Dans les allées de la salle polyvalente de la petite ville de Laval (Pays de la Loire) en cette fin mars, les visiteurs ont de quoi être décontenancés. Ils croisent des rangées de personnes assises sur des fauteuils mobiles en train de crier, un casque greffé sur le visage. Ils bousculent une autre personne qui, au milieu d'une allée, soigne sa phobie de la hauteur, elle aussi avec un casque vissé sur la tête. Ou encore, elles se font servir un cocktail par un bras robotisé...
...

Dans les allées de la salle polyvalente de la petite ville de Laval (Pays de la Loire) en cette fin mars, les visiteurs ont de quoi être décontenancés. Ils croisent des rangées de personnes assises sur des fauteuils mobiles en train de crier, un casque greffé sur le visage. Ils bousculent une autre personne qui, au milieu d'une allée, soigne sa phobie de la hauteur, elle aussi avec un casque vissé sur la tête. Ou encore, elles se font servir un cocktail par un bras robotisé... Bienvenue au salon Laval Virtual consacré, pour la 19e année, à la réalité virtuelle et à la réalité augmentée. Des technologies particulièrement à la mode et qui dépassent désormais le cadre des jeux vidéos et des addicts aux jeux de rôle. Si voici encore quelques années, s'immerger dans un monde virtuel à 360° concernait avant tout les ados et jeunes adultes fanas de gaming, ces technologies s'immiscent dans de plus en plus de secteurs : soins de santé, formation, industrie, sport, etc. Plus aucun ne semble échapper aux opportunités de se plonger dans un monde parallèle ou d'ajouter des infos numériques en surimpression du réel. Voici plusieurs exemples d'usages étonnants. Utiliser la réalité pour soigner des patients qui souffrent de troubles comme le vertige, la peur de la foule, les troubles d'équilibre, les problèmes neurologiques (post AVC, par exemple) ou encore le mal de mer. C'est ce que propose la start-up française Virtualis qui a développé des logiciels d'images de synthèse permettant de placer une personne dans des conditions proches de la réalité. Un patient souffrant du mal de mer sera placé, virtuellement, sur un canoé (on le place sur une plateforme physique qui bouge en fonction des images), des images de vagues projetées devant les yeux. Sans devoir prendre la mer, la personne est donc confrontée aux sensations déplaisantes et doit progressivement s'habituer. Guérir le mal par le mal. La technique séduit puisque Virtualis propose ses solutions aux professionnels : elle leur fournit le matériel (ordinateur, casque de réalité virtuelle, etc.) et un ou plusieurs des 16 logiciels qu'elle a développés. Cent vingt professionnels de la santé et établissements (y compris en Belgique !) travaillent avec les produits de Virtualis qui revendique plusieurs miliers de patients traités. Dans nombre de cas, s'entraîner en milieu industriel nécessite du matériel lourd, des matières premières et représente souvent un coût élevé. La réalité virtuelle peut offrir une solution alternative. Prenons l'exemple de la formation des peintres industriels auxquels s'adresse la firme française SDI-Services. Equipés d'un casque qui couvre leurs yeux, les élèves voient apparaître une portière de voiture devant eux. Ils peuvent se saisir d'un " pistolet " et peindre virtuellement la portière. Le système enregistre le geste et permet à l'élève de savoir s'il a correctement travaillé, en ajoutant des zones de couleur en surimpression de l'image. Les zones vertes sont bien peintes, les zones jaunes demandent plus de peinture tandis que les zones rouges sont celles où l'élève a trop insisté. " Cette solution est simple et permet d'apprendre un geste sans devoir mettre à disposition du matériel réel et coûteux ", détaille Pascal Hochart, président de SDI-Services. Mais cette technique d'apprentissage ne remplace pas totalement les essais sur le terrain. " Une fois qu'ils ont le geste, il demeure indispensable de s'exercer avec de la vraie peinture. La réalité virtuelle permet d'accélérer l'apprentissage, car la technologie s'emmène partout, et donc aussi de diminuer les coûts de formation. " Bien loin des jeux vidéos, l'industrie se sert de plus en plus de la réalité augmentée. Elle constitue, en effet, un outil idéal pour aider les opérateurs dans les usines. Ainsi, la société Diota propose différentes solutions aux industriels. Par exemple, la superposition de données sur... le réel. Concrètement, on projette des indications précises sur les pièces sur lesquelles doivent travailler des ouvriers. C'est notamment le cas sur des carlingues d'avions de la Sonaca en phase d'usinage. " Nous proposons cette solution, détaille Thomas Perpère, directeur des partenariats stratégiques de Diota, car elle permet non seulement aux opérateurs d'être plus rapides, mais en plus de diminuer le taux d'erreur. Il s'agit d'une assistance à l'assemblage idéale pour des tâches humaines complexes et denses. Grâce à nos projections, il leur devint quasi impossible de se tromper. " Diota, start-up française spécialisée dans la réalité augmentée pour l'industrie, travaille avec des groupes comme Dassault, Sonaca, VW, Safran, etc. Et évoque une réduction de 90 % du taux d'erreur. Le groupe Thales dispose également de ce genre de solution. Pour aider des ouvriers à monter des circuits électriques sur certaines pièces industrielles, une application sur tablette affiche automatiquement les câblages tels qu'ils doivent être réalisés et les différentes pièces telles qu'elles doivent être montées. L'opérateur peut alors suivre les instructions et cocher, au fur et à mesure, les pièces installées. Presque un jeu d'enfant... La pratique n'est pas encore répandue en Europe, mais aux Etats-Unis ou encore au Japon, certaines équipes sportives se révèlent particulièrement friandes de la réalité virtuelle. " La Major League de base-ball réalise des entraînements spécifiques grâce à la réalité virtuelle, explique Matthieu Dautricourt, technical sales lead de la firme Eon Reality. Concrètement, on filme les équipes adverses, ce qui permet de récupérer des données sur les joueurs, les trajectoires, la vitesse, les configurations de jeu, les tactiques, etc. Toutes ces données sont intégrées dans un simulateur et permet aux équipes de réaliser des entraînements contre leurs adversaires en mode virtuel. " Cette technique permet aux sportifs d'étudier plus en détail la stratégie de leurs adversaires, ce qui est plus compliqué sur le terrain. D'ailleurs, aucun entraînement n'a lieu contre les adversaires. " Cela ne remplace pas un véritable entraînement, c'est sûr, insiste Matthieu Dautricourt. Mais cet entraînement virtuel supplémentaire donne un avantage compétitif certain aux sportifs qui le pratiquent. "