Elle rêvait, toute petite, de faire du cinéma. Maintenant qu'elle dirige Mouton Cadet, le fournisseur officiel du Festival de Cannes, qui sait si on ne verra pas bientôt Véronique Hombroekx dans les salles obscures ? A défaut de caméras, notre compatriote a passé sa jeunesse à nager. De longues distances dans les lacs et les rivières mais aussi en piscine au point de devenir championne de Belgique de natation. A 18 ans, elle se lance dans des études de diététique.
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Elle rêvait, toute petite, de faire du cinéma. Maintenant qu'elle dirige Mouton Cadet, le fournisseur officiel du Festival de Cannes, qui sait si on ne verra pas bientôt Véronique Hombroekx dans les salles obscures ? A défaut de caméras, notre compatriote a passé sa jeunesse à nager. De longues distances dans les lacs et les rivières mais aussi en piscine au point de devenir championne de Belgique de natation. A 18 ans, elle se lance dans des études de diététique. " Mon graduat en poche, je suis arrivée en licence à l'UCL, se souvient-elle. Et je me suis sincèrement demandé ce que je faisais là. J'étais occupée, pour le compte du professeur Jean-Paul Buts, éminent pédiatre de l'UCL, à analyser l'allergie au lactose chez les jeunes enfants. Mais ce n'était pas moi, cela. Ma chance est venue de GB. La chaîne cherchait à ouvrir un département qualité. A 22 ans, j'ai donc arrêté ma première licence pour aller écrire des cahiers des charges, élaborer des produits et certifier des usines. " En fin de compte, Véronique Hombroekx va rester 13 ans au sein du groupe GIB et y remplir moult fonctions de la qualité aux achats en passant par le category management. " J'y ai, pour la première fois, forcé mon destin, raconte-t-elle. Après la qualité, j'ai eu envie de devenir acheteuse. Et j'ai forcé la porte du bureau de Jean Delvaux, le directeur des achats de l'époque. Quand je lui ai demandé si je pouvais devenir acheteuse, il a fait une drôle de tête et m'a regardée par-dessus ses lunettes perchées sur le bout de son nez : 'Vous ne manquez pas de culot, mademoiselle. Vous commencez lundi mais tout en bas de l'échelle, vous ferez du secrétariat'. Au bout de quelques mois, je gérais déjà l'achat des produits diététiques. J'ai eu de plus en plus de responsabilités et j'ai même essayé le non- alimentaire. " Au bout de 13 ans, cette maman de trois enfants a eu envie de voir ce qui se passait de l'autre côté du miroir. Un changement de paradigme puisqu'en tant qu'acheteur, le fournisseur a toute votre attention. Dans une marque, c'est le consommateur qui est choyé et visé. Un autre coup de téléphone va alors orienter la carrière de la Liégeoise. " Christian Van Besien, directeur général de Douwe Egberts Belgique, cherchait un profil pour faire du marketing. Je suis donc arrivée chez Sara Lee. J'y suis aussi restée 13 ans. Des années de plaisir, de passion et aussi d'apprentissage. Car le groupe a beaucoup investi en moi. Il m'a permis de me former à l'Insead à Fontainebleau et à l'IMD à Lausanne en marketing, stratégie, leadership, general management, etc. J'ai vite grimpé les échelons : direction commerciale et direction générale en Belgique. J'ai ensuite été appelée à rejoindre le fameux Coffee and Tea Board à Utrecht. Et j'ai endossé mes premières responsabilités internationales comme vice-président en charge des ventes globales. Mais je me suis rendu compte que ce qui me passionnait, c'était de gérer les activités au niveau d'un pays : stratégie, finances, motivation d'équipes. J'ai demandé au CEO de redescendre au niveau d'un pays. Il a refusé et je suis partie. " Pour autant, Véronique Hombroekx va rester au niveau international et va même déménager à Zurich. Elle devient, en effet, vice-présidente en charge du développement de la clientèle chez Kraft Foods qui, peu après, deviendra Mondelez International en Europe suite à la scission des activités du groupe. " J'y ai acquis une dimension supplémentaire, raconte-t-elle. Notamment dans la gestion stratégique et des marques. J'ai terminé comme responsable de la région Europe centrale pour tout ce qui concerne le café. " Cinq ans plus tard, en octobre 2015, Véronique Hombroekx va commettre ce qu'elle appelle sa première erreur. Elle va rejoindre le groupe espagnol Campofrio pour devenir la CEO d'Imperial Meat Products, entreprise qui, en Belgique, gère les marques Marcassou, Aoste, Justin Bridou ou encore Weight Watchers. " Ce sont de belles marques, explique-t-elle, et le défi, à l'époque, était séduisant. Il fallait tout repenser. Il n'y avait plus de croissance. Il fallait ressouder les équipes et redonner de la vision et de la stratégie. Alors, oui, nous avons fait de belles choses et j'étais très attachée à cette équipe. Mais plusieurs problèmes sont advenus. D'une part, le manque de vision et de stratégie des personnes au-dessus de moi. Comment voulez-vous guider les équipes de cette manière ? Ensuite, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans les produits. A dire vrai, ils ne me passionnaient pas. Enfin, la filière me posait problème. Je me sentais mal à l'aise vis-à-vis du secteur porcin belge. Je ne suis jamais arrivée à créer de la valeur de façon durable et équitable. " De sa période chez Campofrio, elle se souvient pourtant avec tendresse de la visite du roi Philippe dans l'usine de Marcassou à Champlon pour le 50e anniversaire de la marque. Notre souverain l'a pardonnée de l'avoir obligé à mettre une charlotte sur la tête. " Le courant est bien passé et nous n'avons pas cessé de parler pendant la visite. Quand je l'ai revu dans une réunion avec d'autres chefs d'entreprise, il a obligé le protocole à tout changer pour que je sois assise à côté de lui... " Son arrivée chez Baron Philippe de Rothschild SA (BPDR) sera assez rocambolesque. Avertie qu'un poste de direction y est ouvert, Véronique Hombroekx va remuer ciel et terre pour arriver à ses fins. Qu'importe si chez BPDR, on prétend ne rien savoir et si on ne veut pas lui passer le responsable des ressources humaines. Qu'importe si chez Jouve & Associés, le chasseur de têtes, la short list est déjà définie. Elle finira par avoir son entretien de deux heures avec Philippe Sereys de Rothschild, le petit-fils du fondateur et fils de la baronne Philippine de Rothschild et du sociétaire de la Comédie-Française Jacques Sereys. " Au bout de la rencontre, se souvient-elle, j'ai su que je voulais ce job plus que tout. Même si j'étais une femme, belge de surcroît et si je ne connaissais rien au vin ! J'ai rencontré tous les membres du conseil d'administration. Tout s'est décidé lors d'un petit-déjeuner avec Julien de Beaumarchais de Rothschild, le frère de Philippe. J'ai finalement signé mon contrat le 28 décembre après avoir entamé les démarches en août. J'ai commencé le 22 janvier et depuis, ce n'est que du bonheur. " Bonheur car son chéri, comme elle l'appelle, est originaire de Bordeaux. Bonheur car elle habite désormais sur le bassin d'Arcachon aux Jacquets. Son voisin n'est autre que Joël Dupuch, le plus célèbre ostréiculteur de France depuis son passage dans le film Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet. Bonheur de pouvoir dépoussiérer Mouton Cadet, une marque historique créée en 1930. Mais au fait, pourquoi croit-elle avoir été engagée ? Sébastien Trezeux, le directeur marketing de BPDR, répond avant elle : " Véronique est le premier recrutement effectué par Philippe Sereys lui-même. Il a clairement voulu imposer sa vision en engageant quelqu'un de différent ". " Il a pris un risque, reconnaît Véronique Hombroekx, mais je crois qu'il est content ( rires). Pourquoi m'engager ? Pour ma vaste expérience en marketing, au commercial et dans la distribution. Parce que j'aime le travail en équipe. Pourquoi m'engager ? Car je suis atypique et audacieuse. Je fais les choses par passion et conviction et sûrement pas parce qu'elles s'imposent. D'ailleurs, j'aime casser les codes et tout mon parcours, parsemé d'audaces, en témoigne. Je requestionne sans arrêt les choses qu'on fait par habitude. Alors, oui, rendre Mouton Cadet à nouveau désirable et accessible, c'est passionnant. "Par Xavier Beghin.