Muni d'une batte de baseball, nous nous acharnons sur des bouteilles et des assiettes, avant de faire volet en éclats un ordinateur à coup de masse. Un matériel réduit en miettes sous l'oeil bienveillant de Frédéric Dubois, le propriétaire des lieux. Mi-avril, ce serial entrepreneur a ouvert la première rage room de Bruxelles : The Rage Space. Une pièce où exprimer sa colère, ses frustrations, ou combattre son stress et ses angoisses. Originaires du Japon, ces rage rooms ont éclos un peu partout dans le monde. The Rage Space est la seconde du genre en Belgique (une première existe à Bruges). A côté des trois salles dédiées à laisser échapper sa colère, une petite pièce à la lumière tamisée, munie de fauteuils et d'un écran où crépite un feu de bois, permet de se détendre. Une dernière salle permet aux participants de laisser libre cours à leur créativité sur base des fragments de leur session.

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Dans le hall, un imposant photocopieur, une série d'écrans, et un bric-à-brac de bouteilles et de meubles attendent d'être détruits. " Notre mission est de prolonger la vie de ces articles ", explique Frédéric Dubois. Des millions d'objets électroniques, qui ne sont plus en état de fonctionner, dorment dans les ménages et les entreprises. " Utilisons ces objets qui sont destinés à la casse pour contribuer au bien-être de certaines personnes ", poursuit l'entrepreneur. La start-up récupère donc ça et là chez les particuliers et les sociétés ces objets destinés à la décharge. Elle a également passé des accords avec des restaurants pour récupérer des bouteilles en verre.

Dans un coin de la pièce, bouteilles, assiettes, et ordinateur sont à présent réduits en une multitude de morceaux. Que faire de ces fragments ? Frédéric Dubois l'assure : ils sont triés par ses soins, puis pris en charge par la société Renewi pour partir ensuite au recyclage.

Après un mois et demi, The Rage Space a déjà pu convaincre une petite centaine de clients, essentiellement des particuliers. Comptez entre 20 à 150 euros pour un " vent de colère " de 15 à 30 minutes, suivant le nombre de participants et le nombre d'objets à réduire en miettes. Frédéric Dubois fait aussi le pari de convaincre de plus en plus d'entreprises d'opter pour ses packs de 10, 20 ou 50 séances à offrir à leurs employés, ou d'organiser un team building.

Frédéric Dubois, propriétaire de la première " rage room " de Bruxelles © PG

Rentable en six mois ?

Frédéric Dubois n'en n'est pas à sa première boîte. Après avoir fait ses armes dans la vente et le marketing chez Philip Morris dans les années 1990, il fonde ensuite la société Eureca Mobile, qui commercialise un outil de gestion de flotte, en 2001. Via cette société, il s'inspire du marché américain en lançant les funny bands en 2010. Ces petits bracelets multicolores en silicone font fureur, cette année-là, dans les cours d'école. En 2015, un an après avoir revendu Eureca Mobile, il cofonde la start-up Pixglass, qui installe des miroirs munis de tablettes connectées dans les magasins. Un concept qui plaît aux retailers, mais qui n'accroche pas leurs clients.

Avec The Rage Space, l'entrepreneur espère prouver la rentabilité de son projet d'ici six mois. Actionnaire unique, il n'exclut pas d'ouvrir prochainement le capital de sa société. Objectif : développer davantage ce concept en ouvrant d'autres salles, en mains propres ou en franchise. Voire en proposant des rage rooms mobiles, que la start-up installerait sur le parking d'une entreprise pour un team building. Frédéric Dubois envisage même d'installer des salles permanentes dans les sociétés, si la demande est au rendez-vous.

495 euros

The Rage Space propose des packs de 10, 20 ou 50 sessions aux entreprises qui souhaiteraient offrir cette expérience à leurs employés, pour un prix allant de 495 à 2.100 euros.