L'objectif de Telegram est de créer un produit plus facile d'accès que les cryptomonnaies actuelles, comme le Bitcoin, qui fédèrent essentiellement un public d'initiés.

Dans un document ayant fuité l'an passé, la messagerie créée par le russe Pavel Dourov affirmait vouloir créer plus qu'une monnaie.

Son réseau TON (Telegram Open Network), reposant sur la technologie blockchain, devrait créer tout un système de paiement sécurisé et rapide se voulant "une alternative à Visa et Mastercard pour une nouvelle économie décentralisée".

Pour cela, Telegram a recueilli la somme record de 1,7 milliard de dollars auprès de 200 investisseurs privés, lors d'une levée de fonds massive en cryptomonnaies (ICO) effectuée en deux fois.

Le succès à été tel que la messagerie a annulé l'organisation d'une levée de fonds publique, imposant aux investisseurs non triés sur le volet d'attendre le lancement officiel du "Gram" pour pouvoir se procurer la nouvelle cryptomonnaie, qu'ils auraient pu commencer à acquérir au moment de la levée de fonds.

"Accord de confidentialité"

Telegram ne s'étant jamais exprimé sur le sujet, les informations filtrent au compte-goutte via les investisseurs, situés notamment aux Etats-Unis, en Asie et en Russie.

"Ils sont liés par un accord de confidentialité", a déclaré à l'AFP une source proche des milieux économiques de Moscou, affirmant connaître personnellement "au moins un banquier de premier plan et un homme d'affaires de la liste Forbes Russie", qui compile les hommes les plus riches du pays, parmi les investisseurs.

"On ne pouvait investir que sur invitation, beaucoup de gens voulaient y participer", ajoute cette source.

Selon le quotidien économique russe Vedomosti, Telegram commencera ainsi à tester son projet TON dès le 1er septembre, mettant en accès public du code et des instructions pour créer un "noeud" et devenir ainsi un acteur du réseau.

Les premiers Gram devraient être mis en circulation d'ici deux mois, selon le New York Times, qui cite anonymement des investisseurs. Soit avant la cryptomonnaie Libra, que Facebook espère mettre en circulation au cours du premier semestre 2020. C'est que le temps presse: selon la presse spécialisée, Telegram s'est engagé à remettre les Grams aux investisseurs d'ici le 31 octobre, ou à leur rendre l'argent.

"Facebook comme Telegram voient bien qu'il y a un espace à prendre: permettre aux gens d'échanger via internet des petits montants, sans passer par de la monnaie fiduciaire, des opérations bancaires ou des applications", affirme à l'AFP Manuel Valente. "Cela va renforcer les craintes des Etats nations sur leur perte d'influence", ajoute le directeur analyse et stratégie de Coinhouse, qui propose au grand public des outils pour investir dans des cryptomonnaies.

A ce petit jeu, les services de messageries, comme Telegram ou Facebook avec WhatsApp, ont beaucoup à gagner. Selon un rapport d'Aton, un des principaux fonds d'investissement russe, "les cryptomonnaies qui auront du succès sont celles qui feront partie intégrante de l'écosystème de messagerie d'un réseau social existant".

- Risques pour le système financier international -

Un réseau d'utilisateurs important, à l'instar des 250 millions estimés de Telegram, permettrait "d'accroître l'acceptation de la cryptomonnaie auprès du grand public", ajoute Aton, selon qui des produits comme Gram ou Libra pourraient ainsi "littéralement introduire la cryptomonnaie dans chaque ménage".

Reste un écueil soulevé par Aton: une cryptomonnaie qui fonctionne devra être en "parfaite conformité avec la réglementation en vigueur".

Lors du sommet du G7 Finances en juillet à Chantilly, près de Paris, les ministres et banquiers centraux des pays membres avaient alerté sur les risques pour le système financier international de ces projets ambitieux de monnaie numérique.

La messagerie Telegram, créée en 2013 par les frères russes Nikolaï et Pavel Dourov, est avant tout connue pour sa capacité à protéger et anonymiser les échanges. Son utilisation par les mouvements jihadistes a régulièrement suscité la polémique.

Organisation à but non lucratif, Telegram est basée sur des logiciels en "open source", c'est-à-dire libres de droits et accessibles à tous afin d'en améliorer le programme, et rejette tout type de contrôle sur son fonctionnement et sa gouvernance.