Avec 150.000 emplois en Wallonie, le secteur industriel y reste le quatrième secteur créateur d'emplois. Il représenterait d'ailleurs, plus de 58% de la valeur ajoutée brute en Wallonie, d'après des chiffres compilés par l'Agence du numérique (ADN). " C'est un secteur crucial pour la Région et il faut pousser les entreprises manufacturières à rester compétitives sur la scène internationale ", insiste Fanny Deliège, digital business & transformation ambassador à l'ADN. C'est d'ailleurs dans ce cadre que la Wallonie multiplie les initiatives pour doper l'Industrie 4.0 ; comprenez une industrie plus moderne, intégrant le numérique. Parmi elles, le grand programme Made Different Digital Wallonia, une initiative nationale - reprise dès 2017 au niveau wallon - et qui regroupe pas moins de 34 partenaires parmi lesquels Agoria, Sirris, etc. Son objectif ? " Montrer aux entreprises, y compris les petites, qu'il est possible de se transformer, insiste Fanny Deliège. Et surtout, montrer que le numérique peut générer des gains financiers, créer de l'emploi et de la valeur ajoutée. "
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Avec 150.000 emplois en Wallonie, le secteur industriel y reste le quatrième secteur créateur d'emplois. Il représenterait d'ailleurs, plus de 58% de la valeur ajoutée brute en Wallonie, d'après des chiffres compilés par l'Agence du numérique (ADN). " C'est un secteur crucial pour la Région et il faut pousser les entreprises manufacturières à rester compétitives sur la scène internationale ", insiste Fanny Deliège, digital business & transformation ambassador à l'ADN. C'est d'ailleurs dans ce cadre que la Wallonie multiplie les initiatives pour doper l'Industrie 4.0 ; comprenez une industrie plus moderne, intégrant le numérique. Parmi elles, le grand programme Made Different Digital Wallonia, une initiative nationale - reprise dès 2017 au niveau wallon - et qui regroupe pas moins de 34 partenaires parmi lesquels Agoria, Sirris, etc. Son objectif ? " Montrer aux entreprises, y compris les petites, qu'il est possible de se transformer, insiste Fanny Deliège. Et surtout, montrer que le numérique peut générer des gains financiers, créer de l'emploi et de la valeur ajoutée. " Pour cela, Made Different, qui dispose d'un budget propre de 900.000 euros, se charge de la sensibilisation, en envoyant des coaches dans les entreprises qui le souhaitent pour les aider à se transformer et en organisant le partage d'expériences, notamment au travers de l'échange de bonnes pratiques. Et selon l'Agence du numérique, les résultats commencent à se faire sentir. Elle en veut pour preuve le nombre croissant d'entreprises accompagnées (1.000 entreprises wallonnes sensibilisées et 150 accompagnées) et de lauréats de son prix Made Different, remis chaque année. En effet, fin mars s'est déroulée la soirée Factories of The Futur. En plus de décerner un prix à plusieurs grandes entreprises (JTEKT Torsen Europe S.A, AW Europe et Stas), des prix ont été décernés à pas moins de six PME wallonnes devenues " ambassadeurs Made Different ". Il s'agit de " PME qui ont accompli au moins un des sept grands axes de transformation numérique ", détaille Fanny Deliège. Et qui doivent servir d'exemples à de nombreuses autres. Basée à Sclessin (Liège), Lescav est une PME industrielle de 23 personnes active dans l'univers de l'aéronautique et compte, parmi ses clients, de grands groupes comme Safran, Asco, Sabca, Sonaca, Rolls Royce. Lescav Aero propose deux grandes familles de produits. La première consiste en des masques en silicone qui viennent se poser sur des pièces métalliques qui doivent être traitées pour être renforcées. Elles définissent les zones des pièces qui ne subiront pas de traitement. " Ces pièces qui sont des consommables que l'on produit sont très spécifiques et précisément définies, détaille François Leroy, CEO de Lescav Aero. Pour les fabriquer, nous devons créer des moules. L'une de nos forces est de pouvoir fabriquer ces derniers à des coûts acceptables pour le secteur de l'aéronautique. Car dans ce domaine, on parle de petites séries en milliers de pièces et pas en centaines de milliers. Pour cela, nous disposons d'outils digitaux sophistiqués comme des imprimantes 3D, des fraiseurs de pointe, de la découpe digitale, etc. " Cela permet à Lescav Aero de proposer des moules entre 500 et 5.000 euros alors qu'autrement, elle ne pourrait pas les proposer à moins de 10.000 euros, nous glisse le patron. La seconde famille de produits vendus par Lescav Aero à ses clients sont des contenants de manutention (chariots, caisses de transport, etc.). Leur caractéristique ?Ils sont no metal contact, c'est-à-dire conçus pour préserver les pièces aéronautiques de tout coup et toute griffe.Non seulement ils sont réalisés sur mesure pour les pièces des clients mais en plus, depuis deux ans, ils sont dotés de puces connectées. " Cela permet aux clients de localiser leurs milliers de caisses en déplacement entre plusieurs sites ou plusieurs pays et, au besoin, de les rapatrier ", détaille François Leroy. De plus, Lescav commercialise également des containers qui peuvent être positionnés au centimètre près dans des usines hyper automatisées, afin de fonctionner de concert avec les robots.Ce qui permet à la PME liégeoise d'accompagner la robotisation et la modernisation des industriels qu'elle sert. Pour y parvenir, elle a aussi développé des logiciels de tracking. Une évolution qui, en deux ans, représenterait déjà 15% de son activité... " On pleure pour trouver du personnel, regrette Geoffroy-Vincent Cammermans, CEO de la firme Dumoulin Aero qui fabrique des petites pièces pour les bords d'attaque d'ailes d'avion. C'est effrayant de voir qu'on en arrive à refuser des contrats parce qu'on sera incapable de produire. " Face à ce constat, le CEO s'est engagé dans un grand plan d'automatisation de son usine basée à Alleur. La première ligne entièrement automatisée concerne des opérations de fraisage et a été installée fin 2018. Elle est en fonctionnement depuis février de cette année. " Cela nous permet un gain réel de productivité alors que nous nous trouvons dans un secteur où la cadence ne cesse d'augmenter, enchaîne le patron. Les géants comme Airbus et Boeing prévoient, en effet, de doubler le nombre d'avions dans les années à venir. Cette ligne travaille déjà 24 heures sur 24 et pourra le faire 365 jours par an ou presque. " Pour l'instant, seuls 15% environ de l'usine sont totalement automatisés, mais si la firme automatisait l'ensemble de ses chaînes, elle doublerait sa production. D'ailleurs, Dumoulin Aero prévoit de lourds investissements en matière d'automatisation, sachant qu'une machine de ce type lui coûte entre 200.000 et 600.000 euros. Reste que la PME qui génère 10 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie une quarantaine de personnes ne compte pas diminuer ses effectifs pour autant. " On engage ", insiste Geoffroy-Vincent Cammermans pour qui " tout n'est évidemment pas automatisable ". " On compte continuer à recruter et bien sûr garder les équipes actuelles qui sont précieuses ", insiste-t-il. Pour Dumoulin Aero, les robots viennent donc compléter la main-d'oeuvre humaine et lui permettent d'augmenter ses capacités de production. Pour Bruno Schmitz et son épouse, fondateurs de l'imprimerie Schmitz Digital Printing spécialisée dans l'impression grand format, le digital n'a rien de vraiment nouveau. " Cela fait 20 ans que l'on fait le pari de l'impression digitale, insiste le patron de cette PME de Ciney qui emploie 23 personnes en plus des fondateurs. Depuis le départ, nous avons toujours souhaité être précurseurs en matière de technologie et de numérique. " La firme a, par exemple, été la première à investir dans des machines permettant de sécher l'encre grâce au Led, une technologie qui chauffe moins et qui rend possible l'impression sur des matériaux beaucoup plus fins. Tout récemment, Schmitz a également investi dans un système d'impression à base d'eau sur des surfaces rigides. " Une première au Benelux ", insiste Bruno Schmitz qui se réjouit d'éviter, ainsi, tous les solvants. Il faut dire que la PME a très tôt misé sur le respect environnemental via l'investissement dans des outils de production plus écologiques et plus économiques (réduction des déchets, notamment). Par ailleurs, " cette dernière machine nous offre un gain qualitatif nous permettant, par exemple, de séduire des clients comme des photographes, etc. En général, nous achetons très tôt les nouvelles technologies et nous développons le marché ". Cela représente d'importants investissements (entre 250.000 et 600.000 euros par machine) mais cela offre plusieurs avantages à la PME de Ciney dont le chiffre d'affaires atteint 2,3 millions d'euros. D'abord, " cela valorise notre entreprise, admet Bruno Schmitz. Une entreprise a de la valeur par sa technologie et son savoir-faire ". Ensuite, elle peut continuellement se repositionner sur des segments du marché qui gardent de la valeur ajoutée. " Quand tous les concurrents ont adopté les mêmes technologies, commence une guerre des prix et une recherche de volume, analyse le patron. On n'est donc plus les seuls à partager le gâteau. On se repositionne donc sur des créneaux à valeur ajoutée ", où les marges sont donc moins comprimées. Dans cette entreprise de menuiserie de Mariembourg, le numérique n'est pas super visible, mais ultra-présent dans les processus de production. " Nous avons investi énormément pour mettre en place un système de communication à tous les niveaux ", souligne Bruno Riche, le patron de la PME familiale. Cela passe par un ERP puissant, développé en interne et la connexion de l'ensemble des machines. Tout le workflow chez Menuiserie Riche est totalement paperless et numérique, du devis à la livraison en passant par la fabrication. Les halls de production sont équipés de connexions web, l'ensemble des pièces qui entrent dans les cycles de fabrication sont équipées d'un code-barres ou d'une puce RFID. Aussi, les machines, comme les fraiseuses numériques, s'adaptent automatiquement en fonction de la puce RFID. " Grâce à cette transformation, nous sommes passés d'une production de masse à une production à l'unité, hyper souple, en fonction des besoins des clients ", enchaîne le patron de la firme de 70 collaborateurs. Châssis et portes, vendus en B to B à une clientèle d'indépendants, sont totalement adaptés : quincaillerie, couleurs, formats, performances acoustiques et thermiques, etc. Le process numérique permet par ailleurs d'assurer une traçabilité totale ainsi que de savoir où se trouve n'importe quelle pièce au fur et à mesure. Sans oublier que Menuiserie Riche donne accès à son système aux professionnels avec qui elle travaille : à tout moment, y compris soirs et week-ends, ils peuvent obtenir des infos sur leurs commandes, les délais et la logistique. Pour la Mensuiserie Riche qui fait partie du groupe familial incluant la société Stabilam, primée l'an passée au titre d'Ambassadeur Made Different, " c'était le seul moyen de continuer à se développer dans un marché qui évolue ". " En nous dirigeant vers des produits plus spécifiques avec plus de valeur ajoutée, on augmente notre marge brute même si une partie de celle-ci est grignotée par les développements, conclut Bruno Riche. Le marché change, il faut s'adapter. " Spécialiste du traitement de surfaces à Grâce-Hollogne, Belgium Coatings est une firme de 70 personnes qui réalise du sablage grenaillage, de la peinture industrielle, de la métallisation, etc. Elle travaille pour des acteurs industriels. Depuis plusieurs années, elle prend une série de mesures pour transformer son usine. Elle a, par exemple, investi plus de 350.000 euros dans une nouvelle cabine de poudrage, robotisée et automatisée. L'intérêt ? " On utilise beaucoup moins de poudre, répond Jean-Marc Roland, directeur technique de Belgium Coatings, mais en plus, le traitement sur les pièces est bien plus homogène. " La firme a aussi investi dans une unité de production d'eau déminéralisée lui permettant de consommer bien moins d'eau. Et plus récemment, elle a transformé un hall en unité de peinture de haute finition. Cette chaîne semi-automatisée permet à Belgium Coatings de peindre, avec une haute précision, des petites pièces, pour l'industrie de l'armement par exemple. Ces pièces doivent être peintes à certains endroits et pas à d'autres. Le masquage des zones qui ne doivent pas être mises en couleur est sorti, en interne, en digital ce qui permet de réduire les risques d'erreurs. Grâce à cet investissement (plus de 375.000 euros) dans le créneau de la peinture de haute finition, la firme peut désormais travailler pour l'armée ou l'aéronautique. Des activités en forte croissance pour Belgium Coatings qui existe depuis plus de 40 ans : cette activité, lancée il y a environ trois ans, représente entre 30 et 40% du chiffre d'affaires et lui offre une meilleure rentabilité que d'autres métiers. Cette marbrerie familiale (cinquième génération) a la volonté de " déplacer les limites du métier traditionnel ", lance son administrateur délégué Anthony Cognaux. Elle le fait en " alliant la main-d'oeuvre hautement qualifiée à un parc de machines de pointe ". La marbrerie adresse essentiellement le secteur de l'aménagement d'intérieur : cheminées décoratives, bâtiment, design ou restauration du patrimoine. La PME investit régulièrement dans son outil de production en vue d'être le plus polyvalent possible ce qui lui permet de répondre aux besoins des clients, même s'ils sont très pointus. Et donc, de l'emporter sur des concurrents qui ne peuvent pas aller sur certaines niches trop spécifiques. Ainsi, première pour un marbrier dans le Benelux, Design Stone a fait l'acquisition d'un nouveau robot pour réaliser des pièces plus grandes et plus complexes. " Les machines peuvent également faire les parties ingrates du travail, détaille le patron de la PME de Libramont. Du coup, nous gardons la main-d'oeuvre hautement qualifiée pour la plus-value à apporter sur les pièces. "