s'éclaircira. Or, cette région reste trop en retrait actuellement. Le problème, c'est que Tubize est sur un autre axe, avec davantage de proximité avec Braine-le-Comte, Soignies, Nivelles. Les questions de l'avenir commercial de Nivelles ou de la reconversion des Forges de Clabecq à Tubize amènent leur lot d'incertitudes. Mais cette région est bien desservie en transports en commun, il faut donc encourager son développement. L'Est semble être quelque peu laissé de coté. Quelles seront ses perspectives pour l'avenir ? Ce Brabant wallon "rurbain" (mélange de ruralité et d'urbain, Ndlr) connaît un développement résidentiel vertigineux à proximité de l'E411. Surtout à Walhain et à Perwez où, il faut le reconnaître, cela s'effectue dans un désordre bien ordonné. Ce qui est regrettable. Il faut faire attention de ne pas se disperser dans cette partie du Brabant wallon. Histoire de ne pas reproduire un étalement trop important. Par ailleurs, il serait intéressant de commencer à mener des opérations de transformation de lotissements. Et puis, l'important est d'éviter un développement anarchique avec des immeubles à appartements qui seraient implantés de manière désordonnée, vu la demande pour ce type de biens. Vous avez évoqué le fait que les promoteurs devaient davantage phaser leur projet et ne pas les faire aboutir si la concurrence est trop importante. Vu les enjeux financiers, pensez-vous que les promoteurs font preuve de cette vision générale de l'intérêt public ? Je le pense bien. Lors de la création de lotissements, il y avait une convergence de vues entre les pouvoirs publics et les promoteurs qui ont accepté de contribuer à l'égouttage, à la création de voiries, etc. Les relations se sont améliorées. Chacun y trouve bien entendu un intérêt. Un mot sur Louvain-la-Neuve, le pôle majeur du Brabant wallon. Son évolution est-elle conforme à ce que vous attendiez ? L'enjeu principal pour Louvain-la-Neuve est de transformer son parc scientifique. Il doit être urbanisé. Il faut également passer d'une ville piétonne à une ville vélo. L'intérêt est de retirer la voiture. Louvain-la-Neuve est malheureusement devenue une ville où les gens viennent et consomment en voiture. Ce qui est bien évidemment idyllique pour certains, vu qu'il n'y a pas de problème de parking. Un autre enjeu sera de consolider et de rénover son patrimoine. Louvain-la-Neuve est entrée dans la seconde phase de son histoire, celle de la rénovation du bâti ancien. Il faudra bien la négocier. Pour le reste, l'aspect commercial doit-il encore se renforcer ? C'était prévu à l'origine. La construction d'un nouvel hôpital se posera aussi d'ici peu. Bref, l'enjeu pour Louvain-la-Neuve sera avant tout d'avoir les capacités de se renouveler et de faire perdurer son attractivité et son dynamisme.Propos recueillis par Xavier Attout