Lire également "Tous codeurs: idée géniale ou slogan stupide ?"
...

Outre l'apprentissage du code, d'autres aptitudes ou compétences deviendront absolument cruciales dans les années à venir. Beaucoup d'observateurs imaginent que l'intelligence artificielle (c'est-à-dire des algorithmes puissants capables de réaliser seuls des tâches de plus en plus complexes) remplacera l'humain dans certains domaines comme la reconnaissance visuelle (imagerie médicale, etc.), l'encodage et le traitement de données (comptabilité), voire même la conduite automobile. S'il est particulièrement compliqué aujourd'hui d'anticiper les métiers qui seront chamboulés (ou qui disparaîtront) sous l'effet de l'intelligence artificielle, il est néanmoins possible d'anticiper des aptitudes qui continueront d'être utiles, voire deviendront indispensables pour vivre et travailler avec l'IA et surtout, comme le plaide Laurent Alexandre, spécialiste du sujet, " pour être complémentaires de l'intelligence artificielle ". L'intelligence artificielle est, aujourd'hui et pour des décennies encore, " incapable d'avoir un esprit critique et du bon sens ", ne cesse de souligner le docteur Laurent Alexandre, auteur de La guerre des intelligences. " C'est donc là qu'il faut aller ", insiste-t-il. Pour cela, le spécialiste plaide pour que les parents encouragent leurs enfants à lire un maximum de livres. Cela leur procure une culture générale importante et leur permet, en effet, de développer un esprit critique. " Les enfants doivent absolument être capables de lire, écrire et comprendre un texte ", enchaîne-t-il. Avec une bonne culture générale, les enfants pourront développer des compétences de transversalité, ce dont les algorithmes resteront incapables pendant encore longtemps. En effet, les intelligences artificielles sont essentiellement mono-thématiques : reconnaissance d'images, traitement de caractères, etc. Et quasi incapables de faire des ponts entre des domaines différents. Aujourd'hui, le monde du travail se caractérise par la montée en puissance des indépendants, toujours plus nombreux, et des slasheurs, ces personnes qui cumulent plusieurs jobs, simultanément ou successivement : responsable financier et tenancier de bed and breakfast, chef d'équipe IT et coach carrière, etc. Et à l'avenir, qui dit que les travailleurs auront encore des professions telles qu'on les connaît aujourd'hui. Ne seront-ils pas amenés à vendre certaines compétences à différents clients ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'être doté d'un esprit d'entreprise, être capable de mener à bien des projets et de gérer des équipes, seront des atouts précieux dans le monde du travail. Inciter les enfants à savoir se débrouiller au quotidien, les laisser faire les choses eux-mêmes et résoudre seuls certains problèmes peut évidemment les mettre sur le chemin de cet état d'esprit... Bien sûr, des machines seront capables de créer une peinture ou un morceau de musique. C'est déjà le cas : des intelligences artificielles ont déjà été entraînées pour " imaginer " ce genre d'oeuvre. Ainsi, en 2016, par exemple, on a beaucoup parlé d'une chanson créée par une IA dans l'esprit des morceaux des Beatles. Reste que ces intelligences sont spécialisées dans un seul domaine à la fois. La créativité humaine, elle, peut aller bien plus loin et nos enfants seront amenés, une fois adultes, à se montrer toujours plus créatifs pour se différencier, autant que possible, des algorithmes. Et pas seulement s'ils veulent peindre ou créer de la musique : aussi dans leur vie professionnelle, pour la résolution de problèmes, le développement business, etc. Aussi, c'est dès le plus jeune âge qu'il faut encourager les bambins à développer leur esprit créatif. Comment ? De manière toute simple, en les laissant bricoler, construire, jardiner, dessiner entièrement librement. Ne pas les contraindre à reproduire fidèlement un élément existant et ne pas les recadrer quand ils dessinent ou construisent quelque chose qui nous semble n'avoir ni queue ni tête. Pour que l'enfant puisse libérer cette créativité, il doit en avoir la possibilité, y être encouragé et... en avoir le temps. Pour la psychologue américaine Teresa Belton citée dans le magazine Parents, " lorsque les enfants n'ont rien à faire, ils allument le téléviseur, l'ordinateur, le téléphone ou tout autre écran. Le temps passé sur ces supports a augmenté. Or, au nom de la créativité, peut-être aurions-nous besoin de ralentir et de rester déconnectés de temps en temps ". Mais surtout, comme pas mal d'autres experts, elle plaide pour des temps d'ennui. La plupart des parents modernes souhaitent stimuler leurs enfants avec une multitude d'activités, sportives notamment. Or, ce n'est que quand ils n'ont rien à faire, que leur esprit n'est pas sollicité ou monopolisé par une tâche que leurs pensées peuvent vagabonder et développer leur créativité. " Offrez un poisson à quelqu'un et il mangera un jour, apprenez-lui à pêcher et il mangera tous les jours. " A l'heure de l'intelligence artificielle, ce proverbe africain garde étonnament tout son sens. Si l'on parle de l'apprentissage, il en va en effet de même. Aujourd'hui, Internet regorge d'informations et de conseils accessibles pour tous. Le savoir est désormais à portée de main : il n'a plus autant de valeur qu'auparavant. A plus forte raison dans l'univers technique et technologique qui évolue constamment et de plus en plus vite. L'être humain du futur devra être capable de se former lui-même dans un nombre important de domaines. Et cela tout au long de sa vie. Pour cela, l'enfant doit apprendre... à apprendre. Les adultes de demain devront non plus avoir en tête essentiellement des savoirs figés, mais être en mesure de savoir comment en acquérir de nouveaux, d'évoluer avec les technologies qui naîtront tout au long de leur vie et pénétreront l'univers du travail.