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Si l'on combine le bouillonnement technologique, les évolutions de la science du vivant et les besoins sociétaux, il ne fait aucun doute que le futur sera " vertigineux ". Les développements des nouveaux business et des nouveaux défis dans lesquels se lanceront nos entreprises mèneront inévitablement à la naissance d'innombrables nouveaux métiers. Comme le souligne Jeroen Franssen, head expert chez Agoria, " les nouveaux métiers ne naîtront pas du jour au lendemain mais seront le fruit d'une évolution progressive des compétences ". Impossible, aujourd'hui, de dresser avec certitude une liste des métiers d'avenir. Mais les secteurs porteurs et l'évolution du numérique permettent néanmoins d'imaginer les nouvelles zones de besoins et donc, un certain nombre de futurs métiers. Voici, par domaines, quelques pistes de réflexion sur les futurs jobs de 2040... ou de 2050. La naissance des robots et des algorithmes intelligents devraient faire naître de nombreux métiers : de leur conception à leur entraînement en passant par leur surveillance et leur commercialisation. Ainsi, revient régulièrement le futur métier d'éducateur de robots et algorithmes. En effet, il faudra des gens pour alimenter les robots en contenus, pour veiller à ce qu'ils apprennent correctement et qu'ils respectent les règles légales et sociales. En toute logique, se développera un écosystème complet autour des robots et des algorithmes : maintenance et monitoring, développeurs et programmeurs, mais également des business developers chargés de trouver des débouchés pour les nouveaux " droïds ". Il faudra aussi des spécialistes très pointus en robotique pour conseiller les firmes à la recherche des robots les plus adaptés à leur business. Tant la vitesse à laquelle les progrès apparaissent que les bouleversements sociétaux que l'on sera amené à vivre imposeront l'émergence de postes d'encadrement éthiques. Les spécialistes en éthique et en philosophie semblent avoir de beaux jours devant eux. D'une part, il faudra éclairer l'Humanité sur la direction qu'elle est amenée à prendre et donner du sens dans les évolutions que l'homme s'imposera. Un rôle pour les cyber-philosophes de demain. Plus terre-à-terre, les progès technologiques et scientifiques, toujours plus poussés, nécessiteront des garde-fous : les " éthiciens " auront une sérieuse carte à jouer et seront de plus en plus sollicités, tant pour déterminer ce qu'une intelligence artificielle peut ou ne peut pas faire que pour encadrer les transgressions progressives de la science dans les domaines de la génétique ou du clonage. Dans les années à venir, des armées d'éthiciens pourraient bien être engagées par les géants du Web, les entreprises, les labos de recherches, voire... les partis politiques. Parmi les domaines où explose le numérique, on trouve évidemment la santé : la multiplication des capteurs et des données suscite pas mal de nouveaux business. Voyez le nombre de start-up et de géants qui se lancent dans le créneau. Le futurologue Thomas Frey a ainsi imaginé les futurs jobs issus de la digitalisation de la santé et de l'optimisation des performances humaines. Il cite des spécialistes des modifications génétiques, du séquençage de l'ADN, de la neurostimulation et des " augmenteurs de cerveau ". Le recul de l'âge de la mort fait aussi penser qu'à l'avenir, des praticiens seront spécialisés dans les solutions anti-âge: ils conseilleront et interviendront sur des patients à la recherche de leur jeunesse. Sans oublier, vieillissement de la population oblige, l'encadrement des personnes âgées par des coachs de bien-être pour le troisième âge. Au coeur de toutes les réflexions du moment, la mobilité suscite de nombreuses interrogations et subit d'ores et déjà de profondes mutations. En témoignent les innombrables nouveaux services de véhicules partagés et les start-up liées à la mobilité. Ou les nouvelles énergies servant à la propulsion des voitures et autres engins. Sans compter l'arrivée attendue des véhicules autonomes, qu'ils soient sur terre, sous terre ou dans les airs. " Ce n'est pas parce qu'il n'y a plus de chauffeurs qu'il n'y a plus de place pour l'humain ", prédit Thomas Frey. Et d'imaginer une série de nouvelles fonctions dans ce créneau : équipes de nettoyage, installateurs de stations de recharge, analystes des flux de circulation, spécialistes de la mobilité connectée, opérateurs de maintenance des infrastructures, etc. On peut aussi imaginer qu'avec les voitures autonomes, les conducteurs, libérés, pourront s'adjoindre, le temps du trajet, des professionnels (ou des services) pour apprendre des langues, se distraire, suivre une visite guidée, se faire coacher, etc. Selon certaines études, les besoins en énergie continueront d'augmenter. Mais les sources d'énergie aussi. La technicité croissante du secteur, la décentralisation, la digitalisation et l'essor des énergies renouvelables amèneront sur le marché des tas de nouveaux métiers de ce secteur en pleine transition. L'énergie de fusion pourrait faire naître de nouveaux types d'usines pour lesquelles des designers, des ingénieurs ou des experts spécifiques seront nécessaires, pense Thomas Frey. Interrogé par le site spécialisé Emploi-Environnement, François Darpas, le DRH du groupe français industriel CNIM, s'est ainsi risqué à pointer du doigt quelques nouveaux métiers dans le secteur de l'énergie. Par exemple, l'architecte micro-énergéticien qui " concevra ces réseaux et saura concilier les capacités fluctuantes des sources d'énergie renouvelables avec les besoins de consommateurs devenus aussi producteurs d'énergie". Le directeur prédit aussi l'émergence des "urgentologues en projection". Leur rôle ? Lors d'interventions sur des lieux de catastrophe, l'urgentologue en projection devra planifier les interventions, installer les bases de vie et les bases logistiques autonomes : il faudra veiller à l'autoproduction d'énergie et au traitement de l'eau, notamment. Aux Etats-Unis, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, et Elon Musk, celui de Tesla, s'affrontent sur un terrain de jeu inédit jusqu'ici : le new space, c'est-à-dire la nouvelle conquête de l'espace. Ils imaginent envoyer des Terriens vivre sur Mars et mener de nouvelles explorations spatiales. Si ce marché n'est pas vraiment ouvert en Europe, le futurologue Thomas Frey n'hésite pas à voir dans le développement de cette nouvelle industrie de nombreux débouchés : plannificateurs de missions spatiale, aiguilleurs de l'espace, éthiciens de l'espace, préparateurs de lancement.L'essor du circuit court, du recyclage, l'évolution de l'agriculture et les bouleversements environnementaux sont également sources de nombreuses évolutions. On voit naître toujours plus d'initiatives en matière d'économie circulaire et la tendance devrait encore se renforcer. Des experts en sourcing de déchets pourraient émerger, de même que, comme l'imaginait François Drapas, du groupe CNIM, des " écologues circulaires ", véritables " chefs d'orchestre de la récupération énergétique, chargés de superviser l'ensemble des flux, depuis leur collecte à la source et leur valorisation jusqu'à leur réintégration dans la boucle vertueuse de l'économie circulaire ". Le regain des circuits courts et les évolutions agricoles laissent, par ailleurs, penser qu'apparaîtront des nouveaux jobs, très digitaux, dans la traçabilité des produits, de même que des fermiers urbains ou des développeurs de viande de synthèse.