Il ne faut pas forcément être un géant de l'Internet ou de la technologie pour investir le marché des objets connectés. De petites structures peuvent aussi y tracer leur route. Comme la start-up bruxelloise Productize, qui a fait le pari de se frotter à ce secteur très en vogue de l'Internet des objets. D'après des estimations du consultant spécialisé Gartner, environ 10 milliards d'objets connectés sont actuellement installés dans le monde. Un chiffre qui devrait doubler d'ici 2020. Fameux potentiel.

Productize dessine et réalise des prototypes de cartes électroniques destinées à être intégrées dans ces fameux objets connectés, qui peuvent prendre toutes les formes (compteur d'électricité, drone, vélo connecté, etc.). La jeune pousse est basée dans le centre-ville de Bruxelles, à Co.Station, l'un des hub de start-up les plus dynamiques de la capitale. C'est là que Productize a installé son petit labo expérimental. Les rayonnages y sont garnis de composants électroniques prêts à être intégrés sur des cartes conçues sur mesure pour les besoins des clients de la start-up.

"Nous avons toutes les compétences nécessaires et notamment d'excellents ingénieurs pour réussir à partir de la Belgique." Harold Grondel, CEO de Productize

Les circuits et les composants, dont certains ne sont pas plus grands qu'un grain de sable, sont assemblés sur place, à la main, suivant les plans réalisés par les équipes de Productize. Les cartes passent ensuite dans un four spécial pour figer l'ensemble. Productize ne possède pas une ligne complète de fabrication qui lui permettrait de passer à la phase d'industrialisation des cartes électroniques. Ce processus de production de masse, qui serait difficile à rentabiliser en Belgique, est réalisé par d'autres acteurs, en Belgique, en France ou en Corée du Sud. La start-up travaille en amont, et s'occupe de l'étape de conception des objets connectés. Elle réalise des prototypes sur mesure, en interaction avec le client.

Rachat et nouveaux recrutements

Lancée il y a sept ans, Productize vient d'être rachetée par Bagaar, une société anversoise également active dans le domaine de l'Internet des objets. Les deux entités conservent leur nom, leurs équipes et leur localisation. Ensemble, les deux sociétés comptent désormais une quarantaine de personnes. Bagaar a été fondée en 2008 et a reçu le soutien financier de la société informatique Xylos, qui fait partie du groupe Axe, dirigé par l'homme d'affaires Christian Leysen. Bagaar est spécialisée dans l'accompagnement de projets numériques pour les entreprises, avec un focus particulier sur les objets connectés. Le bureau anversois a également une petite activité dans le prototypage d'objets connectés. Avec Productize, la société renforce son expertise en la matière.

Pour Harold Grondel, CEO de Productize, c'était une opportunité à ne pas manquer. " Quand on s'occupe d'une petite société, on doit un peu tout faire : la vente, l'administratif, les ressources humaines, etc. Avec l'aide de Bagaar, ce sera plus facile à gérer ", explique Harold Grondel. Les nouveaux clients apportés par Bagaar, combinés à une belle croissance de Productize (+ 20%), impliquent déjà de nouveaux recrutements. D'ici la fin de l'année, Harold Grondel estime que ses équipes passeront de 10 à 15 personnes.

Tous ces nouveaux collaborateurs ne seront pas affectés à la réalisation de prototypes de cartes électroniques pour objets connectés. La valeur ajoutée de l'entreprise va au-delà du prototypage : elle accompagne plus largement ses clients dans ce que son CEO appelle un " trajet d'innovation ". " Nous proposons du conseil et des services dans le cadre des projets liés au développement d'objets connectés, pointe Harold Grondel. Ce n'est pas que de la technique. "

© BELGAIMAGE (JULIEN LEROY)

Vélos et bateaux connectés

L'un des plus gros projets de Productize est lié à la mise sur le marché des nouveaux vélos électriques connectés de Cowboy, une start-up belge créée par des anciens de Take Eat Easy. Productize accompagne la société dans la conception des composants électroniques qui sont amenés à collecter et transmettre toute une série de données liées à l'utilisation du vélo électrique. Productize travaille également pour Sailsense Analytics, une start-up bruxelloise qui s'occupe de monitoring de flottes de bateaux de plaisance. Grâce aux cartes électroniques développées par Productize, Sailsense Analytics peut surveiller à distance des paramètres liés à l'état du bateau ou à l'utilisation du moteur. L'objectif étant de signaler des actions de maintenance prédictive à mettre en oeuvre afin d'éviter de futures avaries.

La start-up est aussi très active dans le domaine des compteurs connectés. Avec la société Shayp, elle a réalisé des objets connectés qui détectent rapidement les fuites d'eau. " Cela permet de prévenir des sinistres, d'analyser la consommation d'eau et de régler certains problèmes d'assurance ", explique Harold Grondel. Dans le même ordre d'idées, Productize a aidé la start-up June à créer des objets connectés à des compteurs de gaz et d'électricité. Ces appareils permettent à June de repérer en temps réel, en fonction de la consommation du client, les meilleures offres proposées par les fournisseurs d'énergie, et éventuellement de changer de fournisseur pour le compte du client. Productize a également travaillé avec l'éphémère start-up Fleye, qui avait créé un prototype de drone très prometteur, mais qui avait dû cesser ses activités faute de fonds suffisants.

Clés virtuelles

© BELGAIMAGE (JULIEN LEROY)

A côté de ces prototypes commandés par de jeunes sociétés, Productize planche sur des projets développés par de grands groupes comme bpost, Procter & Gamble ou Sodexo. La start-up accompagne également l'équipementier automobile Continental, une société connue pour ses pneus, qui est aussi spécialisée dans la fourniture de composants électroniques pour les fabricants de voitures. Pour ce grand groupe, Productize a créé un système de clé virtuelle, qui permet de démarrer sa voiture via son smartphone. C'est en fait le prolongement du tout premier projet de la start-up bruxelloise, développé par le fondateur de la start-up quand il travaillait encore chez D'Ieteren. Ce prototype de clé virtuelle est en cours de test sur certains modèles. Très prometteur, il offre des fonctionnalités intéressantes : transmission de la clé par smartphone interposé, limitation de l'utilisation de la voiture pour les enfants à partir d'une certaine heure, gestion des clés virtuelles facilitée pour les loueurs de voiture, etc.

Depuis son mini laboratoire à deux pas de la gare centrale, Harold Grondel développe sans complexe du matériel électronique qui sera peut-être intégré demain dans des millions d'objets connectés dans le monde. " Le hardware, c'est un business risqué, reconnaît le CEO. Mais il y a de belles histoires en Belgique comme Barco ( société spécialisé dans l'électronique, connue pour ses écrans géants, Ndlr). Notre pays n'offre qu'un marché restreint. Mais nous avons toutes les compétences nécessaires et notamment d'excellents ingénieurs pour réussir à partir de la Belgique. "