Début avril, Proximus annonçait fièrement le lancement de son nouveau réseau 5G. " C'est le premier pas d'un grand voyage qui nous mènera à une couverture complète du pays ", expliquait avec lyrisme le CEO Guillaume Boutin. Quelques semaines plus tard, l'opérateur amorce une courbe rentrante. La faute à une fronde inattendue à l'encontre de la 5G, la technologie mobile de nouvelle génération.Plusieurs communes belges, quasi exclusivement wallonnes, ont marqué leur opposition au déploiement immédiat de la 5G sur leur territoire. Ottignies-Louvain-la-Neuve a dégainé la première. Wavre a suivi. Charleroi, Namur, Tournai et Mons ont embrayé. De même que Crainhem, commune flamande à facilités située dans la périphérie bruxelloise. Toutes ces entités exigent un moratoire sur la 5G. Elles estiment ne pas avoir été consultées par Proximus préalablement au lancement de ce nouveau projet.
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Début avril, Proximus annonçait fièrement le lancement de son nouveau réseau 5G. " C'est le premier pas d'un grand voyage qui nous mènera à une couverture complète du pays ", expliquait avec lyrisme le CEO Guillaume Boutin. Quelques semaines plus tard, l'opérateur amorce une courbe rentrante. La faute à une fronde inattendue à l'encontre de la 5G, la technologie mobile de nouvelle génération.Plusieurs communes belges, quasi exclusivement wallonnes, ont marqué leur opposition au déploiement immédiat de la 5G sur leur territoire. Ottignies-Louvain-la-Neuve a dégainé la première. Wavre a suivi. Charleroi, Namur, Tournai et Mons ont embrayé. De même que Crainhem, commune flamande à facilités située dans la périphérie bruxelloise. Toutes ces entités exigent un moratoire sur la 5G. Elles estiment ne pas avoir été consultées par Proximus préalablement au lancement de ce nouveau projet. Chez Proximus, on assure que les autorités locales ont été informées. Mais on admet aussi que ce lancement dans une trentaine de communes pilotes n'a pas été annoncé des semaines à l'avance " pour des raisons concurrentielles ", souligne Haroun Fenaux, porte-parole de l'opérateur. Proximus fait son mea culpa : " Nous aurions dû mieux expliquer notre projet et mieux détailler aux communes ce que cette technologie va apporter aux particuliers, aux entreprises et aux administrations. Les questions des communes sont légitimes. Nous voulons y répondre de manière très ouverte ", temporise le représentant de l'opérateur. Pour éviter de se froisser avec les localités récalcitrantes, Proximus a décidé de suspendre le déploiement de la 5G là où il avait déjà débuté. C'est le cas dans certaines zones de Tournai, de Louvain-la-Neuve ou de Namur. Les antennes GSM équipées de la 5G ont été réorientées vers les technologies mobiles " classiques " (2G, 3G, 4G). La réaction épidermique des communes s'explique en partie par le fait qu'elles ont eu l'impression de se retrouver devant le fait accompli. Certaines ont aussi pointé un timing mal choisi par l'opérateur, en pleine crise du coronavirus. Mais l'argument principal est ailleurs. Les communes évoquent le principe de précaution. Elles estiment ne pas avoir toutes les garanties nécessaires quant à l'éventuel impact de la 5G sur la santé des citoyens. C'est le sens de l'appel au dialogue lancé par le bourgmestre de Crainhem à Proximus. Sa commune n'est pas concernée par la première phase de déploiement d'une 5G " light ", qui utilise des bandes de fréquence actuellement captées pour la 3G et la 4G. Mais Crainhem se prépare déjà aux prochaines étapes. L'opérateur a en effet annoncé qu'il poursuivrait son plan de déploiement de la 5G dès que les mesures de confinement s'assoupliront. " Nous ne voulons pas retourner à l'âge de pierre, assure le bourgmestre de Crainhem, Bertrand Waucquez. Je comprends les enjeux technologiques en termes d'augmentation de la bande passante, d'amélioration des débits, etc., mais je suis soucieux de la santé de la population. Il faut un débat autour de ces nouvelles fréquences, sur lesquelles nous n'avons pas encore le recul nécessaire. " C'est notamment sur ce point-là que les opérateurs et les industriels de la 5G sont en désaccord avec leurs détracteurs. " Au niveau mondial, nous avons plus de 20 ans de recul sur la consommation de masse de la téléphonie mobile. Des études sur les effets des ondes électromagnétiques sont conduites depuis des dizaines d'années. La 5G est une technologie qui a énormément de points communs avec la 2G, la 3G et la 4G. La nouveauté, ce sont les débits que cette nouvelle technologie va offrir, de l'ordre de 1Gb ! Mais ça ne veut pas dire pour autant que nous serons plus exposés aux ondes qu'aujourd'hui ", assure Remi de Montgolfier, CEO Belgique d'Ericsson, l'un des principaux équipementiers télécoms. " Le problème, c'est que les arguments scientifiques ne sont plus entendus. La 5G est devenue un sujet politique ", ajoute le patron. Remi de Montgolfier rappelle que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi des seuils maximum d'exposition aux ondes GSM. En Belgique, les Régions ont imposé des normes plus strictes que celles de l'organisation internationale. A Bruxelles, la norme est nettement plus contraignante que celle de l'OMS, ce qui est d'ailleurs critiqué par les opérateurs, qui estiment ne pas pouvoir déployer efficacement leur technologie dans ces conditions. Malgré ces règles de protection de la santé qui s'imposent aux opérateurs depuis des années, la contestation prend de l'ampleur. C'est particulièrement le cas dans cette période de crise sanitaire : certaines peurs - parfois irrationnelles - profitent d'un écho inhabituel. Les communes ne font que relayer l'inquiétude de certains habitants. " Nous sommes contactés de tous les côtés ", reconnaît Bertrand Waucquez. Certaines associations environnementales sont également très actives sur le sujet. Le collectif Stop5G est actuellement l'un des plus en pointe. Il regroupe une vingtaine d'associations assez hétéroclites, comme Inter-Environnement Bruxelles, Attac-Liège, Fin du nucléaire ou encore Kairos, un " média " à tendance complotiste dont un des membres s'est récemment distingué à l'occasion d'une conférence de presse de la Première ministre Sophie Wilmès. Le collectif milite pour l'adoption d'un moratoire sur la 5G, qualifiée d'" expérimentation planétaire sans précédent qui menace l'humanité, la biodiversité et les équilibres planétaires ". Stop5G n'hésite pas à relayer de fausses informations et des théories fumeuses faisant le lien entre la 5G et la dissémination du coronavirus. Le collectif incrimine la Chine, foyer originel de l'épidémie et lieu d'expérimentation de la 5G. Cette théorie totalement fantaisiste est la deuxième fake news liée au coronavirus la plus partagée sur le Web, d'après une étude menée par Zignal Labs qui a identifié plus d'un million de mentions et partages sur les réseaux sociaux. Vu l'ampleur du phénomène, YouTube et Twitter ont décidé de supprimer les messages relayant ces fausses informations. Paul Lannoye, ancien mandataire Ecolo et porte-parole de Stop5G, assume le positionnement de son organisation : " Ce n'est pas parce que des complotistes relayent ces théories qu'ils ont forcément tort ". La propagation de ce genre de récit complotiste a un impact très concret sur le terrain. Le journal Le Monde a déjà identifié plus de 70 actes de vandalisme sur des antennes GSM dans plusieurs pays européens, dont la Grande- Bretagne, les Pays-Bas et la Belgique (un mât a été incendié à Pelt, dans le Limbourg). Ericsson mentionne des cas d'agression de ses équipes techniques. Chez Orange, on réagit. " Je condamne fermement les actes irresponsables qui ont touché certains sites, souligne Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgique. Endommager des antennes GSM, c'est priver les gens d'appeler leurs proches mais aussi d'appeler les secours ." Le patron tient aussi à rassurer les communes : " J'entends les bourgmestres. Nous devons engager la discussion. La 5G est un sujet sérieux qui mérite mieux que des effets d'annonce et des bricolages ". Petite pique au concurrent Proximus, dont la précipitation à se lancer en premier sur la 5G aura bien involontairement donné du grain à moudre au mouvement anti-5G.