Cette vaste enquête, portant sur une population de 600.000 élèves âgés de 15 ans appartenant à 79 pays, a été réalisée en 2018. Pour notre pays, elle ne montre pas beaucoup de différences par rapport à celle publiée deux ans plus tôt. Le fossé qui existe depuis longtemps entre élèves francophones et néerlandophones n'est pas près de se combler. Compréhension à la lecture ? Score moyen des francophones : 481, contre 502 pour les néerlandophones. Mathématiques ? 495, contre 518. Sciences ? 485, contre 510... Les ados du sud du pays tombent même sous la moyenne de l'ensemble de l'OCDE en sciences et en lecture. Et il existe toujours chez eux une grande disparité de résultats selon les originales sociales.
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Cette vaste enquête, portant sur une population de 600.000 élèves âgés de 15 ans appartenant à 79 pays, a été réalisée en 2018. Pour notre pays, elle ne montre pas beaucoup de différences par rapport à celle publiée deux ans plus tôt. Le fossé qui existe depuis longtemps entre élèves francophones et néerlandophones n'est pas près de se combler. Compréhension à la lecture ? Score moyen des francophones : 481, contre 502 pour les néerlandophones. Mathématiques ? 495, contre 518. Sciences ? 485, contre 510... Les ados du sud du pays tombent même sous la moyenne de l'ensemble de l'OCDE en sciences et en lecture. Et il existe toujours chez eux une grande disparité de résultats selon les originales sociales. Ce qui est frappant, au-delà de ce clivage communautaire et social, est la baisse continue de niveau de la moyenne belge (reprenant donc les scores des néerlandophones, francophones et germanophones) depuis 15 ans. Elle s'explique en grande partie par le recul des élèves les plus performants. Les têtes de classe seraient donc moins bonnes qu'avant. Un constat qui n'est pas propre à la Belgique. Même les Finlandais, qui se trouvent traditionnellement dans le peloton de tête, observent le même recul. Est-ce une coïncidence ? Cette baisse générale de la capacité de compréhension intervient alors que se multiplient les mises en garde des spécialistes des neurosciences sur les effets pathogènes des écrans sur les petites têtes blondes, brunes ou rousses... J'entends déjà mon fils me répondre d'un air navré : " OK, boomer ", et m'énoncer tous les bienfaits que lui ont apporté la toile et son smartphone : il a fait d'immenses progrès en anglais en regardant des stand-uppers new-yorkais. Il a appris le piano en quelques semaines grâce à YouTube. Il regarde même des petites capsules vidéo, fort bien faites, abordant certains problèmes de maths... Il n'a pas tort, sauf quand il poursuit en me disant que les jeux vidéo favorisent les réflexes, la mémoire et la prise de décision. Docteur en neurosciences, Michel Desmurget, auteur d'un essai cinglant ( La fabrique du crétin digital, éditions du Seuil) explique que " jouer à Super Mario apprend à jouer à Super Mario, pas à être meilleur en maths ". Il ajoute que la pratique assidue des écrans favorise, entre autres, les troubles de l'attention, du sommeil, l'obésité ou le manque de créativité. Un autre neurologue insiste ; les jeux vidéo sont des outils parfaits pour... rater une année scolaire. Ce n'est pas pour rien que les pontes de la Silicon Valley mettent leurs rejetons dans des écoles sans écrans. C'est une question de culture, et non de moyens financiers. " Compte tenu du fait que les dépenses par élève du primaire et du secondaire ont augmenté de plus de 15 % dans l'ensemble de l'OCDE au cours de la dernière décennie, note le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria, il est décevant de constater que la plupart des pays n'ont pratiquement pas connu d'amélioration de la performance de leurs élèves depuis que Pisa a été mené pour la première fois en 2000. " C'est un euphémisme. Car d'après Pisa, désormais, un élève sur quatre éprouve des difficultés à isoler les idées principales à la lecture d'un document. Et seul un élève sur 10 réussit à distinguer dans un texte ce qui relève de l'opinion de ce qui relève des faits. La génération des milléniaux semble avoir atteint un sommet. La suivante, celle des enfants nés après 2000, affiche un Q.I. en baisse, un tournant historique dans l'humanité. Il semble bien, en effet, que nous soyons en train de fabriquer des " crétins digitaux ". Et les faiseurs de fake news peuvent continuer à s'en donner à coeur joie.