Transformer le réseau social en un business rentable n'était pas gagné d'avance ; aujourd'hui, le jeune patron démontre qu'il a pu créer un cercle vertueux qui multiplie à la fois le nombre d'utilisateurs, l'usage des applications et les dépenses faites par les annonceurs. Toutes les licornes de la Silicon Valley ne peuvent pas en dire autant.
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Transformer le réseau social en un business rentable n'était pas gagné d'avance ; aujourd'hui, le jeune patron démontre qu'il a pu créer un cercle vertueux qui multiplie à la fois le nombre d'utilisateurs, l'usage des applications et les dépenses faites par les annonceurs. Toutes les licornes de la Silicon Valley ne peuvent pas en dire autant. Mais ce succès justifie-t-il le fait que Marc Zuckerberg ait le loisir de diminuer sa part dans l'actionnariat de Facebook tout en conservant la majorité des droits de vote, et donc le contrôle de l'entreprise ? C'est en tout cas l'objectif de la modification de la structure du capital de Facebook annoncée le 27 avril dernier. A côté des actions de classe A, qui suivent le bon vieux principe d' "une action, une voix", et des actions de classe B, qui sont elles assorties de 10 droits de vote, débarquent désormais les actions de classe C, sans droit de vote. Le but de la manoeuvre est plutôt noble : il s'agit pour "Zuck" de pouvoir céder la majorité de ses titres à sa fondation sans pour autant perdre le contrôle de l'entreprise. Déjà, en s'adjugeant 76 % des actions de classe B, il contrôlait 60 % de l'entreprise en ne possédant que 15 % du capital. Mais pour éviter d'être dilué notamment par les plans de stock-options octroyées aux employés, les actions de classe C étaient devenues indispensables. Ainsi, à terme, chaque actionnaire de Facebook recevra deux actions de classe C par titre dont il dispose, et les employés seront récompensés au moyen de ces mêmes actions. L'opération permettra plus tard à Marc Zuckerberg de transférer ses titres de classe C à sa fondation - soit deux tiers de sa participation - tout en conservant le contrôle de Facebook.A première vue, une structure qui empêche les investisseurs publics de diluer l'actionnariat de référence, et donc le focus stratégique, peut sembler bénéfique. C'est précisément la raison invoquée par Facebook qui affirme que la nouvelle structure "lui permettra de rester focalisée sur la vision à long terme de Mr Zuckerberg". Mais si les moyens mis en oeuvre pour ce faire ne sont pas limités dans le temps, le risque est de voir la vision et la performance de la "dynastie régnante" - le fondateur et, plus tard, ses descendants - s'étioler au fur et à mesure que son engagement dans l'entreprise diminue. On entre alors dans un régime dictatorial : aujourd'hui Mark Zuckerberg opère un changement dans la structure actionnariale de son entreprise, mais rien ne l'empêche de procéder à d'autres changements demain, judicieux ou non, qu'aucun autre actionnaire ne sera en mesure de stopper. L'autre aspect qui pose question, c'est que toutes les places boursières n'offrent pas ces possibilités. Ainsi en Belgique, l'action sans droit de vote existe, mais ses conditions d'octroi sont strictes : le total de ces actions ne peut représenter plus d'un tiers du capital de la société pour laquelle elles sont émises, et elles sont assorties de droits financiers privilégiés. Quant à l'action à vote plural, elle n'a tout simplement pas droit de cité chez nous. Certains le regrettent, arguant que les entreprises belges sont trop souvent aux mains d'un actionnariat concentré qui rechigne, par peur d'être dilué, à procéder à de nécessaires augmentations de capital et dont l'immobilisme pèse sur la liquidité de ces entreprises. Il s'agirait donc d'un frein à l'attrait d'investisseurs étrangers dans nos sociétés cotées. On peut le trouver ringard, mais le principe d' "une action, une voix" reste avant tout celui de la démocratie économique. Y déroger pour assurer la prospérité de l'entreprise est une chose ; pour rendre intouchables (et tout-puissants) ses fondateurs, tout philanthropes soient-ils, en est une autre.