Les soucis du groupe Volkswagen, nés en septembre avec les révélations sur les moteurs diesels américains truqués, s'aggravent et se simplifient en même temps. Tout dépend de la zone géographique concernée. Aux Etats-Unis, la justice s'est emparée du dossier et attaque le groupe allemand. Avec le risque d'une amende pouvant dépasser 32.000 dollars par véhicule incriminé. L'action parle d'un parc de près de 600.000 véhicules concernés par des dispositifs truquant les tests d'émission polluante d'oxydes d'azote (NOx). La facture pourrait dépasser les 19 milliards de dollars, et ne tient pas compte des dommages que demandent des acheteurs des modèles concernés.
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Les soucis du groupe Volkswagen, nés en septembre avec les révélations sur les moteurs diesels américains truqués, s'aggravent et se simplifient en même temps. Tout dépend de la zone géographique concernée. Aux Etats-Unis, la justice s'est emparée du dossier et attaque le groupe allemand. Avec le risque d'une amende pouvant dépasser 32.000 dollars par véhicule incriminé. L'action parle d'un parc de près de 600.000 véhicules concernés par des dispositifs truquant les tests d'émission polluante d'oxydes d'azote (NOx). La facture pourrait dépasser les 19 milliards de dollars, et ne tient pas compte des dommages que demandent des acheteurs des modèles concernés.Le département américain de la Justice, qui agit au nom de l'EPA (l'agence américaine de l'environnement), s'en tient pour le moment à une procédure civile. Elle porte sur des véhicules diesel 2 litres VW et Audi, et des modèles 3 litres VW, Audi et Porsche. Le droit américain autorise les agences publiques à demander des amendes civiles (civil penalties), donc non pénales, qui n'ont rien à voir avec les dommages constatés. En Europe la situation prend un tour opposé. Le dossier semble s'y dégonfler. Les mesures de mise en conformité, acceptées en décembre par les autorités allemandes, seront appliquées partout dans l'Union européenne à plus de 8 millions de voitures. Elles sont nettement plus modestes que ce qui avait été anticipé par les experts. En effet, les moteurs diesel 1,2 et 2 litres recevront juste une nouvelle version du logiciel gérant le moteur, ce qui prendra moins d'une demi-heure. Et les modèles 1,6 litres recevront en plus un petit accessoire, une petite grille à placer devant le débimètre (l'appareil qui mesure l'arrivée d'air), pour mieux contrôler le mélange air/carburant. Le coût de ces interventions pourrait s'élever entre 100 et 200 euros selon les cas. Les évaluations formulées au début de la crise évoquaient des sommes de 700 à plus de 2000 euros. Selon le Financial Times, le coût total de l'opération pourrait se limiter à 1 milliard d'euros. VW serait parvenu à mettre au point des correctifs à petit prix. "Cette évaluation ne tient sans doute pas compte des éventuels frais des moyens de mobilité qui seront mis à la disposition des clients" précise Jean-Marc Ponteville, porte-parole de l'importateur VW en Belgique, D'Ieteren. Le groupe Volkswagen a provisionné une somme de 6,5 milliards d'euros pour faire face aux conséquences du dieselgate à travers le monde.Les utilisateurs des véhicules concernés (VW, Audi, Skoda, Seat) n'ont pas encore été prévenus en Belgique, mais D'Ieteren se prépare à leur envoyer une lettre pour leur indiquer quand ils seront invités à venir apporter leur voiture. Le calendrier est le suivant : à partir de mars pour les modèles 2 litres, juin pour les 1,2 litre, octobre pour les 1,6 litre, les plus nombreux en Belgique. Le parc concerné représente actuellement 317.000 véhicules. Dans un bonne partie des cas (d'un tiers à la moitié), l'opération sera réalisée au cours d'un entretien ou d'une réparation. D'Ieteren ne prévoit pas d'organisation particulière pour ce rappel, les concessions actuelles suffiront à absorber le travail.Le groupe VW assure que les modifications n'altéreront pas les performances, la consommations et le CO2 émis par les véhicules. C'est un point clef car un écart ouvrirait la porte à d'importants litiges avec les automobilistes et les autorités publiques, qui pourraient réclamer des dommages. "L'administration allemande qui a validé les mesures, le KBA, a constaté qu'elles n'entrainaient pas de changement notable sur les performances des moteurs" dit Jean-Marc Ponteville. On peut s'attendre à ce que cette neutralité soient soigneusement vérifiée par des ONG, des associations d'automobilistes.Notons également qu'un autre dossier VW s'est dégonflé en Europe, celui des indications sur les émissions de CO2. Le groupe avait annoncé le 3 novembre 2015 que 800.000 véhicules avaient été vendus avec des indications peut-être erronées. Une provision de 2 milliards d'euros avait été prise pour faire face aux conséquences de cette mauvaise déclaration. Finalement ce couac ne concerne, selon VW, "que" 36.000 véhicules.Pourquoi le dossier des émissions d'oxydes d'azote prend-il des chemins différents en Europe et aux Etats-Unis ? D'abord parce que les normes ne sont pas les mêmes. L'Europe accepte un niveau plus élevé d'émission d'oxydes d'azote que les Etats-Unis. Les solutions valables en Europe ne sont sans doute pas suffisantes pour que les diesels vendus aux USA soient conformes outre Atlantique. Aucune solution de mise à niveau n'a encore été approuvée par les autorités américaines. Le droit américain est aussi plus coûteux aux entreprises qui enfreignent les règles, avec les amendes punitives et la procédure de class action, inconnue ou peu pratiquée en Europe.L'impact du dieselgate n'est pas encore clair sur les livraisons. Au niveau mondial, elles avaient reculé de 1,7% de janvier à novembre 2015 (9,095 millions de véhicules), mais la baisse semblait plutôt due au recul en Chine ou en Amérique du Sud. Aux Etats-Unis ou en Europe, les livraisons continuaient à augmenter sensiblement (+2,8% en Europe, +1,5% aux USA). Les immatriculations belges indiquent, pour 2015, un recul de la marque VW (-2,69%) mais une nette hausse d'Audi (+8,1%) et de Skoda (+4,41%).