A des degrés d'intensité variables, la pandémie de Covid-19 a eu un impact sur tous les secteurs économiques. Ce phénomène, qui n'est pas encore de l'histoire ancienne, n'a pas seulement marqué les livres comptables des entreprises mais aussi les esprits. De nouvelles préoccupations, au niveau sanitaire notamment, hantent désormais les gestionnaires de projets. Ces craintes se cristallisent auprès des responsables de musées ou de salons commerciaux, de salles de concert ou de conférence.
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A des degrés d'intensité variables, la pandémie de Covid-19 a eu un impact sur tous les secteurs économiques. Ce phénomène, qui n'est pas encore de l'histoire ancienne, n'a pas seulement marqué les livres comptables des entreprises mais aussi les esprits. De nouvelles préoccupations, au niveau sanitaire notamment, hantent désormais les gestionnaires de projets. Ces craintes se cristallisent auprès des responsables de musées ou de salons commerciaux, de salles de concert ou de conférence. " En Belgique, on constate une certaine lenteur de ces secteurs en ce qui concerne l'implémentation technologique, estime Kristof Cox, director scale-up ecosystems chez Deloitte. En matière de paiements ou du ticketing par exemple, des acteurs n'étaient pas forcément favorables aux nouvelles techniques. Le Covid-19 a créé un 'momentum' car l'application de ces technologies devient nécessaire. Si l'on prend le ticketing justement, les organisateurs devront éviter la formation de files et de regroupements désordonnés autour des événements. Ce qui n'est pas possible sans ces technologies. Leur appropriation devra donc aller très vite si l'on souhaite avoir une véritable relance. " Le spécialiste de chez Deloitte cite en exemple l'entreprise Calculus, dont les capteurs numériques et la plateforme cloud permettent une maintenance analytique et prédictive d'installations diverses. Connue pour sa gestion des performances des réseaux électriques au festival Tomorrowland, la start-up limbourgeoise compte employer ses solutions d'Internet des objets (IoT) et d'intelligence artificielle pour détecter comment les foules se comporteront sur les événements. " Il ne faut pas tomber dans le piège de la solution gadget. Dans ce cas, la technologie doit constituer une vraie réponse à un risque, réel ou perçu ", souligne Georges Caron, cofondateur et VP product development de Piximate. La start-up néolouvaniste propose des techniques de computer vision pour aider d'autres entreprises à prendre des décisions à partir de données pertinentes. A l'instar du kiosque Safe Entry, développé en partenariat avec le prestataire technique d'événements d'envergure Fielddrive, qui permet grâce à la reconnaissance faciale de contrôler les allées et venues des clients. " La régulation de trafic le plus automatisé possible dans des zones 'à risque' comme les bars, espaces de restauration ou encore les toilettes est importante pour rassurer les clients et le personnel. Les systèmes de marquage lumineux et de guidages alternatifs dans des espaces en fonction de leur taux d'occupation réel paraissent aussi une bonne alternative ", énumère-t-on chez Piximate. Réserver une plage horaire avant de rentrer dans un musée, y garder ses distances avec les oeuvres et les autres, réfléchir à la manière de réinvestir les expositions qui n'avaient pas été prévues à cet effet... Voilà à quoi risque de ressembler le monde d'après, sculpté en partie par des solutions technologiques. " On a l'impression que dans les prochains mois, même sans savoir si l'on va devoir revenir au confinement, la préoccupation sera de tout prévoir pour être Covid-proof dans l'éventualité d'une seconde vague. Toute la question est alors de savoir quelles stratégies mettre en place ", témoigne Joëlle Tilmanne, CEO et cofondatrice d'Hovertone, une start-up hainuyère qui se revendique justement designer d'interactions. La jeune société a dû réadapter au pied levé son projet pour le BAM (musée des Beaux arts de Mons), une expérience numérique qui débute cette semaine dans la cité du Doudou et qui plonge virtuellement les visiteurs dans deux siècles de vie artistique. Capture de mouvements transformant le sol en écran tactile géant, agent conversationnel digital guidant automatiquement le visiteur à partir de son propre smartphone... Les réalisations d'Hovertone permettaient déjà de limiter les contacts tout en préservant un rapport actif avec l'environnement. " Pour briser cet aspect très contemplatif qu'avaient certains musées et qui pouvait frustrer certains publics, précise cette ingénieure civile de formation de la Polytech (UMons). Dans la vie quotidienne, nous sommes exposés à toutes sortes d'interactions numériques. Donc, si on veut faire revenir les gens dans les espaces culturels, nous devons développer de nouveaux modes d'interaction. Les nouvelles technologies permettent d'offrir ces nouvelles expériences adaptées à la fois au public, à ses besoins inédits de sécurité, mais aussi aux différents messages à transmettre ", affirme Joëlle Tilmanne. Le label Covid-proof pourrait en tout cas gagner en importance comme on l'observe déjà dans d'autres activités, de la location de véhicule à l'hôtellerie. " Des publicités mettent déjà en avant cet aspect pour souligner le fait que tout est mis en oeuvre pour garantir la santé des clients. Cela constituera un selling point ", prévoit Kristof Cox, de Deloitte. Ce bond technologique que la situation impose aux industries culturelles et événementielles ressemble évidemment à un parcours d'obstacles. Le Covid-19 n'aide pas, bien au contraire, ces acteurs culturels dont les finances constituaient déjà un problème. Trouver les moyens pour implémenter ces technologies ne va donc pas être évident. " La question du coût est systématiquement mise sur la table et sera un argument tout aussi décisif ", indique Georges Caron (Piximate). " La principale barrière technique, c'est l'argent ", confirme Kristof Cox avant de nuancer : " l'option n'a pas été envisagée par le passé mais l'existence des subsides pourrait déboucher sur la coopération entre festivals et start-up. Les projets technologiques disposent de programmes de financement de l'Europe ou de la Belgique ". Sans compter que les révolutions technologiques de ces dernières années, au départ de l'industrie, affichent désormais un prix plus accessible pour les milieux événementiels et même culturels. " Après, cela requiert une maîtrise car certaines solutions fonctionneront très bien dans certains set up et pas du tout dans d'autres. C'est là que nous intervenons pour ajuster sur mesure les interactions. Nous connaissions ces technologies et nous aidons à les utiliser à bon escient ", plaide Joëlle Tilmanne d'Hovertone. La problématique permet de soulever un autre obstacle technique : la nécessaire interopérabilité entre différents systèmes. " Un lecteur de température lié à une notification mobile, une signalisation et une ouverture de barrière ne sont pas si aisés à déployer rapidement ", concède-t-on chez Piximate. Surtout que certaines technologies employées dans la précipitation n'ont pas encore fait leurs preuves. La détection de température sans contact par exemple, pour laquelle on imagine l'utilité à l'entrée d'événements de masse, provient des techniques d'analyse énergétique de bâtiments. " La précision n'est que de 10%, d'autres développements seront nécessaires. La pandémie va certainement stimuler l'innovation et la transformation numérique, insiste Kristof Cox. Les investisseurs institutionnels sondés cette année vont d'ailleurs poursuivre leurs investissements dans la digitalisation car la crise a démontré que tout pouvait aller très vite. " La start-up wavrienne ExpoPolis a développé dès 2009 un logiciel modulable pour l'organisation virtuelle de foires et salons commerciaux. Depuis le début de l'épidémie, l'entreprise reçoit en moyenne 10 demandes par jour et pour une grande partie en provenance de la France. " Le secteur des salons a commencé cette adaptation avec une certitude de non-retour, précise Pascale Van Kerckhove, cofondatrice. Nous ne voulons pas remplacer les salons physiques mais leur apporter une dimension complémentaire. Les organisateurs nous contactent désormais pour planifier les 12 mois à venir, espérant pouvoir tenir des événements hybrides, tout en s'assurant qu'ils auront quoi qu'il arrive lieu de manière virtuelle. " Pour ExpoPolis, l'obstacle n'était pas jusqu'ici d'ordre technique mais humain. " La barrière, c'est de changer des habitudes bien ancrées, poursuit Pascale Van Kerckhove. Le Covid-19 a obligé les personnes à se rendre compte que ces nouvelles technologies apportent en réalité beaucoup de solutions très positives. " Imaginer une pratique culturelle à distance est antagonique. " Jamais une visite virtuelle d'un musée ne pourra remplacer l'expérience du visiteur devant une oeuvre d'art ", affirme Xavier Roland, directeur du BAM et responsable du Pôle muséal de Mons. Pourtant, ne pas remettre en cause certaines pratiques serait inadapté. Ce qui explique notamment la présence d'un laboratoire de recherche en nouvelles technologies au Pôle. " Nous devons nous mettre en position de créateur de contenu virtuel qui s'articule intelligemment avec le temps de la visite. L'avant, le pendant et l'après doivent pouvoir s'articuler entre différents supports qui vont augmenter l'expérience visiteur par des enrichissements adaptés au contexte et au contenu à transmettre. " Cette approche, c'est le cross media, complexe à mettre en oeuvre pour des raisons de compétence et de coûts financiers, mais une formule win-win si elle repose sur une hybridation intelligente des opérateurs de secteurs différents qui voient un intérêt à travailler ensemble. Telles de jeunes start-up agiles et impliquées...