Le journalisme mène à tout à condition d'en sortir, disait l'écrivain Jules Janin. Il faut croire que la botanique aussi à en juger par le parcours d'Arnaud De Koninck. Déjà, passer de l'Ecole Decroly à Bruxelles à la faculté agronomique de Gembloux pour y apprendre la botanique avait des allures de choc culturel. " La pédagogie Decroly ne me convenait pas vraiment, se souvient Arnaud De Koninck. J'avais envie d'une autre approche, de plus de simplicité et d'authenticité et de moins d'artifices. Un autre regard sur la vie. "
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Le journalisme mène à tout à condition d'en sortir, disait l'écrivain Jules Janin. Il faut croire que la botanique aussi à en juger par le parcours d'Arnaud De Koninck. Déjà, passer de l'Ecole Decroly à Bruxelles à la faculté agronomique de Gembloux pour y apprendre la botanique avait des allures de choc culturel. " La pédagogie Decroly ne me convenait pas vraiment, se souvient Arnaud De Koninck. J'avais envie d'une autre approche, de plus de simplicité et d'authenticité et de moins d'artifices. Un autre regard sur la vie. " Son diplôme, il le mettra à peine en pratique : une petite année chez un architecte de jardin et une autre comme jardinier. Ce qui fait vibrer Arnaud De Koninck depuis qu'il est tout petit, c'est la musique. Ou plutôt les coulisses de la musique, la machinerie derrière les spectacles. Et voilà, que par passion, il se met à organiser un ou deux concerts au Magasin 4 à Bruxelles, une salle spécialisée dans la musique alternative. Il fait tourner des artistes français qu'il a rencontrés au gré de ses pérégrinations parisiennes où il va étancher sa soif de musique. " Cela fait déjà un quart de siècle, sourit-il. Je n'en vivais pas à l'époque. Il m'aura fallu entre 10 et 15 ans pour y arriver. Bien aidé, il est vrai, par ma dizaine d'années comme régisseur du Centre culturel d'Uccle. Cette connaissance de la technique du métier et de sa logistique m'a bien servi mais j'avoue être largué aujourd'hui devant certaines évolutions technologiques. D'un ou deux concerts par mois en amateur, je suis passé à trois par semaine en moyenne aujourd'hui. Et j'en ai fait mon métier. " Arnaud De Koninck est aujourd'hui le patron de Progress Booking. Il est ce que l'on appelle un tourneur. Il organise des concerts pour des artistes qui font appel à lui. Soit il place ses artistes dans un festival, soit il arrange une ou plusieurs dates belges dans une tournée. Dans ce dernier cas, c'est lui qui prend tous les risques : il loue la salle, s'occupe de la logistique, de l'hôtel, des plans de communication, etc. Il fixe aussi, en accord, avec le management de l'artiste, le prix des tickets. " C'est plus confortable de placer un artiste dans un festival, raconte-t-il. Là je prends une commission de 15 % au-delà du cachet de l'artiste. Quand j'organise le concert moi-même, je prends une partie de la marge bénéficiaire. Généralement, pour une salle de 2.000 personnes, elle débute aux alentours de 1.400-1.500 spectateurs. Si personne ne vient ou trop peu de monde, je prends un bouillon. L'artiste dispose d'un cachet minimum garanti et prend grosso modo 80 % de la marge bénéficiaire. Le reste est pour moi. Le prix d'un ticket résulte donc d'un subtil équilibre entre la nécessité de gagner de l'argent et la volonté de maintenir ces événements accessibles. " Aujourd'hui, Progress Booking s'occupe d'artistes confirmés comme Ghinzu, Hyphen Hyphen, Bastian Baker, BB Brunes, Jean-Louis Murat, Raphael, Skip The Use, etc. Arnaud garde un souvenir très ému de ses années passées avec Christophe et son univers si particulier. Mais même si faire tourner des artistes renommés est prestigieux, ce n'est pas là qu'il trouve son plaisir. " C'est peut-être un peu prétentieux de le dire, poursuit-il, mais un artiste confirmé, quand ça tourne bien, cela m'ennuie assez vite. J'aime chercher de nouvelles pépites. La découverte et le développement me font vraiment vibrer. Quand je rentre moi, souvent tard, après un concert, je me prends un verre de vin blanc, j'allume une cigarette et j'écoute des artistes que je ne connais pas. Le dernier qui m'ait ému s'appelle Hugo Barriol. Il jouait dans le métro avant de faire les premières parties d'Alain Chamfort. Je lui ai envoyé un message à 2 h du matin sur Messenger. Nous nous sommes appelés le lendemain et nous travaillons ensemble depuis. Sur la Belgique uniquement. Car un tourneur travaille sur son territoire. Je ne fais jamais rien en France. C'est une juste une question de réseau, de carnet d'adresses et d'efficacité. " Depuis quelques années, Arnaud De Koninck cherchait un concept original pour offrir autre chose qu'un festival classique. Ce qui a commencé comme une simple discussion dans un bar avec un ami a débouché en 2016 sur la création du Fly Away Festival. Le concept était aussi simple que risqué : déplacer des centaines de participants de la Belgique vers une adresse du Club Med et y organiser, en plus des possibilités offertes par le club, des concerts pendant cinq jours. Des vacances un peu particulières qui permettent une belle proximité avec les artistes et, aussi et surtout, de faire des découvertes. " La première année fut un peu compliquée, confie Arnaud De Koninck. Il y a eu 440 participants sur les 700 places disponibles. J'ai donc perdu plus d'argent que je ne le pensais car, évidemment, le Club Med reçoit un montant garanti au départ. Mais il s'est passé quelque chose à Cargèse en 2016 : beaucoup d'émotion, des retours d'expérience incroyables et l'impression de la naissance d'une communauté. Le projet tenait la route, il ne fallait pas arrêter mais construire sur l'acquis. Depuis, le festival a été, à chaque fois, complet. Et, aujourd'hui, la communauté Fly Away est forte de 3.300 membres. Et cette communauté est vivace : elle continue à suivre les artistes qu'elle a découverts. Et ça, c'est une grande fierté. " Pour organiser le festival, les équipes d'Arnaud De Koninck descendent dans le club choisi avec un semi-remorque afin que le son et la lumière soient parfaits. Trois jours de montage sont nécessaires. Quant au choix du club, il répond à plusieurs critères. " Le cadre doit être magnifique et authentique, conclut Arnaud De Koninck. En même temps, je ne veux pas d'un endroit trop connoté fête. Comme Djerba, par exemple. Ensuite, le Club Med monte en gamme partout. Il faut, face à cette stratégie, que nous puissions garder des prix attractifs car les séjours ne durent que cinq jours. D'où l'avantage de finir la saison dans un club. Des semaines où la fréquentation n'est jamais très élevée. Enfin, je ne veux pas faire l'événement de trop. Donc j'exclus d'étendre à une deuxième semaine. J'ai eu des propositions de Français en ce sens. Mais non, l'esprit belge doit demeurer. Quant au choix de l'affiche, j'aime programmer des gens qui me touchent et dont je pense qu'ils vont se plaire dans cet environnement particulier où tout le monde est mélangé. Et non, je ne programme pas que mes artistes, cela n'aurait pas de sens. Les groupes qui s'y sont plu sont mes meilleurs ambassadeurs. Comme Balthazar, par exemple. " Par Xavier Beghin.