Comme vous le savez, le but de cette chronique est de parler de choses dont on parle pas du tout ou moins ailleurs. J'espère que le regard et l'angle de cette chronique est également original et qu'il sort le plus souvent possible des sentiers battus. Dans ce cadre, je vais vous parler du Docteur Laurent Alexandre : c'est un Français qui s'est établi en Belgique. Il est chirurgien de formation, diplômé d'une école de commerce, auteur de plusieurs livres sur l'intelligence artificielle et il a aussi été homme d'affaires puisqu'il a co-fondé le fameux site médical Doctissimo.

Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des gourous de l'intelligence artificielle. Les profs d'université ne l'aiment pas trop car ils lui reprochent la vulgarisation de concepts scientifiques et moi, je l'apprécie car même s'il exagère le trait dans ses propos, il a au moins une fonction cruciale : il nous alerte sur le monde de demain.

Or, justement, il a été invité par mes confrères du journal Le Figaro pour parler devant des DRH, des directeurs des ressources humaines. Pour prouver qu'il n'a pas sa langue en poche, il a dit à ces DRH qu'ils fusionneront demain avec les directeurs informatiques.

Pourquoi ? Parce qu'à l'ère du Big Data, de la robotique et de l'intelligence artificielle, il ne sera plus possible de séparer l'intelligence biologique, humaine donc, de l'intelligence artificielle.

Les entreprises seront obligées de fusionner les directions informatiques avec les directions des ressources humaines : la question, c'est qui va prendre le pouvoir ?

Le docteur Laurent Alexandre a la réponse lorsqu'il dit "Si j'étais DRH, je me formerais à l'IA pour éviter de perdre le pouvoir !".

Et comme il adore choquer, le docteur Laurent Alexandre critique la mode actuelle qui voudrait, par exemple, que tout le monde se mettre à coder. Pour lui, c'est une idée stupide. Il rappelle qu'on n'a pas appris l'électricité à tout le monde en 1900, or, elle s'est pourtant diffusée dans toute notre économie. Il ajoute qu'on a pas appris la sténodactylo à tout le monde non plus en 1955.

Laurent Alexandre critique surtout le fait qu'on fait croire que tout le monde peut coder. C'est faux, dit-il, car selon lui, on ne peut pas être un codeur correct en-dessous de 120 de QI. C'est l'équivalent, dit-il, d'un Français sur 5. Il ajoute : "si on fait croire à cinq Français sur cinq qu'ils peuvent tous être codeurs, cela posera des problèmes".

Dire "Tous codeurs", c'est aussi stupide dit-il que de dire "tous astrophysiciens" ou "tous neurochirurgiens". Voilà, c'est dit, ça ne plaira pas à tout le monde, surtout pas à ceux qui vendent ce genre de formation, mais le docteur Alexandre n'a vraiment pas sa langue en poche.

Et même s'il peut être excessif, même si ces propos peuvent parfois choquer comme on le voit ici dans cette interview qu'il a accordée au Figaro, il a une fonction sociale, nous bousculer dans nos croyances et certitudes. Et ça, ça n'a pas de prix.