Les grandes manoeuvres ont débuté. L'objectif stratégique des forces en présence: redessiner la carte des télécoms en Belgique et, surtout, conquérir de nouvelles parcelles de rentabilité. Au centre du champ de bataille: l'opérateur VOO, marque du groupe Nethys - lui-même dans la ligne de mire du gouvernement wallon - qui pourrait céder prochainement son pôle télécoms et médias.
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Les grandes manoeuvres ont débuté. L'objectif stratégique des forces en présence: redessiner la carte des télécoms en Belgique et, surtout, conquérir de nouvelles parcelles de rentabilité. Au centre du champ de bataille: l'opérateur VOO, marque du groupe Nethys - lui-même dans la ligne de mire du gouvernement wallon - qui pourrait céder prochainement son pôle télécoms et médias. Les troupes sont aux aguets. D'une part, Orange Belgium qui peut compter sur la force de frappe financière de sa maison mère française (41 milliards de chiffre d'affaires en 2017) pour enfin transformer son business téléphonique sur le marché belge en une véritable offre quadruple play (télévision, Internet, téléphonie fixe et téléphonie mobile). D'autre part, l'opérateur flamand Telenet (2,5 milliards de chiffre d'affaires en 2017) - le grand concurrent de Proximus et de VOO sur le marché des télécoms - dont le CEO John Porter n'a jamais caché ses ambitions d'étendre son réseau en Wallonie. En tant que filiale du géant américain du câble Liberty Global (environ 15 milliards de chiffre d'affaires), Telenet dispose d'une solide assise financière qui lui a d'ailleurs permis de racheter Base - le troisième opérateur de téléphonie mobile en Belgique - pour 1,3 milliard d'euros en 2016. Ambitieuse, la société flamande rêve aujourd'hui de mettre la main sur VOO pour disposer enfin d'une offre quadruple play de dimension véritablement nationale. Certes, aucun des deux " belligérants " n'a encore déposé d'offre formelle pour reprendre VOO dans son portefeuille, mais l'agitation en coulisse laisse présager l'affrontement imminent, d'autant plus qu'Orange Belgium s'est fendu d'un communiqué, confirmant " avoir officiellement fait part aux sociétés Nethys et Brutélé de son intérêt pour un projet industriel " ( sic), ajoutant qu'" un tel rapprochement pourrait conduire à la création d'un opérateur télécom national convergent avec un ancrage fort en Wallonie et à Bruxelles (...) et créerait une saine concurrence structurelle entre trois acteurs convergents sur le marché belge, au bénéfice des consommateurs ". Bref, un " partenariat " avant de passer à la vitesse supérieure, c'est-à-dire l'achat proprement dit. Sur le papier, le scénario se tient, mais encore faut-il que Telenet assiste à l'annexion sans broncher. Valorisée 1,5 milliard d'euros par le Credit Suisse (en y incluant le réseau de Brutélé), la marque VOO est en effet à la portée financière de la filiale belge de Liberty Global qui pourrait mobiliser sa réserve de cash pour l'occasion et souscrire raisonnablement un emprunt bancaire. Hasard du destin : Jos Donvil, l'actuel patron de VOO qui est aussi administrateur délégué des Editions de l'Avenir (autre propriété de Nethys), fut CEO de Base de 2012 à 2016, année où il a finalisé la revente de l'opérateur mobile à... Telenet. Début février, Nethys et Telenet ont d'ailleurs signé un accord de partenariat pour faire passer les clients de VOO Mobile du réseau d'Orange Belgium à celui de Base (Telenet) pour une durée de cinq ans. En coulisse, on chuchote que ce rapprochement pourrait ouvrir d'autres voies beaucoup plus ambitieuses, sous l'expertise de Jos Donvil...