Apparu sur la scène marketing il y a quelques années déjà, le mot-valise " phygital " marie audacieusement le ressenti physique et la dimension digitale d'une même expérience client. En Belgique, la société Sharingbox a fait de cette dimension " phygitale " l'essentiel de son fonds de commerce et est devenue, en très peu de temps, le leader européen de la borne photo numérique.
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Apparu sur la scène marketing il y a quelques années déjà, le mot-valise " phygital " marie audacieusement le ressenti physique et la dimension digitale d'une même expérience client. En Belgique, la société Sharingbox a fait de cette dimension " phygitale " l'essentiel de son fonds de commerce et est devenue, en très peu de temps, le leader européen de la borne photo numérique. Fondée en 2012 par Sidney Valenta et Marc Elkiner, cette jeune pousse bruxelloise a en effet débuté dans le monde de l'événementiel en plaçant ses " photomatons 2.0 " dans les mariages et les salons professionnels. Concrètement, la Sharingbox est un dispositif high-tech doté d'un écran tactile et d'un appareil photo professionnel qui prend des clichés, les imprime éventuellement avec un message ou un logo intégré, et les envoie surtout en format numérique à l'adresse mail renseignée par les " modèles " en quête de jolis souvenirs. " Quand nous avons lancé notre société, le mot selfie n'existait pas, rappelle le cofondateur Sidney Valenta. Bien sûr, il y avait déjà des bornes photos et nous n'avons rien inventé à ce niveau-là, mais la façon dont nous avons attaqué le marché était tout à fait innovante. Nous avons mené une véritable réflexion stratégique et aujourd'hui encore, nous nous présentons avant tout comme un outil marketing qui se veut disruptif. " Contre toute attente, l'explosion du selfie - désigné mot de l'année en 2013 par les prestigieux Dictionnaires d'Oxford - n'a pas altéré le business model naissant de Sharingbox et de ses concurrents. Bien au contraire. A l'inverse de la photo prise par un individu lambda avec son smartphone, le service proposé par les spécialistes de la borne photo numérique met en scène une véritable expérience avec, au choix, des décors originaux, des éléments graphiques, des options numériques (gifs, animations vidéos, etc.) et, surtout, l'association du mannequin d'un jour à une marque qu'il apprécie et/ou à un événement qui se veut unique. C'est l'implacable côté " j'y étais " avec un cliché directement imprimé sur place et/ou envoyé dans la boîte mail du " modèle improvisé " qui pourra le partager instantanément sur les réseaux sociaux. Bref, pour paraphraser l'écrivain Frédéric Beigbeder dans son dernier roman Une vie sans fin, le selfie - ici réinventé - est " le langage nouveau d'une époque narcissique " : le cogito cartésien " Je pense donc je suis " devient " Je pose donc je suis " et il n'est pas étonnant, dès lors, que les marques s'engouffrent avec gourmandise dans ce nouveau filon de l'ego sublimé pour mieux s'inviter sur Facebook, Twitter et autre Instagram. Déployant ses outils au service des marques, Sharingbox a bâti sa réputation sur ce marketing ludique et a réussi à construire, en un temps record, une belle success story. De 340.000 euros en 2013, le chiffre d'affaires de l'entreprise a bondi à près de 2,5 millions l'année suivante, avant de dépasser le cap de 10 millions en 2016 et d'atteindre aujourd'hui les 16 millions pour le dernier exercice affiché. Ces bons résultats s'expliquent non seulement par la diversification des activités de la société belge, mais surtout par son expansion géographique assez spectaculaire. Présente aujourd'hui dans 22 pays, Sharingbox a séduit de nombreux clients d'envergure internationale (Coca-Cola, Dior, Nespresso, Adidas, Heineken, Netflix, Burberry, etc.) et compte aujourd'hui 127 employés et autant de collaborateurs si l'on prend en compte le réseau de distributeurs indépendants. " Nous possédons nos propres bureaux dans plusieurs pays européens (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Suisse, etc.), mais aussi en Israël et aux Etats-Unis, et pour le reste nous travaillons avec des distributeurs répartis sur une dizaine d'autres marchés en Afrique du Nord et en Amérique latine, explique Sidney Valenta. Nous possédons près d'un millier de bornes qui prennent 22 millions de photos par an et nous nous présentons comme une vraie boîte high-tech car tout est développé en interne, le hardware comme le software. " Au-delà de la technologie proprement dite, c'est surtout la valeur ajoutée en termes de data qui fait aujourd'hui la force de Sharingbox auprès des marques. Grâce aux adresses électroniques récoltées dans ses expériences " phygitales ", la société belge peut en effet satisfaire les objectifs marketing de n'importe quelle campagne, c'est-à-dire collecter les données de clients potentiels, booster la présence d'une marque sur les réseaux sociaux, augmenter le trafic sur le site internet de cette même marque et même dans ses points de vente réels par le biais d'actions spécifiques, et, enfin, disposer de vrais " ambassadeurs " fiers de poser avec tel ou tel produit mis en scène. " Aujourd'hui, le photomarketing est devenu une évidence, enchaîne le cofondateur de Sharingbox, et nous sommes d'autant plus confiants que le récent changement d'algorithme de Facebook ( qui favorise désormais les publications des individus au détriment de celles des marques, Ndlr) renforce notre business model. Pour nous, c'est du pain bénit car ce sont les utilisateurs qui partagent eux-mêmes notre contenu lié aux marques sur les réseaux sociaux. " Fort de son expérience acquise auprès des marques dans l'événementiel, Sharingbox a décidé d'ajouter une corde à son arc commercial et de bousculer aujourd'hui le monde de l'affichage digital.Ambitieuse, la société vient ainsi de lancer son propre réseau "phygital", à savoir une centaine de bornes placées dans des lieux publics en Belgique (bars, théâtres, restaurants, salles de sport...) où les annonceurs peuvent facilement activer une campagne. Mis gratuitement à la disposition du propriétaire des lieux, l'outil installé par la régie Sharingbox Media propose ainsi aux clients de passage de poser devant l'appareil et de recevoir gracieusement, dans leur boîte mail, la photo qui immortalise un moment généralement festif. La photo finale est " brandée " aux couleurs de l'annonceur qui paie non seulement pour occuper cet espace inédit, mais surtout pour recevoir les précieuses données de ces modèles qui se sont momentanément associés à sa marque. " Nous avons déployé ce nouveau réseau en phase test il y a quelques mois déjà et, aujourd'hui, nous pouvons donner des statistiques précises aux annonceurs grâce aux données récoltées sur les bornes, mais aussi grâce à un logiciel de reconnaissance faciale qui nous permet de mieux cibler une campagne par rapport à l'âge ou au sexe du public majoritaire dans tel ou tel endroit, détaille Sidney Valenta. Notre outil permet aussi de fournir une analyse très poussée sur les résultats concrets d'une campagne, avec le nombre de photos prises, le taux d'ouverture d'e-mails (qui n'est jamais inférieur à 60%), le taux de partage sur les réseaux sociaux, etc. Contrairement à ce qui existe sur le marché actuel de l'affichage, nous apportons une solution transparente et disruptive avec des résultats mesurés. " Pour l'instant, 106 bornes photos animent ce nouveau réseau Sharingbox Média avec l'objectif d'atteindre à court terme 150 écrans en Belgique et d'attaquer ensuite, dans les prochains mois, les marchés français et néerlandais avec le même type de service " phygital ".