C'était le dernier fait d'armes de Mario Draghi en tant président de la BCE. En septembre, l'institution basée à Francfort décidait d'un paquet de mesures de relance monétaire, avec une nouvelle baisse de taux d'intérêt (à -0,50%) et une relance controversée de ses rachats de dette, à hauteur de 20 milliards d'euros par mois. Cet arsenal a suscité des dissensions, révélées au grand jour, au sein même de la BCE, sans parler des critiques parfois virulentes - surtout en Allemagne - qui ont accusé la BCE de pénaliser les épargnants, dont les économies ne rapporte plus rien vu la faiblesse des taux d'intérêt. "La bonne nouvelle, c'est que la politique monétaire est devenue un sujet tellement populaire que je pourrais bientôt presque donner des interviews à des tabloïds anglais, si cela continue", s'est amusé le gouverneur de la BNB. Plus sérieusement, Pierre Wunsch, qui fait partie des gouverneurs qui ont approuvé la série de mesures de la BCE, estime que cette dernière, face aux critiques, doit "mieux expliquer" ce qu'elle fait. Le gouverneur s'est donc livré à un exercice de pédagogie lors de la présentation du rapport annuel de la BCE. Pierre Wunsch a déroulé une démonstration particulièrement technique justifiant la politique monétaire en zone euro, qui cherche à stimuler une inflation atone et obstinément éloignée de l'objectif de la BCE, c'est-à-dire un niveau de hausse annuelle des prix proche mais en-deça de 2%. "La raison pour laquelle on veut faire remonter l'inflation, c'est que l'on veut disposer à nouveau d'une certaine capacité à stimuler l'économie", résume le gouverneur. Ce qui pourrait s'avérer particulièrement utile en cas de nouvelle récession. La BCE redoute également qu'une inflation qui persisterait à rester faible ne commence à s'auto-alimenter, via les attentes d'inflation, et n'entraîne l'économie européenne sur la voie d'une "japonisation". Soit un cocktail composé d'une faible croissance, d'une inflation basse, voire négative, et des taux au ras des pâquerettes... un scénario que que la BCE veut absolument éviter. À tous prix? Pour Pierre Wunsch, la politique monétaire de la BCE fonctionne et a porté ses fruits en ce qu'elle "est parvenue à soutenir l'économie". En comprimant les taux d'intérêts, elle a en outre offert aux États une certaine marge de man?uvre budgétaire, en diminuant les charges d'intérêt sur leurs dettes. Pour la Belgique, dont les charges d'intérêt représentent désormais 1,9% de son PIB (contre 3,5% en 2012), cela représente une économie de plusieurs milliards d'euros par an. Par contre, les mesures de la BCE n'ont pas encore permis de relever suffisamment l'inflation, concède Pierre Wunsch. "On y croit, c'est dans nos prévisions mais cela n'a pas vraiment été visible ces derniers mois". Cette politique monétaire accommodante impose toutefois une grande vigilance aux autorités prudentielles en raison de l'émergence possible de "bulles" dans certains marchés. Sans aller jusqu'à parler de bulle pour le marché immobilier en Belgique, celui-ci a été très dynamique ces dernières années et a poussé la BNB à montrer à plusieurs reprises le doigt aux banques belges, priées de se montrer plus prudentes dans l'octroi de certains prêts hypothécaires. Cela veut-il dire que la posture des banques centrales est schizophrénique, quand elles appuient à la fois sur l'accélérateur de la politique monétaire et sur le frein, ici et là, de manière ciblée, de la politique prudentielle? "Je ne le crois pas", répond le gouverneur, pour qui rien n'indique à l'heure actuelle que la politique monétaire de la BCE serait devenue contre-productive. (Belga)

C'était le dernier fait d'armes de Mario Draghi en tant président de la BCE. En septembre, l'institution basée à Francfort décidait d'un paquet de mesures de relance monétaire, avec une nouvelle baisse de taux d'intérêt (à -0,50%) et une relance controversée de ses rachats de dette, à hauteur de 20 milliards d'euros par mois. Cet arsenal a suscité des dissensions, révélées au grand jour, au sein même de la BCE, sans parler des critiques parfois virulentes - surtout en Allemagne - qui ont accusé la BCE de pénaliser les épargnants, dont les économies ne rapporte plus rien vu la faiblesse des taux d'intérêt. "La bonne nouvelle, c'est que la politique monétaire est devenue un sujet tellement populaire que je pourrais bientôt presque donner des interviews à des tabloïds anglais, si cela continue", s'est amusé le gouverneur de la BNB. Plus sérieusement, Pierre Wunsch, qui fait partie des gouverneurs qui ont approuvé la série de mesures de la BCE, estime que cette dernière, face aux critiques, doit "mieux expliquer" ce qu'elle fait. Le gouverneur s'est donc livré à un exercice de pédagogie lors de la présentation du rapport annuel de la BCE. Pierre Wunsch a déroulé une démonstration particulièrement technique justifiant la politique monétaire en zone euro, qui cherche à stimuler une inflation atone et obstinément éloignée de l'objectif de la BCE, c'est-à-dire un niveau de hausse annuelle des prix proche mais en-deça de 2%. "La raison pour laquelle on veut faire remonter l'inflation, c'est que l'on veut disposer à nouveau d'une certaine capacité à stimuler l'économie", résume le gouverneur. Ce qui pourrait s'avérer particulièrement utile en cas de nouvelle récession. La BCE redoute également qu'une inflation qui persisterait à rester faible ne commence à s'auto-alimenter, via les attentes d'inflation, et n'entraîne l'économie européenne sur la voie d'une "japonisation". Soit un cocktail composé d'une faible croissance, d'une inflation basse, voire négative, et des taux au ras des pâquerettes... un scénario que que la BCE veut absolument éviter. À tous prix? Pour Pierre Wunsch, la politique monétaire de la BCE fonctionne et a porté ses fruits en ce qu'elle "est parvenue à soutenir l'économie". En comprimant les taux d'intérêts, elle a en outre offert aux États une certaine marge de man?uvre budgétaire, en diminuant les charges d'intérêt sur leurs dettes. Pour la Belgique, dont les charges d'intérêt représentent désormais 1,9% de son PIB (contre 3,5% en 2012), cela représente une économie de plusieurs milliards d'euros par an. Par contre, les mesures de la BCE n'ont pas encore permis de relever suffisamment l'inflation, concède Pierre Wunsch. "On y croit, c'est dans nos prévisions mais cela n'a pas vraiment été visible ces derniers mois". Cette politique monétaire accommodante impose toutefois une grande vigilance aux autorités prudentielles en raison de l'émergence possible de "bulles" dans certains marchés. Sans aller jusqu'à parler de bulle pour le marché immobilier en Belgique, celui-ci a été très dynamique ces dernières années et a poussé la BNB à montrer à plusieurs reprises le doigt aux banques belges, priées de se montrer plus prudentes dans l'octroi de certains prêts hypothécaires. Cela veut-il dire que la posture des banques centrales est schizophrénique, quand elles appuient à la fois sur l'accélérateur de la politique monétaire et sur le frein, ici et là, de manière ciblée, de la politique prudentielle? "Je ne le crois pas", répond le gouverneur, pour qui rien n'indique à l'heure actuelle que la politique monétaire de la BCE serait devenue contre-productive. (Belga)