Lancé il y a trois ans pour soutenir l'éclosion d'un écosystème numérique en Wallonie, disposant d'une manne financière de 50 millions d'euros sur cinq ans (augmenté de 10 millions en provenance de chez Belfius), le fonds W.IN.G est devenu, pour pas mal de créateurs de start-up, un point de passage incontournable. Niché dans les infrastructures de la Société régionale d'investissement de Wallonie, ce fonds dont Pierre Rion est l'une des figures les plus connues - il est le président de son comité d'investissement - compte plus de 61 start-up en portefeuille. Trends Numerik décrypte ses performances après trois ans.

Cédric Donck © PG

534 dossiers reçus

Depuis son lancement en 2016, le W.IN.G a reçu pas moins de 534 dossiers de demandes de financement : 248 la première année, puis autour des 110 les deux suivantes (111 et 109). Ce rythme devrait rester semblable en 2019 puisque 66 dossiers ont déjà été rentrés depuis janvier dernier.

- L'avis de Frank Maene ("managing partner " du fonds Volta Ventures). " Cent-dix dossiers, c'est plutôt bien compte tenu du fait que le W.IN.G se concentre sur la Wallonie. Volta Ventures reçoit beaucoup de dossiers de Flandre et des Pays-Bas, mais pas autant pour la Wallonie. Je pense qu'ils doivent grosso modo recevoir l'essentiel des dossiers de cette Région. "

12 % de l'enveloppe dépensés

Le W.IN.G s'est pour l'instant engagé à soutenir ses start-up à concurrence de 11,8 millions (dont 2 millions récemment accepté en un coup pour la start-up e-peas). Mais il n'en a libéré que 7,2 millions. Cela signifie que le W.IN.G a accepté des dossiers pour lesquels il doit encore libérer des montants. Pour rappel, le fonds dispose d'une enveloppe de 60 millions d'euros disponibles sur cinq ans, il n'en a donc même pas encore engagé 20%.

Frank Maene © Photo News

- L'avis de Frank Maene. " Il n'est pas rare qu'un fonds ne dépense pas toute son enveloppe trop rapidement. Le W.IN.G prévoit peut-être de garder des montants pour soutenir les start-up dans lesquelles il a investi. Une règle classique chez les venture capitalists consiste à investir 1 et garder 3 voire 4 ou 5, de manière à pouvoir conserver une participation dans les sociétés sans se faire diluer directement lors des levées de fonds suivantes. Si le W.IN.G s'est engagé pour 11,2 millions sur 60 millions disponibles, cela signifie qu'il veut aussi garder de la réserve pour ses plus gros tickets. "

Pierre Rion © BELGAIMAGE

- L'avis de Cédric Donck. " Le W.IN.G possède encore presque 50 millions d'euros, c'est beaucoup. Avec des tickets de 250.000 euros, il est presque impossible de tout dépenser. Voilà peut-être pourquoi ils ont augmenté leurs plafonds, jusqu'à 2,5 millions. Mais même avec de tels montants, ils vont avoir du mal à tout investir dans les deux ans qui restent. "

6 arrêts/Faillites

Sur les 61 boîtes investies, le W.IN.G déplore six arrêts d'activité ou faillites. " Il est difficile à ce stade d'en tirer de grandes conclusions, commente Damien Lourtie, du W.IN.G. On n'a pas forcément assez de recul. " Le responsable souligne toutefois que, financièrement, le W.IN.G ne déplore que 6% de taux de défaut.

- L'avis de Frank Maene. " Jusqu'ici, ce taux de faillite est assez faible. Aux Etats-Unis, les chiffres des faillites des jeunes sociétés actives dans la tech sont bien plus élevés : la plupart des jeunes start-up innovantes meurent. De manière générale, cela peut vouloir dire deux choses : que la sélection des start-up est bonne... ou que le fonds ne prend pas assez de risques. Mais ici, j'ai l'impression que c'est plutôt une bonne balance. "

- L'avis de Cédric Donck. " Je pars du principe que le W.IN.G investit dans des boîtes innovantes. Afficher seulement six arrêts d'activités est donc un bon score. Sur ce marché, les statistiques sont plutôt de l'ordre de 50% de faillite dans les deux à trois ans. Et entre 60 à 65% après cinq ans. Reste que la période d'analyse est un peu courte pour tirer des conclusions. "

61 start-up financées

Sur 534 dossiers, 61 start-up ont été financées. " Dans le cas des dossiers d'amorçage (ou pré-seed), il s'agit de prêts convertibles, détaille Damien Lourtie, general manager du W.IN.G. Par contre, à l'étape d'après, celle du seed, on engage du capital puisqu'on investit en marge d'autres fonds ou de business angels. "

- L'avis de Frank Maene. " Soixante-et-un dossiers financés sur 534 introduits, c'est beaucoup. C'est plus de 10%. Dans un fonds privé comme Volta nous sommes à seulement 2% de taux d'acceptation. Cela signifie que le W.IN.G accepte de prendre plus de risque, mais cela s'explique sans doute par sa mission : il ne s'agit pas seulement d'avoir un retour financier, mais aussi un retour social et entrepreneurial. "

- L'avis de Cédric Donck ("business angel", fondateur de Virtuology International). " Visiblement, le W.IN.G. affiche un taux d'investissement assez haut. Pour donner une idée, en tant que business angel, mon taux est plutôt de 1%. Mais il est souvent fonction du spectre de recherche et de l'ambition du fonds. Arriver à un taux de 12% d'acceptation environ ne signifie pas pour autant qu'ils jettent l'argent par les fenêtres : cela le serait s'ils atteignaient des taux de 20 ou 30%. Ce n'est pas le cas. "

- La réaction de Pierre Rion (président du comité d'investissement de W.IN.G.) " Nous ne sommes pas laxistes, mais c'est vrai que le nombre de dossiers soutenus est assez élevé, que notre robinet est plus ouvert que celui des autres. Cela a fait partie de notre mission qui consistait à soutenir et faire émerger un écosystème de start-up tech. "