Que pèse réellement, en Belgique, le géant de location de biens par des particuliers, Airbnb ? La question alimente de nombreuses spéculations depuis longtemps. Aussi, il y a peu, pour faire le point, Airbnb a rendu publique son étude intitulée " L'impact économique de la communauté Airbnb en Belgique ". Elle divulgue les premiers chiffres " officiels " de la firme sur le marché belge.
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Que pèse réellement, en Belgique, le géant de location de biens par des particuliers, Airbnb ? La question alimente de nombreuses spéculations depuis longtemps. Aussi, il y a peu, pour faire le point, Airbnb a rendu publique son étude intitulée " L'impact économique de la communauté Airbnb en Belgique ". Elle divulgue les premiers chiffres " officiels " de la firme sur le marché belge. Entre le mois d'août 2016 et août 2017, la plateforme aurait généré pas moins de 779.000 " arrivées voyageurs ". Mais à quoi correspond cette notion ? Bernard D'heygere, responsable public affairs chez Airbnb, apporte quelques précisions : " Les arrivées voyageurs correspondent au nombre de guests (hôtes, Ndlr) de tous les voyages Airbnb. Si vous et votre ami arrivez dans un logement Airbnb, ce sont deux arrivées. Et si vous voyagez quatre fois via Airbnb, alors cela compte donc pour quatre arrivées voyageurs. Cette approche est la plus représentative et correspond aux standards internationaux de tourisme. " Néanmoins, cette notion ne permet donc pas véritablement de savoir combien de voyageurs différents sont venus en Belgique grâce à Airbnb. Ni à quoi cela correspond précisément en termes de nuitées. Le géant du Web précise toutefois qu'en moyenne, un séjour correspond à 2,9 nuits. " Communiquer sur les arrivées voyageurs crée la confusion et empêche de comparer avec le secteur hôtelier où l'on compte le plus souvent en nuitées ", réagit Rodolphe Van Weyenbergh, secrétaire général de la Brussels Hotels Association. On ne peut donc qu'estimer à plus de 2,2 millions le nombre de nuitées Airbnb en Belgique... A titre de comparaison, le SPF Economie chiffre à 36 millions les nuitées du secteur hôtellier dans notre pays pour 2016. Ce montant correspond, d'après Airbnb, à ce que le site a versé aux " hôtes " belges, qui mettent un logement en location. Il est intéressant de constater que les activités d'Airbnb en Flandre ont dépassé celles de Bruxelles et de la Wallonie. Respectivement, les hôtes de ces trois régions ont empoché 28 millions, 26 millions et 9 millions d'euros. Le montant bruxellois correspond exactement à celui évoqué par le bureau d'études Idea Consult pour l'année 2016. " Mais évoquer 26 millions d'euros gagnés par les ménages locaux à Bruxelles est une chose. Une autre est de mettre ce montant en balance avec le nombre d'emplois durables que cette somme aurait vraiment pu créer dans l'hôtellerie ", rétorque toutefois Rodolphe Van Weyenbergh. De ce montant de 63 millions, il faut retirer environ 3 % prélevés par Airbnb à l'hôte au titre de commission, ainsi que les taxes que doivent, en théorie, acquitter les hôtes, obligés de déclarer ces revenus... Par ailleurs, grâce à ces statistiques, il est possible d'extrapoler le montant du chiffre d'affaires qu'Airbnb réalise sur notre territoire. En général, la firme prélève une partie de la commission auprès de l'hôte (3%) mais charge également le client à concurrence de 5 à 15 %. Cela permet donc d'évaluer les revenus d'Airbnb pour le marché belge : entre 5 et 11 millions d'euros. Un montant qui échappe à notre pays puisque la firme n'y a pas d'entité juridique et que ces montants remontent vers d'autres sociétés du groupe, situées à l'étranger. Sur base d'un sondage auprès de ses utilisateurs, Airbnb est arrivé au constat que l'ensemble des personnes qui ont réservé entre août 2016 et août 2017 en Belgique via sa plateforme ont dépensé un total de 241 millions d'euros en Belgique. Soit, sur base du nombre d'arrivées voyageurs, un montant individuel moyen de 309,4 euros dépensés dans l'économie locale. Sans surprise, selon les détails donnés par Airbnb, c'est à Bruxelles que les voyageurs dépensent le plus (337 euros), devant la Wallonie (295 euros) et la Flandre (289 euros). Ces chiffres se rapprochent de ceux publiés, pour Bruxelles, par Idea Consult au début du mois de septembre. On pouvait y voir que les voyageurs Airbnb avaient injecté, hors logement et uniquement à Bruxelles, 96,3 millions d'euros en 2016, dont 50,3 millions pour les restaurants, cafés et commerces alimentaires, 18 millions pour le shopping et 13 millions dans le transport. En additionnant l'argent payé aux hébergeurs et les dépenses des voyageurs, Airbnb chiffre à 304 millions d'euros l'apport de sa communauté en Belgique. Sans surprise, l'argument fait bondir le secteur hôtelier. Car pour ce consultant du secteur, " il est sans doute vrai que certains touristes ne seraient pas venus à Bruxelles sans l'existence d'Airbnb, mais c'est impossible à chiffrer. Et si l'on veut être totalement complet, il faut tenir compte des transferts de clients des hôtels vers Airbnb. On ne peut donc pas dire que 304 millions sont ajoutés par Airbnb à l'économie belge. C'est faux ". La question du glissement des montants demeure le point d'achoppement entre la plateforme Web et les acteurs du monde hôtelier qui continue de voir dans la mise à disposition par les particuliers - " et surtout tous ceux qui, sur Airbnb, sont devenus des professionnels clandestins ", glisse un opposant farouche à Airbnb - une concurrence déloyale. L'étude d'Airbnb souligne que " près de 80 % des villes et villages belges avec des annonces actives sur Airbnb n'ont pas d'hôtel ". Une manière de dire que la " start-up " américaine ne fait pas de tort au secteur. Mais ce qui compte réellement, c'est les réservations effectuées, et pas les seuls listings de logements. L'étude Airbnb comprend une carte géographique affichant, par des points de couleurs, les emplacements des logements " réservés entre le 1er août 2016 et le 1er août 2017 ". Et force est de constater une vraie répartition géographique. Toutefois, on observe une concentration autour des villes de Bruxelles, Liège, Gand, Anvers et Bruges. D'ailleurs, les chiffres le montrent : à en croire les montants qu'Airbnb annonce avoir versés aux hôtes, 41 % de son activité en Belgique se fait à... Bruxelles, où il y a quantité d'hôtels. Bernard D'heygere, d'Airbnb, rétorque que " 70 % des logements réservés à Bruxelles se trouvent en dehors du centre-ville ". Selon l'étude, cela permettrait de " redynamiser les quartiers au-delà des lieux touristiques " de notre capitale. L'argument ne convainc pas le secteur hôtelier. " Dire que 70 % des logements Airbnb à Bruxelles ne se situent pas dans le centre de la ville constitue un argument fallacieux, insiste un spécialiste hôtelier. Cela laisse entendre qu'Airbnb fait moins de concurrence aux hôtels. Mais leur définition du centre laisse à désirer. " Airbnb définit, de son côté, le centre-ville en regroupant les communes suivantes : 1000 (Bruxelles ville), 1020 (Laeken), 1120 (Neder-Over-Heembeek) et 1130 (Haren). Vous avez dit le centre ? La sortie de l'étude d'Airbnb sur son activité belge arrive à un moment bien spécifique. D'une part, les autorités de nombreux pays intègrent Airbnb dans le débat sur la fiscalité des géants du Net. En France, le Parisien a ainsi épinglé le faible montant (93.000 euros) d'impôts payés par Airbnb dans l'Hexagone pour 2016. D'autre part, de nombreuses études - aux résultats différents - sont régulièrement publiées au sujet de l'impact d'Airbnb, sur base de données accessibles au travers de la plateforme. Certains sites se sont d'ailleurs spécialisés dans l'analyse de ces chiffres. Enfin, la tension reste palpable entre les hôteliers et la plateforme du Web, les premiers accusant toujours la deuxième de concurrence déloyale, lui reprochant notamment de ne pas faire le tri entre les vrais particuliers qui le font pour arrondir leur fin de mois et ceux qui en font un business, avec plusieurs biens mis en location. Par ailleurs, ce n'est un secret pour personne : Airbnb est mise sous pression dans pas mal de villes européennes et l'encadrement des chambres d'hôtes à Bruxelles ne la satisfait pas. Montrer son empreinte sur notre marché constitue, de toute évidence, un point fort en termes de lobbying.