Start-up : l'enfer enchanté

30/03/17 à 12:29 - Mise à jour à 12:31

Source: Arte

Avec " Bienvenue dans le nouveau monde ", Mathilde Ramadier raconte son expérience au sein de l'univers " cool " des start-ups. " Infantilisation ", " tâches vides de sens ", " salaires dérisoires "... Un portrait grinçant.

Start-up : l'enfer enchanté

© Getty Images/iStockphoto

Si l'"expérience start-up" fait rêver, Mathilde Ramadier pourrait bien en faire réfléchir plus d'un. La jeune femme de 29 ans, auteure du récent "Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j'ai survécu à la coolitude des start-ups", lance un signal d'alarme. Elle y raconte ses quatre années de calvaire au service de ces jeunes entreprises, nouvel eldorado de la génération Y. "Idéologie totalitaire", "faibles rémunérations", "CDI inexistants"... La jeune femme dépeint un envers du décor peu élogieux. Si certains, à l'image d'Uber, sont aujourd'hui pointés du doigt pour leurs conditions de travail jugées "indignes", d'autres continuent leur aventure dans le silence.

La Française Mathilde Ramadier, plusieurs diplômes en poche, arrive à Berlin en 2011, véritable lieu de culte des start-ups. L'an dernier, ce n'est pas moins de 220 jeunes pousses berlinoises qui levaient des fonds. Elle se tourne vers cet univers à la fois "cool" et "jeune" et plutôt attrayant. Elle commence à travailler pour The Base (NDLR : les noms ont été modifiés dans le livre), et se voit attribuer un "welcome kit" (un PDF d'information, lui donnant un avant-goût de l'esprit de l'entreprise). S'ensuit alors une aventure au sein d'une douzaine de start-ups. "C'était la tyrannie du bonheur", témoigne-t-elle sur le plateau de 28 Minutes, "on est sélectionné parmi les élus pour être les "héros" de cette nouvelle aventure, alors qu'en réalité, c'est un travail de petites mains, un travail à la chaîne en quelque sorte."

Engagée en tant que Content Manager (responsable des contenus), elle traduit, écrit des textes, s'occupe de la communication et du marketing, jusqu'au "bore-out" (inverse du burn-out, où l'ennui au travail mène à la dépression). Nouveau "mal" de l'époque, les "bullshit jobs" fleurissent dans cet univers tout en couleur : "responsable du bonheur", "consultant en concertation", "réparateur de bonheur" (responsable du service client)... Des métiers vides de sens et qui ne servent à rien. "On est tous des managers ", indique pourtant Mathilde.

Elle enchaîne les expériences et les missions qui, pourtant, n'aboutissent à aucun CDI : " mon plus long contrat était un CDD de six mois". Le salaire ne suit pas non plus, les postes sont souvent mal rémunérés. La jeune Française décrit "l'idéologie start-up", consistant à vouloir à tout prix changer le monde et aboutissant par conséquent à la mise en place d'un "asservissement de l'individu". Pour pallier ce problème, le lieu de travail laisse place à un environnement "infantilisant", dominé par des sourires, des jeux et des bonbons. Des gadgets "inutiles", selon elle. L'absence de hiérarchie ne serait enfin qu'un mythe, elle avoue avoir été "fliquée" en permanence. Le tout, dans un univers "féroce", "compétitif" et "cynique". "Beaucoup de gens rentrent dans le moule et incarne cette pensée, ils y croient vraiment... ", remarque-t-elle.

Quand la journaliste lui demande pourquoi cette fascination pour cette nouvelle économie, l'écrivain réplique : "ils ne savent pas ce qu'ils se passent derrière, et j'espère que d'autres voix après moi vont s'élever ".

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