Un tuyau pour emprunter à moindre coût ? Créez de l'emploi ! Le fonds d'investissement lancé l'an dernier par les partenaires sociaux du secteur du métal accorde en effet un bonus d'intérêt de 2 % aux entreprises qui respecteront leurs engagements de création d'emplois. Ceux-ci sont contractualisés lors de la conclusion du deal financier. Et si les objectifs d'emplois ne sont pas atteints, Invest for Jobs peut exiger un remboursement immédiat ou, en cas de prise de participation, le rachat de ses parts par les autres actionnaires. Un tel mécanisme pourrait faire fuir les chefs d'entreprise. Ce n'est manifestement pas le cas puisque le fonds a reçu plus d'une centaine de demandes d'intervention. Fin octobre, sept entreprises avaient été financées, deux autres étaient en passe de l'être et d'ici la fin de l'année, Invest for Jobs devrait arriver à une douzaine de dossiers pour une quinzaine de millions d'euros prêtés ou investis.
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Un tuyau pour emprunter à moindre coût ? Créez de l'emploi ! Le fonds d'investissement lancé l'an dernier par les partenaires sociaux du secteur du métal accorde en effet un bonus d'intérêt de 2 % aux entreprises qui respecteront leurs engagements de création d'emplois. Ceux-ci sont contractualisés lors de la conclusion du deal financier. Et si les objectifs d'emplois ne sont pas atteints, Invest for Jobs peut exiger un remboursement immédiat ou, en cas de prise de participation, le rachat de ses parts par les autres actionnaires. Un tel mécanisme pourrait faire fuir les chefs d'entreprise. Ce n'est manifestement pas le cas puisque le fonds a reçu plus d'une centaine de demandes d'intervention. Fin octobre, sept entreprises avaient été financées, deux autres étaient en passe de l'être et d'ici la fin de l'année, Invest for Jobs devrait arriver à une douzaine de dossiers pour une quinzaine de millions d'euros prêtés ou investis. Et combien d'emplois crée-t-on avec tout cela ? Jusqu'à 900 emplois dans les cinq ans, soit un quasi doublement des effectifs des entreprises concernées. Et le fonds n'en est qu'à sa première année d'existence... Les considérations sociales incluses dans les critères d'investissements auraient pu être un frein, elles se révèlent être plutôt un atout. " Nous intégrons des éléments hors bilan, comme l'emploi ou la qualité de l'emploi, dans notre analyse bilantaire, explique Marc Bolland, co-directeur d'Invest for Jobs. Cette hybridation est précieuse pour tous les investisseurs qui veulent réfléchir à long terme. " Cette intégration d'intérêts potentiellement divergents s'est construite de manière intuitive au fil des mois et les responsables du fonds aimeraient maintenant, avec l'aide d'académiques, parvenir à formaliser leurs méthodes d'analyse des dossiers, méthodes particulièrement utiles à l'heure où l'investissement socialement responsable est mis à l'honneur. " Au comité d'investissement, nous avions autour de la table des financiers, focalisés sur le risque et le rendement, et des partenaires sociaux soucieux de l'emploi, poursuit Marc Bolland. Il y a eu une phase d'observation mais, très vite, chacun a intégré les attentes de l'autre. Avec un enthousiasme évident. Voir ce métissage intellectuel se mettre en place fut quelque chose d'extraordinaire. " Des dossiers corrects sur le plan purement financier ont été recalés en raison des doutes sur l'emploi. Pas de raccourci toutefois : s'il y a des considérations sociales, il y a aussi celle du rendement. Invest for Jobs est un fonds privé et doit rémunérer ses actionnaires. Ses moyens proviennent en partie des cotisations " pensions " des travailleurs du métal, il ne peut évidemment être question de négliger la rémunération de ce capital. La nuance, c'est que le rendement peut rester " raisonnable " (autour des 3 % au-delà de l'inflation) et il prend la forme de dividendes de capitalisation. L'argent ne sort donc pas du fonds, pendant au moins cinq ans. Pour protéger son capital - " l'argent des travailleurs du secteur du métal ", rappelle Marc Bolland - Invest for Jobs limite strictement ses frais, qui restent cantonnés sous les 1 % des recettes. Le fonds n'emploie que cinq personnes, avec un salaire fixe et sans aucun bonus afin d'éviter la tentation que les gestionnaires ne décuplent les risques pour décupler leurs rémunérations. Invest for Jobs s'adresse exclusivement aux entreprises non cotées et actives en Belgique. Sauf exception, le fonds travaille pour des dossiers d'au moins 500.000 euros et aimerait à terme grimper pour tourner autour d'une moyenne de 2 à 3 millions par dossier. Dans quelles entreprises Invest for Jobs a-t-il déjà placé son argent ? La plus prometteuse en terme d'emplois est Calyos, une spin-out de la Sabca, basée à Jumet (Charleroi), et qui pourrait, si tout se passe bien, bondir de 30 à 450 emplois dans les cinq ans. Elle a mis au point un système unique de refroidissement des composants électroniques. Il est aujourd'hui principalement utilisé dans les satellites mais pourrait l'être demain dans plein d'autres domaines comme les ordinateurs, les data centers, les chemins de fer, etc. Invest for Jobs a pris une participation d'un million d'euros, afin de soutenir la stratégie de diversification de Calyos. Vu le potentiel de la boîte, des partenaires plus classiques étaient envisageables mais la spin-off a été interpellée par " le côté paritaire syndicats/patronats " d'Invest for Jobs. " Cette formule, tout à fait originale en Belgique même si elle peut être plus commune en Allemagne, nous paraît pertinente et susceptible de mettre en avant des critères de décision équilibrés et attentifs aux différentes parties prenantes autour des entreprises, commente Olivier de Laet, CEO de Calyos. " Le fonds a par ailleurs investi dans Image Metters (start-up liégeoise dans le secteur de l'imagerie, créée par un ancien d'EVS) et Crowdbeamer (start-up numérique anversoise). Elle a aussi accordé des prêts à Eribel (fabrique de portes intelligentes à Anvers), au spécialiste de l'immobilier Century 21 (qui espère multiplier son implantation dans le pays), à Orelia (maison de repos à Saint-Trond) et aux chocolats Galler. Le fonds, qui se donne trois ans pour atteindre sa vitesse de croisière, espère arriver à une vingtaine d'entreprises financées l'an prochain, pour un total de 30 à 50 millions d'euros. " Grâce à notre technique d'hybridation des critères financiers et sociaux, nous voulons sans cesse améliorer le ratio investissement/emploi, insiste Marc Bolland. Nous voulons également influer sur la qualité de l'emploi et mettons l'accent sur l'emploi direct, à temps plein, local et non délocalisable. " Pour développer l'outil, les responsables d'Invest for Jobs envisagent de nouer des partenariats tant avec d'autres investisseurs alternatifs, comme les plateformes de crowdfunding, qu'avec les incubateurs. " Quand on veut investir dans des start-up, il faut travailler avec des spécialistes capables d'analyser les risques de ces projets souvent très innovants, explique Marc Bolland. Nous pourrions intervenir en relais de l'incubateur, au moment où le papillon prend son envol. " Il n'exclut pas que certains partenaires entrent à terme dans le capital d'Invest for Jobs. " Nous avons déjà reçu des marques d'intérêt auxquelles nous ne nous attendions pas ", glisse-t-il. Autre originalité d'Invest for Jobs : quand il prend une participation, le fonds ne veut surtout pas siéger au conseil d'administration. La structure paritaire n'incite pas vraiment à l'exercice de telles responsabilités, qui pourraient les placer dans une posture délicate, en cas par exemple de grogne sociale dans l'entreprise. " L'audace d'une structure comme la nôtre n'est pas vraiment financière, conclut Marc Bolland. L'audace, c'est que des partenaires sociaux osent s'inscrire directement dans l'économie réelle en créant le véhicule financier adéquat à cette fin. Avec, c'est vrai, le risque d'être un jour pris entre le marteau et l'enclume quand une entreprise va mal. "