A Novato, le long de la Highway 101 qui remonte de San Francisco vers le nord en passant par le célèbre Golden Gate Bridge, à 50 kilomètre du financial district de la ville, se dresse un imposant bâtiment blanc aux formes arrondies. Dans l'immense entrée vitrée de la réception, le slogan " Live better longer " accueille le visiteur qui a montré patte blanche. Nous sommes au Buck Institute, un institut de recherche qui s'est fixé pour mission de comprendre les phénomènes liés au vieillissement et, in fine, de trouver des méthodes pour le ralentir, voire carrément... rallonger la durée de la vie. " L'Institut a commencé ses activités en 1999 et a joué un vrai rôle de pionnier dans ce nouveau domaine de recherche ", lance fièrement le Belge Eric Verdin, CEO du Buck Institute depuis 2016. Ce Liégeois d'origine a obtenu chez nous son doctorat en médecine, qu'il a complété par une formation en recherche à la Harvard Medical School. Ses compétences l'ont amené à diriger ce centre qui compte quelques 230 chercheurs.
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A Novato, le long de la Highway 101 qui remonte de San Francisco vers le nord en passant par le célèbre Golden Gate Bridge, à 50 kilomètre du financial district de la ville, se dresse un imposant bâtiment blanc aux formes arrondies. Dans l'immense entrée vitrée de la réception, le slogan " Live better longer " accueille le visiteur qui a montré patte blanche. Nous sommes au Buck Institute, un institut de recherche qui s'est fixé pour mission de comprendre les phénomènes liés au vieillissement et, in fine, de trouver des méthodes pour le ralentir, voire carrément... rallonger la durée de la vie. " L'Institut a commencé ses activités en 1999 et a joué un vrai rôle de pionnier dans ce nouveau domaine de recherche ", lance fièrement le Belge Eric Verdin, CEO du Buck Institute depuis 2016. Ce Liégeois d'origine a obtenu chez nous son doctorat en médecine, qu'il a complété par une formation en recherche à la Harvard Medical School. Ses compétences l'ont amené à diriger ce centre qui compte quelques 230 chercheurs. " Il y a une trentaine d'années, on a appris que chacune de nos cellules avait des capacités régénératrices qui pouvaient être activées, détaille d'emblée Eric Verdin. Il faut en effet savoir que d'un point de vue cellulaire, aucun de nous n'est la même personne qu'il y a 15 ans. Nos cellules se divisent, meurent, elles sont réparées, remplacées. Trois labos différents ont également découvert que des gènes contrôlaient le vieillissement et que certaines mutations de gènes n'étaient pas synonyme de maladie mais, au contraire, pouvaient augmenter l'espérance de vie. Des expériences ont été menées sur un type de ver ou sur la drosophile et les résultats ont été surprenants. On a par exemple augmenté l'espérance de vie du petit ver d'un facteur 10. Donc on a réussi à le faire vivre 200 jours plutôt que... 21. Cela a surpris les observateurs. De là vient l'idée que l'espérance de vie humaine peut être potentiellement augmentée. " Dans la région de San Francisco, cette thèse n'a d'ailleurs plus rien de farfelu. Ils sont nombreux, parmi les grands patrons de la tech, à vouloir combattre la mort. En 2013, Google a largement marqué les esprits en annonçant le lancement de sa spin-off Calico dont l'objectif très clairement avoué est d'augmenter l'espérance de vie de 20 années d'ici 2035. Le patron d'Oracle, Larry Ellison, a lui, pendant plusieurs années, consacré une partie de sa fortune à une fondation dont le principal objet était de lutter contre le vieillissement. Fondé en 1999, le Buck Institute a longtemps concentré ses recherches sur les animaux. Ce n'est que plus récemment que le recul de la mort humaine y est devenu un véritable enjeu. Il faut dire que le marché de l' anti-aging, comme l'appellent les Américains, s'annonce gigantesque. Qui refuserait de vivre plus longtemps, du moins si l'on demeure en bonne santé ? Ce point est fondamental dans la démarche, soutient Eric Verdin : " On pense souvent que la vieillesse est synonyme de maladies. Mais, ce que nous menons ici comme recherches a bien sûr pour but de permettre de vieillir en bonne santé. Nous travaillons donc à trouver des solutions à toutes les maladies liées au vieillissement. " A cette fin, le Buck et ses 230 chercheurs, dont 20 professeurs, bénéficient d'un budget annuel de 44 millions de dollars. La moitié, environ, provient du gouvernement américain, tandis que le reste est partagé, notamment, entre du corporate sponsorship de business development et des donations philanthropiques de riches Américains. Parmi eux, on trouve par exemple la femme de Sergey Brin, cofondateur de Google ! Et l'intention du CEO belge du Buck est de faire sensiblement augmenter ce budget dans les années à venir. " Mon objectif est de doubler la taille du Buck Institute, précise Eric Verdin. Nous sommes déjà le plus gros institut non-profit du monde dans le domaine du vieillissement. Mais j'ai l'ambition de faire du Buck un incontournable absolu et de passer à 500 personnes dans 10 ans. " Voilà pourquoi l'institut cherche à allonger la longue liste de donateurs qui s'affiche sur de grands panneaux de verre dans l'entrée de ses trois bâtiments. L'intérêt serait grand, à en croire le CEO. " Notre liste de donateurs est en croissance constante ". Et les perspectives se révèlent gigantesques : d'après certaines études, le marché de l'anti-âge devrait atteindre 66 milliards de dollars au niveau mondial d'ici 2023. Et ce, en tenant compte essentiellement des produits de " beauté " - on ne parle même pas du secteur des médicaments proprement dit. En réalité, les évaluations de ce marché sont très difficiles et particulièrement variées. Ce qui est certain, c'est qu'il se chiffre en milliards de dollars à travers la planète. " Le vieillissement affecte tout le monde, remarque Eric Verdin. Donc excite tout le monde aussi. " Ce marché, le Buck compte bien en capter une petite part à côté des géants de la pharma, des start-up, etc. En effet, la recherche scientifique menée par l'institut n'a pas pour seule vocation de générer des articles à destination de publications spécialisées, aussi réputées soient-elles. A terme, elle doit mener au développement de solutions médicales, telles que des médicaments par exemple, qui ralentiront le vieillissement et allongeront la durée de vie de l'être humain. A cette fin, le Buck Institute commence à lancer une série de start-up chargées de mener les résultats des labos sur le terrain commercial. L'une des plus avancées s'appelle Unity Biotechnology. Elle se concentre sur le développement de molécules en vue d'empêcher l'arthrose du genou. La spin-off a successivement levé 170 millions de dollars et a été introduite en Bourse, sur le Nasdaq, en mai 2018, atteignant à l'époque une capitalisation de 700 millions de dollars ! Au total, le Buck a déjà mis sur pied pas moins de quatre entreprises et est parvenu à attirer parmi leurs investisseurs quelques grands noms, dont notamment la famille de Jeff Bezos, le fondateur et emblématique patron d'Amazon. L'institut ne réalise jamais d'apport en cash dans ces spin-off qui se créent sur ses recherches ou via des partenariats, et ne peut posséder plus de 20% de chacune d'elles. Mais même s'il ne dispose pas de parts importantes, il compte bénéficier, à terme, de retombées sur les différents produits qui en sortiraient. En cas de succès, inutile de préciser que ces royalties tomberaient par millions et permettraient d'augmenter le rythme de recherche et soutenir la vision d'Eric Verdin et du Buck : vous faire vivre mieux et plus longtemps.