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A lire aussi: "La guerre des intelligences": morceaux choisisA lire aussi: "Face aux GAFA, nous sommes des crapauds numériques !""Enseigner sans comprendre le cerveau des élèves est aussi con que de soigner un diabétique sans mesurer sa glycémie ! ". Sur les réseaux sociaux, Laurent Alexandre, chirurgien, entrepreneur (il a fondé et revendu le site Doctissimo) et observateur avisé des évolutions de l'intelligence artificielle, ne mâche pas ses mots. Dans son nouveau livre qui paraît ce mercredi non plus, d'ailleurs. Riche et indépendant de tout parti politique, l'homme a la parole très libre et la formule particulièrement aisée. Son ouvrage La guerre des intelligences est le fruit d'années de réflexion quotidienne sur l'IA. Pour Laurent Alexandre, l'industrialisation de l'intelligence artificielle que préparent les géants de la technologie comme Google, Facebook, IBM et consorts vient poser la question de l'utilité sociale des êtres humains. Ni plus ni moins. Que devient l'homme qui passe des années à apprendre si la technologie fabrique de l'intelligence en quelques instants seulement. " L'intelligence gratuite est un changement radical dont on ne mesure pas toutes les conséquences, soutient Laurent Alexandre. Entre la position du missionnaire et le MBA du gamin, il faut 30 ans. Par contre, pour dupliquer une IA, il faut un millième de seconde. Un cerveau biologique évolue très lentement. Donc, voir arriver des cerveaux de silicium gratuits, qui appartiennent à quelques groupes dans le monde, change radicalement les choses. C'est un changement de civilisation ! " Aussi, pour lui, l'industrialisation de l'IA doit s'accompagner d'une démocratisation de l'intelligence biologique. " La question porte sur le système éducatif à mettre en place pour permettre aux hommes de demain d'affronter l'IA à armes égales et de cohabiter harmonieusement avec elle ", écrit-il dans La guerre des intelligences. Car, son constat est sans appel au sujet de l'école : " Pour les enfants issus de milieux défavorisés, force est de constater l'échec de l'école sur tous ses objectifs, sauf un : jouer le rôle de garderie pendant que les parents travaillent ". En effet, Laurent Alexandre pointe dans son ouvrage une série de constats qui vont heurter les âmes les plus sensibles socialement. L'intelligence humaine, évaluée par le QI - imparfait mais qui, selon l'auteur, " constitue une bonne mesure de la répartition de l'intelligence dans la population " - ne peut être acquise par tous. Le QI est " hélas majoritairement déterminé par notre patrimoine génétique " et l'environnement (dont fait partie l'école, la famille, la consommation de cannabis, etc.) n'explique qu'une part mineure du QI. " Le déterminisme du QI est horrible, regrette Laurent Alexandre. On le voit au travers de la corrélation entre quotient intellectuel et réussite : un QI bas augmente très fortement les chances d'avoir un revenu faible et pousse même à la marginalisation sociale. On le voit tous les jours malheureusement : le déterminisme est hélas très fort. Sans cela, l'aide sociale permettrait aux gens défavorisés de devenir le nouveau maître de Gerpinnes (Albert Frère, Ndlr). " Son point de départ, la mesure du QI, Laurent Alexandre l'assume pleinement même si elle est particulièrement controversée. " C'est controversé car c'est un tabou. Les gens peuvent accepter - et c'est plus digne pour eux - d'être des fainéants et pointer du doigt un complot, une méchante mondialisation ultra-libérale qui les empêche de monter, plutôt que d'admettre qu'ils ont un QI faible. Aujourd'hui, on ne sait pas bien augmenter les capacités cognitives des gens peu doués et l'école ne marche pas pour eux car elle sert à augmenter le QI des gens intelligents. On ne peut pas dire aux gens à bas QI qu'ils sont pauvres et qu'ils ont de mauvais emplois parce qu'ils sont moins doués. C'est indicible. " Alors, Laurent Alexandre nous projette, au travers de son livre, dans la société de 2030 où elle aura (si tout va bien) réagi. L'école laissera entrer massivement les technologies. D'abord sous la forme des EdTech (technologies de l'éducation) que l'on connaît aujourd'hui. Ainsi les Mooc (cours en ligne) se seront généralisés et deviendront toujours plus personnalisés et diversifiés. Ensuite, l'homme prédit la " fin du bricolage éducatif " dans lequel on vit pour en arriver à l'industrialisation de l'école... avant sa robotisation intégrale. Et d'imaginer que le séquençage du génome dès la naissance permettra de comprendre le mode d'apprentissage de chaque individu pour structurer un programme d'apprentissage personnalisé. " Ce sera une évidence. Il faudra personnaliser l'enseignement en fonction de notre cerveau et notre ADN, nous détaille Laurent Alexandre. On trouvera archaïque d'enseigner comme aujourd'hui. Et face à l'IA, on n'aura pas le temps. On ne pourra plus se permettre de constater à 18 ans que les gamins ne savent toujours parler que quatre mots de flamand. Dans une société de la connaissance, ou l'intelligence galope, l'échec scolaire n'est pas possible. Sinon l'humanité va disparaître. " Mais la personnalisation ne sera, selon l'auteur, qu'un passage. Une étape intermédiaire avant des mesures beaucoup plus transgressives que nos sociétés pourraient être forcées d'accepter pour (tenter de) rivaliser avec la puissance de l'IA. Le futurologue entrevoit deux étapes. " La première sera la sélection embryonnaire, prédit Laurent Alexandre, pour sélectionner ceux qui présentent des marqueurs génétiques corrélés à de bonnes capacités intellectuelles. Je ne dis pas que je m'en satisfais, mais j'en suis convaincu. " La seconde, encore plus intrusive, serait celle prônée par Elon Musk, patron de Tesla, SpaceX et depuis peu Neuralink (start-up qui veut arriver à connecter le cerveau) : les implants neuronaux placés directement dans nos cerveaux. Ces derniers permettront de connecter le cerveau et, ainsi, d'augmenter les capacités cognitives des êtres humains. Le neuro-renforcement, seule solution pour faire face à l'intelligence artificielle ? Pour Laurent Alexandre, les diverses applications actuelles d'implants utilisés dans la lutte contre Parkinson ou pour permettre aux tétraplégiques de réaliser certaines commandes, " sont de stupéfiantes promesses de révolution " si on les applique à l'éducation. Toutefois l'homme se défend de faire, dans ce livre, un " coming out transhumaniste ". " Je ne suis pas un militant du transhumanisme (usage des sciences et des techniques en vue d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des hommes, Ndlr), car je ne vois pas où il nous emmène, assure-t-il. Mais j'ai le sentiment qu'à partir du moment où on ne peut pas interdire l'intelligence artificielle, les transhumanistes gagneront. Soit on prend le risque de marginaliser des couches de plus en plus importantes de la population, soit on rentre dans une surenchère transhumaniste pour éviter que les gens deviennent des naufragés technologiques à cause de l'IA. Que l'on soit ou non transhumaniste, je ne vois pas comment on peut imaginer un futur où l'école ne devient pas, elle, transhumaniste. Sauf à mettre 90 % des populations au revenu universel de base pendant qu'une petite élite va gouverner avec l'intelligence artificielle. Mais c'est insupportable. " Reste qu'en attendant le " grand soir de Neuralink ", ce Français installé à Bruxelles depuis 10 ans aurait bien quelques conseils pratiques, et terre à terre, pour nos politiques. " Les élites belges doivent comprendre qu'à l'ère de la société de la connaissance, il faut absolument arrêter de déconner, plaide-t-il. Il faut un plan stratégique pour éviter une explosion des inégalités et une explosion politique tout court. Je préconise de mettre dans les zones défavorisées de Wallonie et de Bruxelles, au frais des Communautés, des écoles de type Montessori. C'est un investissement considérable mais cela diminuerait les inégalités intellectuelles et donc économiques et sociales. Cela fonctionne : on l'a vu à Singapour où le QI moyen est 10 points au-dessus de celui constaté en France. Toute cette éducation basée sur des profs malins, bien payés et évalués donne des résultats. Aujourd'hui, l'éducation est le problème numéro 1 en Wallonie. Il faut mettre le système éducatif en situation d'urgence et mettre le paquet sur les zones défavorisées, cela sera porteur. "