"Le cancer sera bientôt vaincu. L'éradication de ce mal plus vieux que l'humanité est une perspective sérieuse à échéance proche. " Dans son livre La défaite du cancer paru en 2014, le docteur Laurent Alexandre, urologue et entrepreneur, entrevoyait la maîtrise du cancer dès 2030. Aujourd'hui, Microsoft lui emboîte non seulement le pas mais, en plus, la firme de Redmond avance cette perspective de quelques années : elle présage une " solution " à cette maladie dans les 10 années à venir. De quoi donner un peu d'espoir aux 14 millions de personnes dans le monde qui se voient diagnostiquer un cancer chaque année. Mais que l'annonce provienne d'une société informatique comme Microsoft et non d'un laboratoire de recherche a de quoi surprendre. Microsoft est, en effet, plus connue pour son système d'exploitation pour PC - Windows - et ses logiciels de bureautique que pour son implication dans le monde de la santé en général, et dans la lutte contre le cancer en particulier.
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"Le cancer sera bientôt vaincu. L'éradication de ce mal plus vieux que l'humanité est une perspective sérieuse à échéance proche. " Dans son livre La défaite du cancer paru en 2014, le docteur Laurent Alexandre, urologue et entrepreneur, entrevoyait la maîtrise du cancer dès 2030. Aujourd'hui, Microsoft lui emboîte non seulement le pas mais, en plus, la firme de Redmond avance cette perspective de quelques années : elle présage une " solution " à cette maladie dans les 10 années à venir. De quoi donner un peu d'espoir aux 14 millions de personnes dans le monde qui se voient diagnostiquer un cancer chaque année. Mais que l'annonce provienne d'une société informatique comme Microsoft et non d'un laboratoire de recherche a de quoi surprendre. Microsoft est, en effet, plus connue pour son système d'exploitation pour PC - Windows - et ses logiciels de bureautique que pour son implication dans le monde de la santé en général, et dans la lutte contre le cancer en particulier. Pour les spécialistes de la question, la promesse de la firme fondée par Bill Gates n'a rien de si surprenant. Les géants du Net et de l'informatique s'invitent chaque jour un peu plus dans différents domaines de la santé. Ainsi, Google s'est-il lancé, via sa filiale Calico, sur le marché du vieillissement avec la promesse de repousser l'âge de la mort. Le moteur de recherche a aussi développé des activités et des partenariats dans les domaines du diabète et de la glycémie (avec Verily) ou encore des robots chirurgicaux. De son côté, IBM continue de développer sa super intelligence Watson qui procède à des diagnostics de maladies plus pertinents que ceux émis par l'être humain. Le groupe propose même des traitements adéquats. Cette tendance des géants du Net et des technologies à se lancer à l'assaut des maladies s'explique par " la grande révolution NBIC, c'est-à-dire la convergence des nanotechnologies, de la biomédecine, de l'informatique et des sciences cognitives ", détaille Laurent Alexandre. Cette convergence nourrit de nombreux espoirs. Et certains y voient une opportunité unique de lutter contre le cancer. Microsoft a réalisé son entrée fracassante dans le domaine au mois de septembre en laissant entendre qu'il parviendrait à " résoudre " le cancer d'ici 10 ans. Comment ? Non pas avec des béchers et des tubes, mais grâce à des algorithmes et des ordinateurs. Plusieurs programmes combinent traitement de données (big data) et intelligence artificielle. Microsoft promet, notamment, d'aider les oncologues à faire le tri au sein de l'ensemble des connaissances scientifiques afin de les aiguiller vers la théorie la plus en phase avec le cas pratique de chaque patient. Ainsi, les oncologues pourront, à terme, confronter les cas qu'ils traitent aux informations scientifiques du monde entier. Ce qu'ils n'auraient absolument pas la possibilité de faire sans l'aide d'outils informatiques puissants. Un autre programme concerne l'analyse des radios de tumeurs. Les algorithmes et l'intelligence artificielle doivent permettre une meilleure analyse des tumeurs mais surtout de leur évolution. Enfin, un troisième programme lié au traitement de données vise à développer des algorithmes susceptibles de comprendre la manière dont évoluent les différents cancers. Microsoft fait donc le choix, pour venir à bout de cette maladie, d'une approche orientée sur le traitement des données, si cher aux mastodontes du Net. Rien de bien étonnant : " La lecture de l'ADN d'une seule tumeur génère 10.000 milliards de données brutes, écrit Laurent Alexandre. Pour traiter et analyser ce tsunami d'informations, l'ordinateur est évidemment au coeur du système. La cancérologie 2.0 est une techno-médecine dont la loi de Moore - théorie selon laquelle la puissance de l'informatique double tous les 18 mois - est le puissant moteur. " Sachant que le cancer est une maladie qui touche l'ADN, le séquençage est en première ligne des études. Et pour y parvenir, il convient de mobiliser d'impressionnantes forces de calcul que les acteurs de l'informatique maîtrisent. Ces big data concernent aussi les données cliniques des patients qu'il faut pouvoir confronter aux connaissances mondiales sur le sujet afin d'envisager un traitement adapté. Il est, en effet, désormais admis qu'il n'existe pas " un cancer " mais une multitude de variantes différentes et que les patients peuvent tous réagir de manière très différente aux traitements. " Sachant qu'on se dirige donc de plus en plus vers une médecine personnalisée, il faut établir le bon traitement au bon patient, détaille Philippe Aftimos, oncologue et senior research physician à l'Institut Jules Bordet. Développer des études cliniques pour chaque type de cancer n'est pas facile quand on sait que cela peut ne concerner que quelques personnes sur le territoire belge. Aussi, pouvoir confronter des cas aux données scientifiques et aux informations d'autres médecins ailleurs dans le monde se révèle capital. " Un travail titanesque au regard de l'abondante littérature médicale, que le médecin n'est plus en mesure de gérer. PubMed, le plus important moteur de recherche scientifique spécialisé en médecine, regroupe ainsi plus de 26 millions d'articles et s'enrichirait quotidiennement de plus de 3.000 nouvelles références ! Accès à l'information et partage des données constituent donc l'un des enjeux majeurs dans la lutte contre le cancer. " Et à ce niveau, des acteurs comme Google et Microsoft représentent d'énormes facilitateurs ", admet Philippe Aftimos, même si l'univers médical ne les a pas attendus pour s'organiser. " Des analyses informatiques de ces énormes quantités de données se font déjà, insiste François Fucks, directeur du centre de recherche de l'ULB sur le cancer. On n'a pas attendu Microsoft. " Et d'évoquer Illumina, ce géant inconnu du grand public qui développe des machines et des technologies pour les tests génétiques. Dans le milieu, on définit Illumina comme le " Google de l'ADN ". Ce système permet de séquencer l'ADN en 24 heures pour le prix de 1.000 euros. Soit un coût 3 millions de fois moindre qu'il y a une dizaine d'années, constate Laurent Alexandre. Coté en Bourse, Illumina atteint déjà une valorisation de 17 milliards de dollars et, selon ses dirigeants, 90 % des données issues du décryptage du génome dans le monde sortiraient de ses appareils. Reste que l'explosion du nombre de données médicales n'en est qu'à ses débuts et que les puissants géants du Net se placent en pole position pour accaparer une partie du marché de cette techno-médecine. D'ailleurs, la convergence entre entreprises technologiques et monde médical ne cesse de s'accélérer. Pas plus tard que cet été, le chief marketing officer d'Apple, Phil Schiller, rejoignait le conseil d'administration d'Illumina... Il faut dire que l'intelligence artificielle dans laquelle investissent massivement l'ensemble des groupes technologiques comme Apple et les autres constitue une étape clé dans la lutte contre le cancer, qui allierait médecine personnalisée et médecine prédictive. Aujourd'hui, on en est encore majoritairement à l'ère des algorithmes tels que ceux déployés par Facebook pour bloquer des photos pornographiques sur son réseau social, par exemple. On parle ici de reconnaissance d'images. Une technologie qui peut s'appliquer à l'univers médical. C'est d'ailleurs une partie de l'objectif d'IBM avec Watson : analyser les radios de patients et les confronter à une impressionnante banque de radios. C'est pour cela que Big Blue avait déboursé 1 milliard de dollars en 2015 pour la société Merge Healthcare, spécialiste de l'imagerie médicale. Mais ce ne sont que les signes avant-coureurs d'une véritable intelligence à laquelle personne n'a encore vraiment accédé, pas même Watson. L'intelligence artificielle regroupe un ensemble complexe d'algorithmes susceptibles d'évoluer, d'interpréter et de se mettre à jour sans avoir été programmés. Une véritable intelligence de la machine qui pourra prendre elle-même des décisions, du diagnostic au traitement. C'est notamment ce sur quoi travaillent les mastodontes de la technologie, à grands coups d'acquisitions et de partenariats avec les centres de recherche, les acteurs de la pharma ou les hôpitaux. La société DeepMind, désormais filiale de Google spécialisée dans l'IA, a dévoilé son intention de faciliter le traitement du cancer de la tête et du cou. Comment ? En automatisant, grâce à l'intelligence artificielle, la cartographie les zones cancéreuses à traiter par la radiothérapie. Un procédé qui prend aujourd'hui plusieurs heures au médecin mais qui pourrait aller beaucoup plus vite avec l'aide de la " machine intelligente ". La véritable intelligence artificielle " permettra un diagnostic médical meilleur que celui réalisé par un être humain ", prédit Laurent Alexandre. " On n'y est pas encore, cela prendra quelques années, précise-t-il. Combien ? Personne ne le sait. Il faut au préalable alimenter cette intelligence de dossiers numériques. " Or, aujourd'hui, les oncologues n'encodent pas systématiquement leurs diagnostics ni les traitements qu'ils préconisent dans des dossiers médicaux informatisés. Le papier garde la cote et le médecin veut continuer à maximiser son temps. Encoder manuellement des tas de données va moins vite que griffonner quelques notes sur un papier ou une prescription. Selon Laurent Alexandre, " on se situe encore dans une phase de transition, mais la médecine personnalisée va tuer le dossier médical papier. L'informatisation de ces infos devient une nécessité ". Mais Microsoft ne compte pas s'arrêter à l'intelligence artificielle et l'analyse de masses de données. Son quatrième et dernier programme constitue probablement le pari le plus ambitieux de la firme de Redmond. " Microsoft constate qu'il existe de véritables parallèles entre l'informatique et certains concepts et mécanismes du vivant et de la biologie, détaille Bruno Schroder, technology officer de Microsoft Belgique. Les nouveaux concepts de programmation parallèle liés au cloud et aux multiples processeurs capables de travailler sur un même logiciel peuvent s'appliquer aux mécanismes des cellules. Et on pense que nous avons la base technologique pour construire des machines cellulaires qui vont analyser ce qui se passe dans les cellules et les reprogrammer. Nous sommes déjà assez loin et l'on est en mesure de transférer de l'information depuis un disque dur vers de l'ADN ! Même s'il s'agit de recherche et que le résultat n'est pas forcément sûr, notre objectif est connu et notre niveau de confiance est tel que l'on s'engage et communique sur la question. " La firme fondée par Bill Gates dispose, il est vrai, d'une division (Microsoft Research) composée de 1.000 chercheurs répartis sur l'ensemble du globe. Ceux-ci ne travaillent pas sur des produits de la firme mais sur des problématiques sociétales auxquelles l'ex-gloire de la micro-informatique entend répondre. Google a lui aussi ses moonshots pour s'attaquer au cancer. La pieuvre du Net a déposé plusieurs brevets dans ce cadre. Notamment celui portant sur un bracelet apte à communiquer avec des nanoparticules injectées dans le corps, capables de détecter des cellules cancéreuses et d'en informer le bracelet. Une vision (encore au seul stade de brevet...) qui ressemble à de la science-fiction mais à laquelle Laurent Alexandre croit. Dans son livre La défaite du cancer, il pointait déjà que " l'iPhone du futur (couplé à des capteurs biométriques de la taille d'un grain de sable ingérés dans notre corps) préviendra son propriétaire de l'imminence d'une crise cardiaque, de la mutation d'un gène ou l'apparition de cellules cancéreuses ". " L'assistant virtuel se chargera de contacter le médecin ou l'ordinateur qui analysera les données à distance ", disait-il. Des innovations qui laissent rêveur mais que le monde médical n'accepte qu'avec la plus grande prudence. Ainsi, François Fuks souligne l'impact positif que ces acteurs de la technologie auront dans la lutte contre le cancer. " Mais penser que Microsoft ou les acteurs du Net pourront, seuls, éradiquer la maladie n'a rien de réaliste, insiste-t-il. Certes, ils participeront à l'effort et apporteront des éléments importants. Mais il ne faut pas oublier l'importance de la recherche académique, indispensable à la compréhension du cancer sans quoi les géants du Net ne pourraient pas participer à la lutte contre cette maladie. Car le cancer est un phénomène plus complexe qu'on ne l'a pensé. On est encore loin d'avoir compris l'ensemble de ses mécanismes. Comment un algorithme pourrait établir des traitements pour un phénomène que l'on est encore loin de comprendre ? Microsoft qui imagine reprogrammer des cellules cancéreuses reviendrait à éradiquer le cancer : impensable à court ou moyen terme. Tout au plus, parviendra-t-on dans une dizaine d'années à faire du cancer une maladie chronique. " Un avis que partage Laurent Alexandre pour qui " la défaite du cancer n'est pas sa disparition totale, mais sa maîtrise ". C'est-à-dire " en faire une maladie chronique très désagréable " mais dont on ne mourra plus. Ce qui, en soi, serait déjà une bonne nouvelle.