C'est indéniable, les réseaux sociaux créent des dépendances plus ou moins fortes. Les notifications incessantes de Facebook, Twitter, Snapchat,... nous rendent accros comme le ferait une dose de cocaïne. Ces plateformes n'ont, en fait, rien inventé en matière de dépendance psychologue. Elles se basent sur les mécanismes de l'industrie des jeux du hasard pour garder l'utilisateur actif et surtout le faire revenir sans cesse, s'immisçant chaque jour un peu plus dans leur quotidien et leurs habitudes. Ces mécanismes - à l'instar de ceux des machines à sous - sont tellement ancrés qu'ils activent des réactions dans le cerveau semblable à l'effet de la cocaïne. L'utilisateur en arrive même à recevoir des notifications et des appels 'fantômes' quand il pense que son téléphone vibre alors qu'il n'en est rien.
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C'est indéniable, les réseaux sociaux créent des dépendances plus ou moins fortes. Les notifications incessantes de Facebook, Twitter, Snapchat,... nous rendent accros comme le ferait une dose de cocaïne. Ces plateformes n'ont, en fait, rien inventé en matière de dépendance psychologue. Elles se basent sur les mécanismes de l'industrie des jeux du hasard pour garder l'utilisateur actif et surtout le faire revenir sans cesse, s'immisçant chaque jour un peu plus dans leur quotidien et leurs habitudes. Ces mécanismes - à l'instar de ceux des machines à sous - sont tellement ancrés qu'ils activent des réactions dans le cerveau semblable à l'effet de la cocaïne. L'utilisateur en arrive même à recevoir des notifications et des appels 'fantômes' quand il pense que son téléphone vibre alors qu'il n'en est rien."Facebook, Twitter et les autres sociétés utilisent des méthodes similaires à celles des jeux de hasard afin de garder leurs utilisateurs en ligne", explique au Guardian Natasha Schüll, de l'Université de New York, auteure de l'ouvrage 'Addiction by Design'*, qui investigue la manière dont les machines à sous sont conçues pour enfermer l'utilisateur dans un cycle addictif. "Dans l'économie en ligne, les gains sont de façon continue au centre de l'attention, mesurée en clics et en temps passé sur le réseau." Que ce soit lors de discussions avec un ami sur Snapchat ou en "scrollant" à l'infini des photos et des informations sur Facebook ou même en jouant à Candy Crush, explique Schüll, on est noyé dans des "boucles ludiques" ('Ludic Loops' en anglais), ou des cercles incessants d'incertitude, d'anticipation et de retour en arrière. Les récompenses que l'on en récolte sont suffisantes pour que l'on continue à "jouer". "Lorsque vous vous déconnectez, vous vous retrouvez mitraillés de petits messages ou de bonus offertsen vue de retrouver votre attention et vous faire replonger", ajoute Schüll. "Nous devons commencer à reconnaître les coûts du temps passé sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas simplement un jeu, cela nous touche au niveau financier, physique et émotionnel ", alerte la chercheuse américaine. Même son de cloche de la part de Tristan Harris, ancien "Design Ethicist" (Philosophe Produit) chez Google. Pendant trois ans, il a travaillé au sein du géant du web, à développer un système qui permettrait de diriger de manière éthique les pensées et les actions de milliards de personnes rivées sur leurs écrans. "Les mécanismes de mises à jour continues et les fils d'info qui défilent à l'infini sont de façon troublante similaires à ceux des machines à sous", explique celui qui a quitté Google en 2016 pour travailler à temps plein pour l'association à but non lucratif Time Well Spent, un "label de qualité" destiné à récompenser les technologies qui respectent les choix et le temps disponible de leurs utilisateurs, sans chercher à les distraire ou capturer leur attention par des moyens discutables. Sa philosophie numérique a d'ailleurs été adoptée en 2018 par Mark Zuckerberg. "Vous tirez sur une manette et vous recevez immédiatement soit une belle récompense, soit rien" écrit Harris. Nous ne pouvons donc pas savoir pas quand nous serons récompensés et le plus souvent, nous ne recevons rien de gratifiant ou d'intéressant, comme aux jeux du hasard. Mais c'est justement cela qui nous fait revenir sans cesse. "Ces récompenses sont ce que les psychologues appellent des 'apprentissages par conditionnement'.C'est la clé pour créer des utilisateurs de réseaux sociaux qui vérifient sans cesse leurs écrans", explique le docteur Mark Griffiths, professeur en dépendance comportementale et directeur de l'International Gaming Research Unit. Et tout comme les jeux du hasard altèrent la structure du cerveau en rendant les gens plus enclins à tomber en dépression ou à souffrir d'anxiété, l'utilisation intensive des réseaux sociaux est liée à des cas de dépression. Son effet psychologique néfaste ne doit pas être sous-estimé, met en garde ce spécialiste. Par exemple, explique-t-il, la dépendance à notre smartphone, créée par un usage trop intensif des réseaux sociaux peut nous faire croire que notre téléphone vibre ou que nous avons reçu un message alors que ce n'est pas le cas. "Les appels et les notifications fantômes sont liés à notre forte envie de recevoir de tels signaux", rempile le professeur Daniel Kruger, expert en comportement humain à l'université du Michigan. "Ces messages des réseaux sociaux peuvent activer les mêmes mécanismes dans le cerveau que ceux produits par la cocaïne". Il ajoute : "Des équipes entières sont occupées à mettre sur pied un système qui nous rendrait aussi dépendants que possible. Ils nous veulent de façon permanente connectés et en nous bombardant de messages et de stimuli essaient de nous rediriger vers leur app' et leur site internet." Les experts de la Silicon Valley avaient déjà averti que notre cerveau pouvait être "piraté" et que les réseaux sociaux nous rendaient dépendants de nos téléphones. Certains gourous du Web interdisent d'ailleurs à leurs propres enfants de s'y inscrire, conscients des dommages qu'ils peuvent causer sur leur jeune cerveau. Malgré ces avertissements et les études inquiétantes à ce sujet, le nombre d'utilisateurs mensuels actifs sur Facebook a pourtant atteint 2.13 milliards en début d'année, en augmentation de 14% par rapport à l'année dernière. Et malgré ses déboires suite à la fuite de données de plusieurs millions d'utilisateurs, Facebook a présenté des résultats record pour le premier trimestre 2018. Le chiffre d'affaires trimestriel a bondi de 47 % à 13 milliards, là aussi meilleur qu'attendu, de même que le CA annuel, qui atteint 40,6 milliards (+ 47 % également). La raison principale : Facebook est tellement ancré dans notre quotidien que nous pouvons difficilement nous en passer. *ADDICTION BY DESIGN: Machine Gambling in Las Vegas (Princeton University Press 2012).