Avec aujourd'hui un millier de travailleurs en Belgique et des implantations aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne, le groupe belge Asco est un spécialiste dans le développement de pièces aéronautiques. Basée à Zaventem, l'entreprise occupe l'un des rôles de leader sur le marché. Un statut que convoitent, forcément, ses nombreux concurrents. Pour continuer à jouer dans la cour des grands, l'entreprise doit donc investir largement dans la recherche et le développement. Depuis désormais quatre ans, l'attention est portée en priorité sur l'impression 3D. Décrite à ses débuts par The Economist comme la troisième révolution industrielle, la technologie met du temps à s'installer concrètement dans la vie des entreprises.
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Avec aujourd'hui un millier de travailleurs en Belgique et des implantations aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne, le groupe belge Asco est un spécialiste dans le développement de pièces aéronautiques. Basée à Zaventem, l'entreprise occupe l'un des rôles de leader sur le marché. Un statut que convoitent, forcément, ses nombreux concurrents. Pour continuer à jouer dans la cour des grands, l'entreprise doit donc investir largement dans la recherche et le développement. Depuis désormais quatre ans, l'attention est portée en priorité sur l'impression 3D. Décrite à ses débuts par The Economist comme la troisième révolution industrielle, la technologie met du temps à s'installer concrètement dans la vie des entreprises. " Après la découverte, il y a eu une désillusion concernant les possibilités concrètes que peut offrir l' additive manufacturing, explique Andy Vanaerschot, research & innovation manager chez Asco. Mais aujourd'hui, on y voit enfin plus clair et l'intérêt est toujours bien réel. On parle d'ailleurs toujours de révolution et pas d'une simple évolution car l'impression 3D revoit complètement le processus de production de certaines pièces. " Avec ses équipes, l'ingénieur s'intéresse de très près au processus additif, qu'il utilise pour modeler le titane. " Dans le cadre d'un projet de recherche, nous avons récemment retravaillé une pièce présente sur l'aile qui est très complexe. Nous sommes parvenus à la rendre 30 % plus légère que celle produite grâce aux techniques conventionnelles ", lance fièrement l'expert. La technologie encore dans les locaux de tests de l'entreprise bruxelloise devrait d'ailleurs rapidement trou- ver une issue commerciale. " Nous sommes convaincus que davantage de pièces imprimées en 3D seront intégrées au design dans les prochains programmes aéronautiques ", ajoute le manager. Autrement dit, avant 2025. Comme Asco, les entreprises belges sont de plus en plus nombreuses à s'intéresser concrètement à la technologie. C'est ce qui ressort d'une enquête récemment menée par Ricoh auprès de 3.100 sociétés de toutes tailles. Quarante-six pour cent d'entre elles ont ainsi déjà investi dans la nouvelle technologie d'impression, tandis que 63 % considèrent que l'impression 3D a le potentiel pour révolutionner l'industrie dans laquelle elles se trouvent. Il faut dire que la technologie présente de sérieux atouts, dont la réalisation de pièces très complexes. " On peut par exemple créer en une seule pièce un assemblage qui en compte parfois une quinzaine. La simplification a aussi un intérêt économique important au niveau de la production ", explique Benjamin Denayer, senior business developer additive manufacturing chez Sirris. Du côté de chez Asco, c'est la possibilité d'alléger les éléments et de revoir les designs qui a convaincu la société de se lancer dans les recherches. " On ne cherche pas juste à remplacer une pièce par une autre. On en profite pour totalement la revoir et améliorer ses performances ", précise le responsable R&D. L'aéronautique n'est pas le seul secteur à se pencher sur l'impression 3D. " Il y a également un véritable intérêt dans le médical. La personnalisation que permet l'impression 3D est très utile. Elle permet d'adapter au mieux les prothèses, par exemple ", explique Jurgen Laudus, vice-président de la production de Materialise. Cette société belge est devenue un acteur mondial dans cette technologie. Avec 1.800 travailleurs, dont 600 sur son site de Louvain, elle permet aux entreprises de s'approprier peu à peu le procédé. " Nous travaillons sur plusieurs aspects et donnons la possibilité aux entreprises de réaliser des prototypes. Mais nous collaborons aussi avec celles qui sont déjà plus avancées et développent des softwares et plans utiles à la production. Nous réalisons également des petites séries pour certaines entreprises. Nous nous chargeons depuis peu de la production en série de pièces pour les A350 d'Airbus. Nous avons été les premiers à leur fournir des éléments en 3D ", explique fièrement le responsable. Si elles sont encore rares, les productions en petites séries se développent donc enfin. " On voit vraiment qu'elles sont de plus en plus nombreuses depuis quelques années ", confirme Jurgen Laudus. Si la technologie évolue bien, la production en série à grande échelle n'est, elle, probablement pas encore pour tout de suite. La faute à des coûts encore relativement importants mais pas seulement. " L'une des principales difficultés est sans doute aujourd'hui la vitesse de production. L'impression 3D est encore relativement lente mais une fois que la technologie permettra d'obtenir de bons rendements, cela devrait se généraliser jusqu'à imaginer à l'avenir beaucoup plus d'objets imprimés ", lance Eric Gryson, le patron de Ricoh Belgium, dont l'entreprise vient de lancer une imprimante 3D. D'autres évolutions devront encore arriver avant l'avènement complet de la technologie. " Notamment concernant la taille des pièces. Au-delà de 50 cm cela devient très compliqué à réaliser ", explique-t-on chez Materialise. En attendant ces évolutions, l'impression 3D est déjà aujourd'hui un outil indispensable pour le prototypage. " Désormais, la très large majorité des entreprises qui se lancent dans de la production passe un moment ou l'autre par l'impression 3D ", confirme Jurgen Laudus. Une nouvelle technologie qui peut aussi trouver son intérêt ailleurs, parfois où on ne l'attend pas. " Faire appel à l'impression 3D pour faire un gobelet en plastique n'aura jamais d'intérêt. Le produit est trop simple et l'impression trop coûteuse. Mais il ne faut pas nécessairement se concentrer que sur le produit fini. L' additive manufacturing peut aussi intervenir directement dans le processus de production et le rendre plus efficace. Lorsque nous conseillons une entreprise, nous ne trouvons pas toujours un développement concret pour leur produit final. Mais nous parvenons quasi systématiquement à améliorer le process. " Que les producteurs de gobelets se rassurent, ils pourront donc aussi profiter de l'impression 3D. Par Arnaud Martin.