Il y a un peu plus d'un an, le 2 septembre 2016, l'annonce de la fermeture définitive du site Caterpillar de Gosselies tombait. Un demi-siècle d'histoire s'achèvait ainsi. D'abord pour les derniers travailleurs, ensuite pour les nombreux sous-traitants qui gravitaient autour du géant américain. A l'instar du personnel, la plupart d'entre eux pressentaient depuis quelques années cette triste issue.

C'est notamment le cas de l'entreprise mouscronnoise DPM (Dedecker Precision Mechanics), comme le rappelle son CEO, Philippe Dedecker : " Suite à la crise de 2008, l'activité s'était ralentie à Gosselies. Certaines commandes de pièces ont diminué, d'autres ont été réorientées vers d'autres sites de production du groupe. Nous nous rendions bien compte qu'à terme, l'activité sur le site était condamnée ".

En tant que fournisseur mondial de Caterpillar, DPM a heureusement su rebondir après l'arrêt de Gosselies. " Alors que certains nous prédisaient le pire, cette année ne nous a que très peu impacté. Que du contraire : nos efforts de prospection et de diversification de notre clientèle, entrepris dès 2008, nous permettent aujourd'hui de consolider notre chiffre d'affaires qui est en progression de plus de 14 % par rapport à 2016. " Et cerise sur le gâteau, elle reçoit aujourd'hui la certification Platinium, la plus haute octroyée par le fabricant américain de génie civil.

Certification Platinium

" Cette certification est très motivante pour notre personnel et nos clients, souligne Philippe Dedecker. Dans notre métier, nous sommes les seuls à l'avoir obtenue en Europe. " DPM avait déjà reçu les certifications Bronze et Silver. Aujourd'hui, elle saute la Gold et passe directement à la Platinium. " C'est un gage de qualité, intervient Laurent Delobel, COO de DPM. Cette certification est donnée par Caterpillar pour les usines que nous livrons dans le monde entier. Pour l'obtenir, il faut satisfaire à une série de critères tels que moins de 10 pièces rebutées par million de pièces livrées et 98 % de toutes les livraisons à temps sur tous les sites de production mondiaux. Ces critères valent pour les pièces neuves ainsi que pour celles de rechange. Il suffit d'une simple griffe pour que la pièce soit refusée. " Anciennement Décolletage Dedecker, l'entreprise a été rebaptisée en 2010 Dedecker Precision Mechanics, un nom qui colle davantage à la palette de ses activités et à son image internationale puisqu'elle exporte à plus de 85 % sa production à travers le monde.

Implantée à Mouscron, elle dispose aussi d'un site de production à Herseaux, un village de l'entité, où elle a repris l'atelier de mécanique Permec Mustad suite à une faillite en 2009. Sur ces deux sites, elle peut s'appuyer d'une part sur ses collaborateurs, au nombre de 90, et d'autre part, sur un large parc de machines qui lui permettent de tourner, usiner, rectifier et traiter thermiquement, tant en surface qu'en interne, les pièces que lui demandent ses clients. " C'est notre force, précise Bruno Dedecker, qui supervise aux côtés de son oncle le groupement d'intérêt économique Sub-Alliance. Nous sommes capables, au départ des barres d'acier que nous recevons, de sortir une pièce finie qui puisse directement être livrée chez le client et s'intégrer à sa chaîne de production. Nous transformons chaque année quelque 950 tonnes d'acier et fournissons plus d'une centaine de clients que nous livrons sur les cinq continents. Au total, ce ne sont pas moins de 16.000 références que nous proposons, en sachant que nous ne fabriquons aucune pièce en propre mais seulement à la demande du client. "

Quatuor complémentaire

Outre le génie civil avec Caterpillar, DPM travaille pour des sociétés actives dans le transport, le matériel agricole, les métiers à tisser, l'injection plastique, l'aéronautique, le secteur électrique, etc. " Comme nous fournissons des pièces techniques et de précision, nous sortons de relativement petites séries de quelques dizaines de milliers de pièces maximum, ajoute Laurent Delobel. Afin de conserver notre qualité tout en augmentant notre compétitivité, nous investissons chaque année, sur nos deux sites de production, dans de nouvelles machines plus performantes, avec une automatisation croissante sans que cela ait un impact sur le personnel puisque nous continuons à progresser et à engager. "

Les quatre sociétés ont acquis une taille qui leur permet de traiter avec les plus grands groupes mondiaux sans toutefois perdre la souplesse et la vitesse de réaction des PME.

DPM peut également s'appuyer sur trois autres entreprises - Feronyl, Tecnolon Works et GTG - qui composent avec elle le groupement d'intérêt économique Sub-Alliance, mis sur pied en 2012. Ces " cousines " sont toutes situées dans la commune. Feronyl et Tecnolon Works en face de DPM dans le zoning industriel, et GTG à Dottignies. " Ces quatre entreprises sont complémentaires, chacune étant active dans une niche, reprend Bruno Dedecker. Aucune n'est concurrente. Que du contraire : grâce à cette diversité de métiers, nous pouvons plus facilement proposer une solution sur mesure adaptée aux demandes de nos clients. "

Sans constituer réellement un groupe, ces quatre entreprises sont dans le giron de la famille Dedecker où l'on retrouve, outre Philippe, sa soeur Annick et son frère Patrice, père de Bruno et Xavier. Ce dernier dirigeant Grimonprez Transmission Gears (GTG), une société spécialisée dans la fabrication de tous types d'engrenages (droits, hélicoïdaux, coniques, spéciaux) et dans la fabrication d'éléments de transmission. " C'est historiquement la plus ancienne société de Sub-Alliance, précise Bruno Dedecker. Elle a été fondée en 1877 et fabriquait alors des machines agricoles. Par la suite, elle s'est reconvertie dans la construction de machines à tailler et à polir la pierre. En 1950, elle a démarré la mécanique de précision avec la production d'engrenages et de pièces similaires. En 1997, nous l'avons rachetée à la famille Grimonprez. Nous sommes actifs dans une niche et produisons des petites et moyennes séries, d'une dizaine à 20.000 pièces par an. "

Eventail de solutions

Feronyl a été fondée en 1950 par Denis Dedecker avec son fils Liévin, aidé de son frère Gilbert. " A l'époque, la région était encore forte dans le domaine textile, explique Philippe Dedecker qui a rejoint l'entreprise familiale dans les années 1970 et en est devenu le CEO en 2002. Mon père, Liévin, a eu l'idée de développer des engrenages en nylon injecté plutôt que des engrenages métalliques, d'où le nom de l'entreprise : du fer au nylon. Au début, elle réalisait des machines d'injection, des outillages d'injection et l'injection proprement dite, qui est toujours notre core business. La production des machines a été cédée mais nous avons conservé la maîtrise de la conception et de la fabrication des outillages. " Ces activités étant réalisées au sein de Tecnolon Works, qui partage le site de Feronyl et est également dirigée par Philippe Dedecker.

Au total, les quatre entreprises qui composent Sub-Alliance comptent quelque 230 collaborateurs. Ce cluster de sous-traitants permet à chacun d'être plus présent à l'international lors des foires, salons et autres missions. Les entreprises cultivent cependant leurs spécificités, notamment en termes de R&D. " Mais elles sont complémentaires, tempère Bruno Dedecker. Certaines pièces peuvent passer d'une entité à l'autre selon les besoins. " Des pièces de haute précision que l'on retrouve dans une multitude d'engins de génie civil et d'équipements industriels mais également dans les avions des quatre grands constructeurs mondiaux que sont Airbus, Boeing, Bombardier et Embraer. En unissant leurs forces tout en conservant leur identité propre, les quatre sociétés ont acquis une taille qui leur permet de traiter avec les plus grands groupes mondiaux sans toutefois perdre la souplesse et la vitesse de réaction qui caractérisent les PME.

Par Guy Van Den Noortgate.