C'est toujours intéressant de lire ou d'entendre ce qu'a à dire un ancien ministre devenu depuis lors PDG d'un grand groupe informatique.

C'est le cas du Français Thierry Breton qui dirige aujourd'hui le groupe informatique ATOS et qui a accordé une interview à mes confrères du journal économique Les Echos.

D'abord, il dit clairement qu'il ne croit pas par exemple au Libra, la nouvelle monnaie virtuelle que va lancer Facebook en 2020. Et la raison est toute simple : selon lui, l'ingrédient premier de toute monnaie, c'est la confiance. On peut avoir confiance dans les monnaies locales lorsqu'on a confiance dans les Etats. Mais qui a confiance en Facebook aujourd'hui pour battre monnaie.

Pour Thierry Breton, la confiance dans les grands acteurs de l'Internet, et en particulier des réseaux sociaux, s'est effondrée ces trois dernières années. Et donc, la vraie question, c'est : est-ce qu'un acteur qui a perdu la confiance de ses clients ou usagers pourrait avoir sa propre monnaie. Et personnellement, il en doute.

En revanche, ce dont Thierry Breton ne doute pas, c'est que nous sommes entrés dans le monde de la cyberguerre et que le grand public ne s'en rend pas compte. Selon lui, nous allons devoir organiser et réglementer un nouvel espace, qui est le cyberespace.

Nous allons devoir organiser et réglementer un nouvel espace, le cyberespace.

En tant qu'êtres humains, nous avons au fil du temps appris à maîtriser trois espaces : la terre, les mers et l'espace aérien. Maintenant, nous devons en ajouter un quatrième, le cyberespace. Ce 4ème espace a pris beaucoup d'importance dans nos vies, on s'y amuse, on y travaille, on y échange, et on y crée même des richesses. Donc, c'est clair, il faut construire des règles de sécurité et de propriété dans ce cyberespace. D'autant que comme le dit Thierry Breton, tous les actes négatifs comme le vandalisme, le vol de propriété intellectuelle, le terrorisme, les actes de guerre, etc... Tout cela existe dans ce qu'il appelle l'espace informationnel, et c'est vrai, il suffit juste d'ajouter le mot cyber à chacun de ces mots pour imaginer les dangers qui entourent ce 4ème espace.

Sur ce plan de la sécurité, l'Europe est en retard, selon lui. Des pays comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis ont compris qu'il fallait réglementer et protéger leur 4ème espace.

En revanche, ces grands pays tiennent tous le même discours : en apparence, ils prônent un monde ouvert aux échanges, mais en réalité, ils établissent des règles strictes à l'intérieur de leurs frontières. L'Europe sur ce plan est encore trop une passoire. Et donc oui, le rôle de nos Etats en Europe, c'est de construire un cadre pour maîtriser ce 4ème espace et selon Thierry Breton, cela prendra une génération ou peut-être deux. C'est nécessaire sinon le 4ème espace, le cyberespace, va ressembler à la forêt de Sherwood, à une époque où le voyageur était à la merci de bandes de brigands !